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John Truby, un « script doctor » de Hollywood à Paris

Crises d’inspiration, impasses narratives ou intrigue à la traîne ? L’Américain John Truby vole au secours des scénaristes de Hollywood, grâce à des techniques de « script doctor » ou consultant en scénario, qu’il enseigne à Paris à l’occasion d’un séminaire, cette semaine.

« Lorsque j’ai débuté il n’existait pas de livres sur la façon d’écrire un scénario, alors j’ai appris tout seul en regardant deux films par jour, chaque jour pendant trois ans », explique-t-il. « Je voyais tous les films de la Nouvelle Vague, du néo-réalisme italien, les grands films japonais… je prenais des notes dans le noir, j’étudiais leur structure, ce qui fonctionnait ou pas », poursuit-il.

Aujourd’hui les plus grands studios américains tels que Disney, la Fox ou Sony Pictures, mais aussi producteurs et chaînes de télévision – dont la RAI ou la BBC en Europe – font appel à Truby qui, au fil des années, est intervenu sur plus de 1000 films, sitcoms ou téléfilms.

À Los Angeles où il vit, il a créé l’école pour professionnels « Truby’s writers Studio » où est dispensée sa méthode pour « Construire la structure dramaturgique en 22 points clés » – aussi le titre d’un de ses livres.

Il ne s’agit pas là d’une recette à appliquer de façon « mécanique », assure-t-il. « Au contraire, c’est une méthode organique qui consiste à traiter chaque histoire comme une matière vivante qui évolue, à identifier son ADN pour lui permettre de s’épanouir », dit John Truby.

Sa masterclass parisienne de quatre jours a remporté un franc succès en février – elle en est à sa 4e édition, de mardi à vendredi. « N’importe qui ne peut pas devenir un grand scénariste, mais tout le monde peut améliorer sa façon d’écrire des histoires », estime-t-il. Il met en garde contre les illusions : sur quelque 1100 scénarios qui affluent chaque année vers Hollywood, seuls une poignée donnent lieu à un film.

Le cinéma n’est plus l’eldorado des scénaristes : il a été lentement mais sûrement remplacé par la télévision, estime John Truby. « Il y a dix ou quinze ans aux États-Unis, écrire pour le cinéma était très prestigieux et seuls ceux qui n’avaient pas d’autre choix écrivaient pour la TV. C’est devenu exactement l’inverse ! », s’amuse-t-il.

« À Hollywood, on s’est peu à peu rendu compte que les meilleurs scénarios, c’est à la TV qu’on les trouve, et pour cause : on peut y développer une intrigue très complexe sur 24 épisodes, multipliés par plusieurs saisons ».

« Avec l’arrivée de la série Urgences, une autre forme d’art a émergé, qui est devenue très populaire. Et comme aux États-Unis les auteurs ont le contrôle de leur œuvre à la TV mais pas au cinéma, c’est à la TV qu’ils ont pu aller au bout de leur créativité sans être bridés par un réalisateur, un producteur, un studio ».

Toutefois les scénaristes souffrent encore d’un déficit de reconnaissance des deux côtés de l’Atlantique, estime John Truby. « Ce qui nous a fait du mal, c’est la vieille théorie des Cahiers du cinéma dans les années 50, selon laquelle le réalisateur est l’unique auteur d’un film », dit-il, ajoutant aussitôt : « le scénariste est évidemment co-auteur ».

Mais entre les studios de Hollywood focalisés sur les blockbusters pour adolescents, la crise qui affecte le cinéma indépendant et la concurrence des reality shows, moins chers à produire à la TV, les scénaristes américains ne sont pas à la fête.

« La grève leur a permis de s’assurer des revenus de la distribution des œuvres sur internet… mais ils sont encore maigres », conclut-il.

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