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Jérôme Cahuzac, un ministre du Budget dans la tourmente

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a déclaré mercredi avoir “toute confiance en son ministre Jérôme Cahuzac”, alors que celui-ci est accusé par le site Mediapart d’avoir détenu un compte en Suisse.

“J’ai toute confiance en mon ministre Jérôme Cahuzac”, a déclaré le Premier ministre, interrogé sur France 2. “Il ne s’est pas exprimé n’importe où aujourd’hui, il s’est exprimé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale et il a déclaré que toutes ces allégations étaient infondées”, a-t-il ajouté. Mediapart accuse depuis mardi Jérôme Cahuzac d’avoir détenu un compte secret en Suisse, ce que le ministre a vivement démenti à plusieurs reprises, annonçant une plainte en diffamation contre le média en ligne. “Je démens catégoriquement les allégations”, a réaffirmé M. Cahuzac lors de la séance de questions à l’Assemblée nationale mercredi. “Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte à l’étranger. Ni maintenant, ni avant”, a-t-il dit. Il a précisé avoir “saisi la justice d’une plainte en diffamation”.

Mercredi soir, le site d’information Médiapart a mis en ligne une conversation enregistrée par téléphone, fin 2000, dans laquelle un homme présenté comme le ministre délégué au Budget Jérôme Cahuzac, alors député, avoue détenir un compte secret dans une banque suisse. “Moi ce qui m’embête, c’est que j’ai toujours un compte ouvert à l’UBS (Union des banques suisses, ndlr) mais il n’y a plus rien là-bas, non ? La seule façon de le fermer, c’est d’y aller?”, dit cet homme à un interlocuteur non identifié. “Ca me fait chier d’avoir un compte ouvert là-bas, l’UBS c’est quand même pas forcément la plus planquée des banques”, ajoute-t-il. Il s’inquiète des répercussions possibles alors qu’il s’apprête à devenir maire “au mois de mars”, “donc je ne tiens vraiment pas du tout à ce qu’il y ait la moindre ambiguïté”, ajoute-t-il. Jérôme Cahuzac a été candidat aux municipales de 2001, à Villeneuve-sur-Lot dont il était déjà député.

L’homme parlant dans l’enregistrement s’inquiète de la manière dont il va pouvoir fermer ce compte bancaire. “Ca fait chier, y a aucune procuration possible?”, interroge-t-il, “surtout que d’une certaine manière, les avoirs restent à l’UBS et que d’ici on peut gérer. C’est un jeu d’écriture pur et simple”. La voix de Jérôme Cahuzac n’est pas immédiatement reconnaissable selon les journalistes qui ont écouté l’enregistrement mais Mediapart assure qu’elle a été authentifiée par son détenteur. Son cabinet n’a pas souhaité réagir dans l’immédiat, renvoyant aux précédentes déclarations du ministre qui a notamment annoncé le dépôt très rapide d’une plainte en diffamation contre le média en ligne.

Interrogé sur la transcription d’une partie de cette conversation par Mediapart dans l’article qui a accusé le ministre pour la première fois mardi, M. Cahuzac s’est insurgé sur RTL mercredi matin: “c’est une plaisanterie”, s’est-il exclamé. “D’ailleurs les mots qui me sont prêtés, ceux qui me connaissent ne voient pas que c’est le vocabulaire que je peux utiliser”, a-t-il assuré. Les conditions dans lesquelles l’enregistrement a été réalisé sont rocambolesques telles que le site les raconte. Après avoir appelé un correspondant sur un sujet tout autre, le député l’aurait rappelé par erreur, alors qu’il était en pleine conversation avec un autre interlocuteur. La conversation avec ce dernier est alors enregistrée par le répondeur téléphonique du premier correspondant, sans qu’aucun ne s’en rende compte, affirme Mediapart.

Selon le site, le détenteur de l’enregistrement affirme “porter ce document comme un ‘poids’ depuis 12 ans et n’exclut plus aujourd’hui d’aller voir un juge”. Mediapart répète avoir des preuves que le ministre s’est finalement rendu lui-même en Suisse pour clore ce compte, “début 2010”, et transférer les fonds à Singapour, via un “complexe montage offshore”. Mediapart nomme même un correspondant de Jérôme Cahuzac à l’UBS, “Marc D.”, assurant “protéger” à ce stade son identité complète. “J’ai effectué un déplacement” à Genève, a reconnu le ministre mercredi matin sur RTL, expliquant avoir voulu vérifier des informations “de nature fiscale” non détaillées. Ce voyage était “tellement peu discret que j’ai dû prendre le billet par le service des transports de l’Assemblée nationale, vous imaginez le niveau de clandestinité auquel j’étais réduit”, a-t-il ironisé.

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