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Jérôme Savary : « Looking For Josephine est un spectacle obamanien »

Après plus de 200 représentations dans toute l’Europe, le spectacle de Jérôme Savary, Looking For Josephine, se produira pendant dix jours à l’université Montclair dans le New Jersey. Le plus américain des metteurs en scène français nous a reçus dans le célèbre restaurant Chez Josephine, tenu par l’un des fils adoptifs de Joséphine Baker. Le tout dans une ambiance très jazzy.

Vous êtes ici en terrain connu. Vous avez toujours été lié à cette ville, avec un grand-père gouverneur de l’État de New York [Frank Higgins], une mère américaine, et de nombreux voyages à New York ?

Je suis venu la première fois à l’âge de 14 ans, en 1956. J’ai obtenu une bourse très bizarre qui était offerte par un fabricant de chapeau, qui invitait des adolescents du monde entier à suivre une espèce de Summer Camp dans l’État de New York. Et j’ai été choisi alors que je ne parlais pas un mot d’anglais. Mais j’ai dit au conseiller culturel de l’ambassade des États-Unis de Paris « My english is not as good as it used to be », et il a trouvé ça très chic ! Je me suis « échappé » de ce Summer Camp et j’ai passé quelques jours à New York. J’ai eu la chance inouïe de voir Billie Holiday dans un club du New Jersey. Elle transpirait, elle était extraordinaire. Elle arrêtait de chanter dès qu’il y avait le moindre bruit. J’allais l’écouter avec une petite « noire », d’ailleurs absolument charmante, que j’avais rencontrée devant le Guernica de Picasso au Musée d’art moderne. J’étais très dragueur, déjà mûr. J’y suis ensuite revenu à l’âge de 19 ans où j’ai été assistant et amant d’une photographe de jazz !

Est-ce que vous trouvez que la ville a changé ?

Curieusement non. Vraiment, c’est incroyable. L’esprit de liberté est toujours présent. Cette espèce d’énorme melting-pot. Après, ça fait longtemps que je n’ai pas fréquenté les clubs de jazz à New York. Je ne suis pas sûr que le jazz soit aussi important que dans les années 70. Vous aviez Count Basie, Duke Ellington dans des petites boîtes. Vous alliez vous taper un Long Drink à 6 heures du soir, c’était Thelonious Monk qui faisait le piano-bar. C’était l’âge d’or. Mais sur le plan de la vie quotidienne, je trouve que ça n’a pas changé. À part peut-être qu’on se sent plus en sécurité maintenant. Je me souviens, quand on marchait dans les rues, il y avait des briques qui tombaient des toits. C’est pour ça que les flics marchaient toujours au milieu de la rue, jamais sur les trottoirs. On les attendait avec des briques. À l’époque, c’était vraiment weird.

Vous allez donc jouer votre dernier spectacle, Looking For Joséphine, pendant dix jours dans le New Jersey.

Je pense que c’est un spectacle qui pourrait marcher aux États-Unis. C’est un spectacle « obamanien ». C’est l’histoire d’un producteur français qui se rend à La Nouvelle-Orléans, juste après l’ouragan Katrina, à la recherche de danseurs et de chanteurs qui pourraient faire revivre le mythe de Josephine Baker et de son célèbre spectacle, La Revue Nègre. C’est bizarre d’ailleurs qu’il n’y ait pas eu de spectacle sur Katrina. Il faut que ce soit un Français qui le fasse. Il faut dire que la Louisiane, c’est resté français. Quand Napoléon l’a vendue pour 85 millions, il a fait une belle connerie.

Pourquoi avoir choisi comme décor au spectacle La Nouvelle-Orléans et l’après Katrina ?

Parce que c’est un peu mon histoire. J’ai été à La Nouvelle-Orléans un mois après Katrina et j’ai été absolument époustouflé par l’ampleur de la destruction et le fait que c’était une ville fantôme. Tous les jazzmen étaient partis. Et une chose très bizarre à La Nouvelle-Orléans, il n’y avait plus d’enfants. Les écoles étaient fermées. Et une ville sans enfants, c’est comme une ville fantôme. Et puis, La Nouvelle-Orléans, c’est le berceau du jazz. C’est là que sont arrivés les esclaves lorsqu’il y a eu la libération à Cuba, Haïti, etc. Le spectacle parle autant de jazz, de Josephine Baker, que d’esclavage. C’est un spectacle distrayant et sexy, mais c’est aussi assez didactique, et chaque élément qui est raconté est totalement exact et documenté.

Vous pensez multiplier les représentations aux États-Unis ?

On est là pour ça. Là on est invité par une université à jouer huit fois, ça ne nous rapporte rien. Ça nous coûte même de l’argent parce que les tarifs américains ne sont pas comparables à ceux pratiqués en France. On l’amène un peu comme un Showcase pour le montrer aux gens. Moi évidemment je rêve de l’emmener en tournée.

Pourquoi pas sur Broadway…

Je touche du bois. Mais ça m’irait déjà très bien que ça fasse une tournée aux États-Unis, que ça aille peut-être off Broadway.

 

Infos pratiques :

Du 17 au 20, puis du 24 au 27 septembre. Théâtre Alexandre Kasser, 1 normal Avenue, Montclair, NJ 07043.

Réservations au 212-594-1925

Prix : 15$

Possibilité de prendre un brunch Chez Josephine, d’où un bus partira pour le théâtre. Retour sur Manhattan également prévu. Transport 10$. Réservations au 973-655-5112

Chez Josephine : 414 West, 42nd Street, New York, NY, 10036.

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