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Jean-Marie Messier s’explique sur des cours d’actions gonflés à bloc

Nouvelle séance d’autojustification pour Jean-Marie Messier devant le tribunal correctionnel de Paris: tout en affirmant “assumer pleinement” les rachats massifs de titres Vivendi opérés par le groupe après le 11-Septembre, l’ex-PDG a nié jeudi toute tentative de manipulation des cours.

Respectueux de “l’intérêt des actionnaires et de celui de la société”, “J2M” reste persuadé d’avoir pris “la bonne décision” dans un contexte très difficile.

Le 11 septembre 2001 : la chute des deux tours du World Trade Center à New York entraîne l’effondrement des valeurs boursières. Les autorités financières américaines décident de suspendre les cotations jusqu’au 17 septembre. A la réouverture des marchés et dans les semaines qui suivent, le groupe Vivendi Universal se lance dans une course au rachat de ses propres actions, à l’image de plusieurs sociétés du CAC 40.

Problème : le groupe de médias et communication pulvérise les limites autorisées par les autorités financières en réalisant à lui seul plus du quart de la moyenne des opérations quotidiennes sur le titre durant trois jours d’affilée, seuil fixé par la réglementation française.

Ce n’est pas la seule irrégularité. Vivendi Universal mène ces acquisitions juste avant et pendant l’annonce des résultats du groupe, une démarche interdite.

Ces faits valent à Jean-Marie Messier de comparaître devant la 11ème chambre du tribunal correctionnel de Paris pour “manipulation de cours”. Les juges d’instruction ont estimé que les ordres d’achat de l’ancien PDG ont alimenté une hausse artificielle du titre Vivendi Universal, induisant en erreur les marchés, analystes et actionnaires.

Pour l’examen de cette infraction présumée, “J2M” et son bras droit Guillaume Hannezo ont retrouvé sur le banc des prévenus deux autres cadres de Vivendi ainsi qu’un responsable de l’établissement financier ayant servi d’intermédiaire à ces rachats.

Complexe à démontrer, le délit de “manipulation de cours” est passible de deux ans d’emprisonnement et 1,5 million d’euros d’amende. Jean-Marie Messier est également jugé jusqu’au 25 juin pour abus de biens sociaux et diffusion d’informations fausses ou trompeuses.

A la cinquième journée d’audience, le mécanisme de sa défense est bien rôdé: assumer, justifier. Au moment d’opter pour ce rachat exceptionnel de titres, “mon sentiment était que c’était ne rien faire qui faisait courir le risque de livrer Vivendi aux spéculateurs”, a-t-il expliqué au tribunal.

Vivendi était dans une situation unique en son genre, a-t-il insisté: coté à la fois en France et aux Etats-Unis dans une période critique où les autorités boursières américaines avaient décidé d’assouplir provisoirement leurs règles, alors que la France était demeurée inflexible sur les siennes.

“Tous nos concurrents américains avaient les mains libres pour intervenir sur leurs titres, nous devions agir aussi. Les hedge funds étaient à l’affût”, a plaidé Jean-Marie Messier qui rappelle avoir informé la Commission des informations boursières (COB) – le gendarme de la Bourse de l’époque – de son projet d’acquisition.

Sceptique, le président Noël Miniconi lit plusieurs avis de l’autorité boursière qui exprime, à ses yeux, une “critique très nette de la façon dont procède Vivendi”. Finalement, ni la COB, ni son successeur – l’Autorité des marchés financiers (AMF) – ne sanctionneront le groupe.

Dans un courrier très flatteur adressé en octobre 2001 au président de la COB, Jean-Marie Messier le remercie d’avoir compris cette opération “exceptionnelle”. Une main anonyme a ajouté sur la lettre: “Il se fout un peu de nous”.

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