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Jocelyne Saucier, lauréate du Prix des cinq continents de la Francophonie

Jocelyne Saucier a remporté le Prix des cinq continents de la Francophonie 2011 pour Il pleuvait des oiseaux. Une première pour le Canada qui n’avait jamais reçu ce prix. Depuis l’Abitibi, à 700 km au nord de Montréal, l’écrivain nous raconte son attachement à la littérature et à la francophonie.

A 63 ans, Jocelyne Saucier est rassurée. « Cela fait trente ans que j’écris et je me suis toujours demandée si ce n’était pas qu’un entêtement de ma part », dit-elle en riant. On imagine parfaitement le sourire qui se dessine alors sur le visage de la lauréate. Nominée à plusieurs reprises pour des prix nationaux comme le prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec, elle était toujours restée sur le banc de touche international. Elle prend aujourd’hui sa revanche avec son quatrième roman, Il pleuvait des oiseaux.

Un brasier venu du nord

Double reconnaissance pour l’écrivain, mais aussi le Canada qui n’avait encore jamais remporté ce prix, créé en 2001. « Au Québec, nous sommes une petite population francophone qui se bat depuis tellement d’années pour conserver cette langue, c’est très important. Via la francophonie, on a accès aux multiples altérités de la littérature francophone, et l’on découvre mieux la nôtre », affirme-t-elle. Jocelyne Saucier dit aimer la précision et la subtilité de la langue française, et se ravit à l’idée que son livre venu du froid puisse être lu dans une cour ensoleillée de Guadeloupe.

L’écrivain souhaite « raconter le Nord, cette terre d’indépendance, sans tradition, vaste, où les gens sont libres de faire ce qu’ils veulent », à travers l’histoire clairvoyante de trois vieillards exilés, devenus hommes des bois, s’étant proclamés libres de choisir l’heure de leur mort. Mais la forêt, écrin sauvage et personnage à elle seule, leur offre une seconde vie. Jusqu’à ce qu’une femme, puis deux, fassent intrusion dans leur univers. En arrière plan, les souvenirs calcinés de la tragédie des Grands Feux, qui ravagèrent la région quelques décennies plus tôt. C’est dans cette immensité silencieuse, à l’odeur de bûche fumante, que Jocelyne use de son style incisif et limpide pour parler de liberté et d’amitié.

Un succès inattendu

Le thème de la disparition traverse tous les romans de Jocelyne Saucier, mais Il pleuvait des oiseaux « est le premier qui se place du côté des disparus et non de ceux qui restent ». Belle ironie, c’est avec une histoire d’exilés volontaires que Jocelyne Saucier est révélée à la scène internationale. « Quand j’ai remis le manuscrit à l’éditeur, j’avais peur que cette histoire sur des vieux n’accroche pas. ». Aujourd’hui, les ruptures de stock se succèdent, et le livre en est déjà à sa huitième réimpression. « C’est un beau problème », plaisante Jocelyne. Dès sa sortie en février au Canada, il remporte un franc succès. Avec ce prix, le livre « se désenclave, il sort du Canada, ça ouvre plein de possibilités. »

Ecrivain sinon rien

L’écriture n’est pas un hobby pour cette journaliste qui confie avoir toujours voulu écrire, mais qui se disait à elle-même : « je ne pourrais pas me lancer avant d’avoir 30 ans et de l’expérience ». La trentaine arrivée, Jocelyne fait sa valise, prend sa fille de 5 ans avec elle et part pour l’Afrique. Elle en rapporte des livres non publiés, qui traînent dans ses placards et « remercie les éditeurs de les avoir refusés ». Aujourd’hui, le Prix des cinq continents de la Francophonie l’envoie à Haïti et en Afrique. « C’est un beau cadeau car je vais retourner là où j’ai commencé à écrire, au Togo. » La boucle est bouclée. Reste à attendre le prochain roman de la talentueuse québécoise.

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, Editons XYZ, $21.

Disponible sur www.archambault.ca et www.renaud-bray.com, ainsi qu’à la Librairie du Québec à Paris.

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