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Josiane Balasko, prolo au grand cœur du cinéma français

Josiane Balasko a la plume et le caractère bien trempés des êtres de papier de Muriel Barbery. Comme Renée Michel, son personnage de concierge dans Le Hérisson actuellement en salles américaines, elle est une femme de l’ombre. Célèbre cependant pour ses tournures de phrases piquantes, son look prolétaire et la sensibilité particulière qu’elle accorde aux plus humbles.

N’êtes-vous pas lasse des rôles d’acariâtre ?

Je joue rarement les véritable acariâtre. Dans Le Père Noël est une ordure, ok, Mme Musquin est forte en gueule ! Dans Un crime au paradis aussi, je suis épouvantable. Mais les personnages de mes autres films, même s’ils sont souvent rudes en apparence, ont tous un bon fond. Mme Michel en est peut-être le plus bel exemple. Elle ne prend pas soin d’elle, parle très peu, bougonne. Pourtant, c’est une brave femme, intelligente mais méprisée de ses voisins bourgeois parce qu’elle ne possède pas leurs codes. Avec son voisin, humble et cultivé, elle apparait tel quel et communique avec des codes qu’eux seuls comprennent, par références interposées à Léon Tolstoï.  Vous voyez, je ne joue pas que des acariâtres ! (Rires).

Vous semblez parfaitement à l’aise avec votre égo en tous cas...

Avec la troupe du Splendid, au temps du Père Noël est une ordure, on se déguisait toujours en vieux beaufs, en bourgeois coincés ou en mémères de service. C’est ce qui m’amuse. Jouer avec le physique, l’allure des personnages pour les rendre crédibles. Dans Un crime au paradis par exemple, je joue une super mégère aux cheveux gras qui essaie de tuer son mari. Et dans Grand public, je suis une dame à la retraite avec des pulls Léonard. On ne fait pas du cinéma pour être sexy !

Renée Michel dévore les livres. Que trouve-t-on dans votre bibliothèque à vous ?

Beaucoup de choses. C’est mon plus gros point commun avec Mme Michel. Il y a mes premiers bouquins, tous ces livres de science-fiction que personne ne connaissait à l’époque. Il y a beaucoup d’ouvrages de Colette, un auteur que j’adore. On trouve aussi de la littérature américaine en masse. Le cœur est un chasseur solitaire, de Carson Mc Culllers par exemple. Et des fanzines de science-fiction lus par très peu de gens.

Etes-vous sensible, comme votre personnage dans Le Hérisson, à la culture japonaise ?

J’aime manger des sushis, ça compte ? (Rires). Non plus sérieusement, je ne connais presque rien à cette culture. J’aime la peinture et certains poèmes japonais. J’ai vu quelques films. Je trouve ça très raffiné mais je ne la connais qu’en amateur. Je connais bien mieux la culture française, avec ses qualités mais aussi ses travers.

Qu’est-ce qui vous dégoûte le plus dans notre société actuelle ?

Le mépris inconscient des gens pour ceux qu’ils jugent inférieur. L’exclusion… L’humiliation quotidienne des gens ordinaires. Le cloisonnement d’une certaine société bourgeoise qu’on voit dans Le Hérisson et qui ne va pas plus loin que les apparences. On a tous un côté Renée, un dehors un peu abrupt et un intérieur très intéressant si on se donne la peine de le connaître. La leçon du film s’il en est une, c’est qu’il faut aller au-delà des apparences. Parce qu’on est tous un peu hérisson dans la vie…

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