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Josiane Balasko : « Laissons le rêve américain aux Américains ! »

Josiane Balasko était l’invitée d’honneur du French Film Festival ce week-end à Richmond, en Virginie. Sous sa double casquette de réalisatrice et de comédienne, elle y a présenté cinq de ses films récents. Entretien avec une icône du rire français.

Josiane Balasko rit lorsqu’on lui demande pourquoi les Bronzés n’ont pas traversé l’Atlantique. Alors que son mari, l’acteur américain George Aguilar, conduit la voiture qui les emmène à Richmond en Virginie, où débutait vendredi le French Film Festival, l’actrice et réalisatrice a répondu par téléphone aux questions de France-Amérique. Avec une simplicité et une bonne humeur irrésistibles.

Vous êtes cette année l’invitée d’honneur du French Film Festival de Richmond. Comment la rencontre s’est-elle faite avec les organisateurs ?

Je suis venue au festival il y a deux ans pour présenter La vie est à nous ! de Gérard Krawczyk. François et Peter Kirkpatrick, les organisateurs du festival, avec qui j’avais beaucoup sympathisé à l’époque, sont ensuite venus en France un peu après la sortie du téléfilm Françoise Dolto, le désir de vivre de Serge Le Péron. Ils ont eu envie de le programmer dans l’édition de cette année. Mais je ne savais pas que j’aurais cinq films à présenter !

Comment s’est fait le choix de la programmation ? Pourquoi, par exemple avoir privilégié J’ai vu tuer Ben Barka (2005) aux Bronzés 3 , qui date de 2006. Pensez vous que les Bronzés, objets d’un véritable culte en France, ne soient pas exportables aux É
tats-Unis ?

Pour voir les Bronzés 3, il faut, je pense, commencer par voir au moins l’un des deux premiers (ndlr, Les Bronzés (1978) et Les Bronzés font du ski (1979), films cultes de Patrice Leconte qui mettent en scène une bande de copains gaffeurs, incarnés par les acteurs de la troupe du « Splendid »). Le film reprend les mêmes personnages, trente ans après, et ils ont toujours leurs vieilles mimiques et leurs sales défauts… C’est vrai que les personnages sont des variantes du Français moyen. Et les univers de référence sont sans doute eux aussi très français : le « Club Med » par exemple était un véritable fait de société en France dans les années 1970. Je ne sais pas si cela aurait un impact aux États-Unis.

Et vous, l’icône du rire français, avez-vous déjà cherché à vous « exporter » aux É
tats-Unis ?

Personne n’a besoin de moi aux États-Unis. Ils ont tout ce qu’il faut. Et très franchement, laissons le rêve américain aux Américains. Les Français qui jouent aux États-Unis sont généralement cantonnés aux rôles de méchants. Non, je suis très heureuse de ce que je peux faire en France. En revanche, j’aimerais que les films français soient plus vus aux États-Unis.

Qui ou qu’est-ce qui vous fait rire aux États-Unis ?

J’adore leurs films comiques. Les Américains n’ont peur de rien. Un type comme Jim Carrey, par exemple – même s’il est Canadien -, je le trouve exceptionnel ! Je suis surtout une inconditionnelle de Lucille Ball. C’est la grand-mère de la sitcom américaine, dans les années 1950. Vous connaissez la mythique série I love Lucy ? C’est à chialer ! Cette femme est un trésor national !

Et aimez-vous les stand up américains qui semblent faire des petits en France dans la nouvelle génération de comiques ?

Oui, je suis allée en voir quelques-uns à New York, mais je ne saisissais pas tout. D’abord à cause de la langue, parce que ça va vite. Et ensuite parce qu’ils font souvent des références culturelles difficilement compréhensibles quand on ne vit pas ici.

Milk a récemment attiré l’attention sur la problématique de la lutte pour les droits des homosexuels. Vous aviez abordé le sujet avec Gazon Maudit en 1995, à l’époque où l’homosexualité féminine était encore tabou. Est-ce un sujet sur lequel il y a encore beaucoup à faire ?

Je ne suis pas une militante. J’avais fait Gazon maudit en 1995 par réaction face au silence qui entourait l’homosexualité féminine. Nous sommes dans un monde d’hommes et on ne parlait à l’époque que de l’homosexualité masculine. Le plus important pour moi, c’était de traiter ce thème sous l’angle de la normalité. Je voulais créer un précédent, imaginer un personnage normal, sympathique, et qui, simplement, préférait les femmes.

Welcome, le nouveau film de Philippe Lioret, décrit la vie des sans-papiers de Calais et dénonce le risque que prennent les gens qui veulent les aider. Vous vous êtes engagée auprès des sans-papiers. Qu’avez-vous pensé de la polémique suscitée par les propos de Philippe Lioret qui comparait l’aide aux sans-papiers aujourd’hui à l’aide aux juifs sous l’Occupation ?

Le débat, c’est bien, parce que cela fait parler du film. Mais je ne veux pas rentrer dans la polémique qui fait le parallèle entre la situation actuelle et ce qu’il s’est passé sous l’Occupation. Eric Besson, le ministre de l’Immigration, incite officiellement à dénoncer les passeurs, mais dans le fond, on sait que c’est plus large que ça. Personne n’a l’obligation de dénoncer, en revanche le fait d’aider les sans-papiers est un crime… Je pense que parfois, il faut savoir user de la désobéissance civile.

Infos pratiques :

French Film Festival

Byrd Theatre

2908 West Cary Street

Richmond (Virginie)

du 27 au 29 mars 2009

www.frenchfilm.vcu.edu/

Horaires: http://www.frenchfilm.vcu.edu/2009/schedule.html

Josiane Balasko présente à Richmond L’auberge rouge de Gérard Krawczyk, J’ai vu tuer Ben Barka de Serge Le Peron, Françoise Dolto de Serge Le Péron, Musée haut, Musée bas de Jean-Michel Ribes et Cliente qu’elle a réalisé.

 

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