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Jérôme Kerviel soigne son image avant son procès

Un mois avant son procès, l’ex-trader de la Société générale Jérôme Kerviel a lancé une opération de communication en se présentant comme une victime des dérives du monde de la finance et refusant de porter seul la responsabilité des pertes colossales de sa banque.

Après “deux ans de silence”, Jérôme Kerviel, 33 ans, publie un livre chez Flammarion, L’engrenage, mémoires d’un trader, dont il a fait la promotion dans trois interviews, à un journal écrit (Journal du Dimanche), une télévision (France 2) et une radio (France Info). “Je souhaite que ce livre interpelle l’opinion publique sur la réalité des pratiques bancaires. Qu’elle y découvre le témoignage d’un homme qui reconnaît ses fautes mais refuse de payer pour un système financier devenu fou”, peut-on lire sur la quatrième de couverture de l’ouvrage, en librairie mercredi.

Au fil des quelque 270 pages, le jeune homme, qui avait fait 37 jours de détention provisoire début 2008 et travaille désormais dans une société informatique en banlieue parisienne, raconte ses très longues journées à la Société générale, sa passion pour son métier et combien ses supérieurs appréciaient alors sa manière de “faire du pognon”.

Il reconnaît s’être “précipité dans une fuite en avant”, au point d’exposer la Société Générale dans des proportions inouïes. Mais il n’accepte pas d’avoir été traité de “terroriste”, affirmant que la banque était au courant des pratiques parfois hors normes de ses “bonnes gagneuses” (les traders) et laissait faire, dès lors qu’elles rapportaient de l’argent. Il ne comprend donc pas pourquoi il est le seul prévenu au procès prévu du 8 au 23 juin devant le tribunal correctionnel de Paris, à devoir répondre des 4,9 milliards d’euros qu’il est accusé d’avoir fait perdre à la banque. Jugé pour faux et usage de faux, introduction frauduleuse de données dans un système automatisé et abus de confiance, il encourt cinq ans de prison et 375.000 euros d’amende.

La Société générale pourrait aussi lui réclamer des dommages et intérêts d’un montant équivalent à ce qu’elle dit avoir perdu à cause de lui, à la veille d’une crise qui allait ébranler toutes les places financières de la planète. Pour Me Jean Veil, un des avocats de la Société Générale, la démarche de M. Kerviel est “classique”, de la part de quelqu’un qui “craint d’aller en prison” et “essaie de trouver dans le dossier une responsabilité collective pour attendrir les juges”. “Il nous promet des surprises à l’audience, je lui en promets de belles aussi”, a ajouté l’avocat, en contestant que les supérieurs de Jérôme Kerviel aient eu connaissance de ses pratiques frauduleuses. “Si sa hiérarchie avait été courant, il n’aurait pas eu besoin de faire des faux (pour dissimuler ses prises de positions), pas eu besoin de mentir”, a ajouté Me Veil. L’avocat a reconnu que les contrôles internes avaient été défaillants mais, a-t-il dit, “ce n’est pas parce que les volets sont mal fermés qu’un voleur est autorisé à rentrer dans votre appartement”.

Me Olivier Metzner, avocat de Jérôme Kerviel, a quant à lui réaffirmé lundi à l’AFP que les fausses écritures reprochées à son client étaient “de complaisance, en accord avec la direction”, et s’inscrivaient dans le “schéma général” de fonctionnement du système. Quant au livre de son client – qu’il a “relu et corrigé” avant sa publication – Me Metzner considère qu’il lui permet de “raconter sa vérité, qu’on n’a pas voulu beaucoup entendre jusqu’à présent”.

 

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