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Jean-Paul Cluzel: un agitateur au Grand Palais

De passage à Chicago pour l’inauguration de l’exposition « Kings, Queens and Courtiers » qui a quitté le Grand Palais pour l’Art Institute, Jean-Paul Cluzel est le réformateur influent des institutions culturelles en France.

Quelques mots de la bouche de Jean-Paul Cluzel, à l’élocution parfaite, suffisent à dégager l’image d’un homme brillant. Un homme qui n’hésite pas à sortir des sentiers balisés. Issu de la haute administration, – comme ses camarades de classe à l’ENA, Alain Juppé et Dominique Perben -, Jean-Paul Cluzel a enchaîné les carrières dans la finance, l’économie de l’art et les missions de service public.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris en 1967, il traverse l’Atlantique pour étudier l’art à l’université de Chicago. « J’y ai eu beaucoup de plaisir », se souvient-il treize ans plus tard, en se remémorant l’International House où il logeait à l’époque. Ville de culture, Jean-Paul Cluzel dit apprécier « la richesse des collections de ce très grand centre artistique ». Une richesse qu’il sait mettre à profit pour son propre royaume. « Il y a très peu d’expositions qui ne recourent pas à des prêts exceptionnels de l’Art Institute de Chicago. Ils nous ont par exemple prêté quatre splendides Monet pour l’exposition du Grand Palais ».

Son Master d’arts en poche, il rentre en France passer le concours de l’ENA, qu’il intègre au sein de la promotion ”Charles de Gaulle”. S’ensuivent vingt ans de carrière dans la haute administration française. Inspecteur des Finances, conseiller technique aux Affaires étrangères, conseiller financier pour l’Afrique à la Direction du Trésor. L’énarque tente même sa chance dans le privé en 1985, à la banque GAN. Mais sa passion pour le service public le conduit bientôt vers d’autres rivages.

Au début des années 90, une crise de leadership éclate au sein du PS et remet en cause un certain nombre de postes de hauts fonctionnaires. Hasard de circonstances, François Mitterrand cherche quelqu’un pour prendre les rênes de la direction de l’Opéra Garnier de Paris, en 1992. Jean-Paul Cluzel obtient le poste sans difficulté. « Ce dont on a besoin dans la culture, c’est d’un manager », affirme-t-il encore, vingt ans plus tard. À peine nommé, Jean-Paul Cluzel est confronté à un douloureux plan social prévoyant la suppression de cent dix-neuf postes.

Homme de toutes les situations, c’est encore à lui qu’on fait appel pour diriger le service de Radio France Internationale. « Pendant près de dix ans, je m’étais occupé de la situation économique de l’Afrique au ministère des finances. Alain Juppé m’a donc désigné pour devenir président de RFI qui est un peu l’équivalent de Voice of America* aux États-Unis. Reconduit deux fois, Jean-Paul Cluzel endosse en 2004 la présidence de France Info. Prônant la modernisation des programmes, il ouvre les portes à de jeunes journalistes dont le franc-parler de certains – on se souviendra de la chronique de Stéphane Guillon sur Dominique Strauss-Kahn – fait grincer des dents dans les hautes sphères de la scène politique.

« Gay, catholique et libéral »

Se définissant lui même comme « gay, catholique et libéral », au sens anglo-saxon du terme, Jean-Paul Cluzel est connu pour ses prises de position en faveur de l’homosexualité et de la diversité. Mais lorsque le haut administrateur pose torse nu dans un calendrier de l’association Act-up, vendu au profit de la recherche contre le sida qu’il soutient activement, l’Élysée fulmine et décide, en avril 2009, de ne pas le reconduire à la direction de Radio France. Et ce malgré les très bons résultats des antennes.

Pas vaincu, Jean-Paul Cluzel avise les hautes instances de l’état général médiocre du Grand Palais. Construit pour l’exposition universelle de 1900, il exige une sérieuse rénovation. « Les installations muséales étaient complètement à refaire ». Un tel travail ne pouvait être mis en place sans prévoir « un rapprochement des trois institutions alors en gérance du Grand Palais ». Jean-Paul Cluzel œuvre donc au projet de la Réunion des Musées Nationaux (RMN) et du Grand Palais. Approuvé par Nicolas Sarkozy, ce projet lui vaut d’être élu Président de ce nouvel établissement public en janvier 2011.

Déjà responsable du succès de l’exposition Monet, qui a attiré plus d’un million de visiteurs en 2010 et généré 2 millions d’euros de bénéfices, Jean-Paul Cluzel souhaite aujourd’hui donner au Grand Palais les moyens de ses ambitions. Les travaux, déjà entamés, devraient permettre de doubler le nombre de visiteurs susceptibles d’être accueillis en même temps – 20 000 dont 10 000 sous la seule nef, au lieu de 5 800 aujourd’hui. Leur coût est estimé à 236 millions d’euros. De quoi dépoussiérer pour de bon l’Institution culturelle.

* Voice of America (La Voix de l’Amérique), est le service de diffusion internationale par radio et télévision du gouvernement américain.

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