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Jules Hoffmann, spécialiste des mouches et prix Nobel français de médecine

Le Français Jules Hoffmann a reçu lundi le prix Nobel de Médecine pour ses travaux sur le système immunitaire, un prix partagé avec l’Américain Bruce Beutler et le Canadien Ralph Steinman décédé trois jours avant l’annonce.

“M. Steinman est décédé le 30 septembre”, à l’âge de 68 ans, des suites d’un cancer du pancréas dont il souffrait depuis quatre ans, a indiqué l’université Rockfeller de New York où il enseignait l’immunologie. Les travaux récompensés jeudi par le Nobel doivent justement favoriser l’efficacité de la lutte contre des maladies comme le cancer et celle des vaccins.

Chercheur émérite au CNRS, le professeurs Hoffmann, 70 ans, et ses deux co-lauréats ont été récompensés pour avoir “révolutionné” les connaissances sur le système immunitaire, a déclaré le secrétaire du comité Nobel de Médecine, Göran Hansson, en annonçant les lauréats. Le président Nicolas Sarkozy a salué une distinction qui “honore l’université de Strasbourg, le CNRS, la communauté scientifique française et notre pays tout entier”.

M. Hoffmann est né à Echternach au Luxembourg en 1941 et a obtenu son doctorat de médecine à l’Université de Strasbourg en 1969. L’année suivante il est devenu Français. Après quelques années à l’Université de Marbourg (Allemagne), il a dirigé un laboratoire de recherche à Strasbourg de 1974 à 2009, a été directeur de DEA de biologie moléculaire et cellulaire à l’Université de Strasbourg et, en 2007-2008, il a présidé l’Académie nationale française des sciences. Il est le 11e lauréat français du Nobel de médecine et le 53e Français à être récompensé par un Nobel, toutes disciplines confondues.

Le système immunitaire permet à l’organisme de se défendre en libérant des anticorps et des cellules tueuses en réponse à des virus ou des germes. En première ligne, le système immunitaire inné “peut détruire des micro-organismes infectieux et provoquer une inflammation qui contribue à bloquer l’attaque” avant l’apparition d’anti-corps, explique le comité. Si cette première ligne de défense s’avère insuffisante, “le système immunitaire adaptatif entre en jeu”. Il permet la vaccination car des cellules gardent la mémoire de l’agresseur.

La recherche, un combat pour la santé

Les recherches des trois lauréats ouvrent la voie à de nouveaux médicaments et vaccins et permettent de combattre des déficiences immunitaires comme l’asthme, la polyarthrite rhumatoïde et la maladie de Crohn. “Leurs travaux ont ouvert de nouvelles voies pour le développement de la prévention et pour des thérapies contre les infections, les cancers et les maladies inflammatoires”, explique le jury. MM. Beutler, 55 ans, et Hoffmann se partagent la moitié du prix pour leurs travaux sur le système immunitaire inné.

Ils ont découvert “les protéines réceptrices qui reconnaissent les micro-organismes nocifs et activent le système immunitaire, première étape de la réponse immunitaire de l’organisme”, explique le comité Nobel. La découverte de M. Hoffmann remonte à 1996 en étudiant la façon dont les drosophiles (ou mouches du vinaigre) combattaient les infections. M. Beutler, né en 1957 à Chicago et enseignant de génétique et d’immunologie à l’Institut de recherche Scripps à La Jolla (Etats-Unis), a établi en 1998 le lien entre la façon dont se défendent les drosophiles et les mammifères, ouvrant la voie à la compréhension du système immunitaire humain.

Le professeur Steinman a été récompensé pour avoir découvert en 1973 “les cellules dendritiques du système immunitaire et leur capacité unique à activer et réguler l’immunité adaptative, dernière étape de la réponse immunitaire de l’organisme au cours de laquelle les micro-organismes sont évacués du corps”, explique encore le comité. C’est la douzième fois que le Nobel de médecine récompense des travaux sur le système immunitaire.

Les lauréats recevront leur prix de 10 millions de couronnes (1,08 million d’euros) à se partager lors d’une cérémonie officielle à Stockholm le 10 décembre, date anniversaire de la mort du fondateur du prix, l’industriel suédois Alfred Nobel.

Le comité Nobel dans l’embarras après le décès d’un lauréat

Le règlement interdisant les récompenses posthumes, le comité Nobel s’est retrouvé dans l’embarras lundi en apprenant quelques heures après l’annonce officielle du prix de Médecine que le lauréat canadien était décédé trois jours plus tôt. Le comité assure qu’il ignorait le décès du professeur Ralph Steinman lorsqu’il lui a décerné le Nobel lundi en fin de matinée, conjointement avec l’Américain Bruce Beutler et le Français Jules Hoffmann, pour leurs travaux sur le système immunitaire.

Ce n’est qu’en début d’après-midi que l’universtité Rockefeller de New York a annoncé que le professeur Steinman avait succombé le 30 septembre d’un cancer du pancréas contre lequel il luttait depuis quatre ans, notamment en ayant recours à un traitement directement issu de ses recherches. “Nous venons tout juste d’apprendre la nouvelle. Nous ne pouvons que regretter qu’il n’ait pas eu la joie” de recevoir le prix , a dit le secrétaire du comité Nobel de l’institut Karolinska, Göran Hansson, à l’agence suédoise TT.

Or, le règlement Nobel interdit depuis 1974 que soient attribués des prix à titre posthume à moins que le lauréat ne décède entre l’annonce de sa récompense en octobre et la remise formelle de son prix le 10 décembre, date anniversaire de la mort du créateur suédois des prix Alfred Nobel. M. Hansson a assuré dans un premier temps que le comité “ne nommerait pas de nouveau lauréat”, tout en précisant que le jury devait se réunir pour “étudier comment la remise du prix se déroulera de façon pratique”.

Deux personnes seulement ont reçu un Nobel à titre posthume, avant le changement de statut. Dag Hammarskjöld, le secrétaire général suédois des Nations unies a reçu le prix de la Paix en 1961, quelques mois après avoir été tué dans un accident d’avion. Auparavant, en 1931, le prix de Littérature a été attribué à titre posthume à l’auteur suédois Erik Axel Karlfeldt.

En revanche, la porte-parole de la Fondation Nobel Annika Pontikis a jugé “très improbable” qu’un cas de décès du lauréat juste avant l’annonce du prix sans que le comité Nobel en soit informé, comme pour le professeur Steinman, soit déjà arrivé. Elle n’a cependant pas été en mesure de l’exclure totalement.

Nobel de médecine: les lauréats des dix dernières années

2011: Bruce Beutler (Etats-Unis), Jules Hoffmann (France), Ralph Steinman (Canada)

2010: Robert Edwards (Grande-Bretagne)

2009: Elizabeth Blackburn (Australie-Etats-Unis), Carol Greider et Jack Szostak (Etats-Unis)

2008: Harald zur Hausen (Allemagne), Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier (France)

2007: Mario Capecchi (Etats-Unis), Oliver Smithies (Etats-Unis) et Martin Evans (Grande-Bretagne)

2006: Andrew Z. Fire (Etats-Unis) et Craig C. Mello (Etats-Unis)

2005: Barry J. Marshall (Australie) et J. Robin Warren (Australie)

2004: Richard Axel (Etats-Unis) et Linda B. Buck (Etats-Unis)

2003: Paul C. Lauterbur (Etats-Unis) et Peter Mansfield (Grande-Bretagne)

2002: Sydney Brenner (Grande-Bretagne), John E. Sulston (Grande-Bretagne) et H. Robert Horvitz (Etats-Unis)

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