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Julie Gayet : « L’idée d’être actrice est de pouvoir vivre plusieurs vies en un seul métier »

Huit fois debout, film réalisé par Xabi Molia, sort ce mercredi 14 avril en France. À l’occasion de sa venue au festival Rendez-vous with French cinema à New York le mois dernier, France-Amérique a rencontré Julie Gayet, héroïne très nature du long-métrage.

France-Amérique : Le mois dernier, vous étiez au festival Rendez-vous with French Cinema à New York. Que vous inspire New York ?

Julie Gayet : J’adore. J’adore la différence et les points de vue qui divergent. J’ai fait une interview avec un journaliste américain et sa vision du cinéma français m’a fait du bien. J’ai oublié le microcosme parisien. Les Français ont souvent tendance à prendre le cinéma français trop au premier degré. Il y a tellement de choses qui me frappent ici. Il faudrait que j’écrive un petit portrait de cette ville.

F.-A.: Quelles sont donc ces choses qui vous frappent ?

J.G.: L’humour et la distance qu’apprécient les Anglo-saxons. L’absence de jugement aussi. J’adore marcher dans New York et rencontrer des gens qui se baladent à torse nu. Je trouve très agréable de ne pas avoir peur (du regard des autres) et d’y aller simplement. On a presque envie de prendre une caméra et de filmer en permanence.

Quelle place tient Huit fois debout, votre nouveau film, dans votre carrière d’actrice ?

C’est un film qui ressemble à deux de mes précédents : Clara et moi et Un baiser s’il vous plaît. Ce sont des films qui sont liés à des périodes de ma vie et des à interrogations existentielles. Lorsque l’on m’a proposé Clara et moi, j’avais une amie qui était atteinte d’un cancer et qui a été quittée par son fiancé. Elle ne voulait pas qu’il reste par pitié. Ce film m’a alors fait réfléchir sur le rapport que l’on a, dans notre société d’enfants gâtés, à la maladie et à la mort. Un baiser s’il vous plaît m’a fait réfléchir sur la possessivité et la jalousie. Huit fois debout, lui, est tombé dans un moment de dépression. Et Elsa, son personnage principal en est le reflet. C’est un sentiment compliqué : on se sent tellement mal qu’on a honte de soi, qu’on a envie de disparaître de cette société qui ne nous laisse pas de place. Je voulais savoir comment la société nous fait ressentir de telles choses, comment le monde du travail est aujourd’hui, etc. Ce n’est pas un film sur la précarité mais sur ces moments de vie où l’on doit trouver la force de s’en sortir. On peut également pleurer ou rire des mauvaises nouvelles qui nous arrivent. Moi, je me lève le matin en me rappelant que Nicolas Sarkozy est mon président. On peut en pleurer, mais aussi en rire !

Dans votre film, quel est le mal qui ronge Elsa, le personnage que vous incarnez ?

Elle a besoin de ne plus sentir de regards humiliants. Elle cherche celui qui lui donnera un peu d’amour, celui de son fils. Elle est socialement perdue dans cette société où le travail donne un sens à votre vie. Elle cherche à travailler pour garder son enfant et voilà tout. L’histoire d’Elsa est également une vision du réalisateur Xabi Molia : on peut faire ce que l’on veut du temps que l’on a. C’est un film qui renferme de belles réflexions, il suffit d’essayer de les comprendre.

Qu’est-ce qui rebute Elsa dans ce monde qui l’entoure ?

Le jugement. Et en même temps, elle est plus dure avec elle-même que le serait n’importe qui d’autre. C’est cela qui est fou. Et elle tourne en rond, elle n’arrive plus à sortir de ce cercle vicieux. Puis elle joue du regard des autres, tombe dans les pommes pour que les gens cessent de l’ignorer et s’occupent d’elle. Elle rentre dans ce système et devient roublarde. J’adore les nuances et chacun a des hauts puis des bas. La nature humaine est faite comme cela et c’était très important pour moi de jouer une réflexion de ce type. Pouvoir montrer que peut-être tout le monde renferme plusieurs personnalités.

Est-ce qu’une relation stable avec son fils rendrait Elsa heureuse ?

Non, c’est de se tenir droite toute seule. Face à sa glace.

Est-ce que cela peut arriver avec l’aide de Mathieu (incarné par Denis Podalydès), son voisin de palier avec qui elle flirte plus ou moins ?

Il y a des moments où même l’aide des autres ne suffit pas. Dans le film, il l’embrasse et elle lui met une claque, alors qu’elle a envie de l’embrasser elle aussi. Donc ce qu’elle cherche vraiment, c’est l’amour d’elle-même. Dans un avion, il y a ce petit fascicule en cas d’urgence qui montre qu’il faut mettre son propre masque avant d’enfiler celui de son enfant. Il faut d’abord s’aider soi-même avant de vouloir aider les autres.

On la voit s’évader en forêt. À quoi pense-t-elle dans ces bois ?

La fameuse scène dans la forêt (rires). Je vais vous raconter, c’était horrible. On était à Périgueux et on a débarqué dans cette clairière. Il y avait un camion de police et l’un des fonctionnaires nous a expliqué qu’il venait d’y avoir un meurtre et qu’ils venaient de retrouver les sous-vêtements de la femme qui avait été assassinée. Et on devait tourner à cet endroit-là. C’était sordide mais j’ai essayé de faire le vide pour jouer le personnage.

Est-ce que vous vous intéressez comme Elsa au sens des choses ?

Oui, beaucoup. L’interview va être très longue si on part sur ce sujet.

Est-ce que le cinéma français s’intéresse plus souvent que le cinéma américain sur le sens des choses ou l’inverse ?

Je dirais que l’on voit peu de films américains qui s’intéressent à ce genre de choses. Le cinéma français a parfois une approche plus philosophique. Mais c’est une qualité et un défaut. Parfois je regarde Love Actually et je me dis que les Anglo-saxons n’ont pas peur des émotions. On a peut-être moins tendance à aller dans les émotions fortes, on veut être plus intelligent que cela. Parfois, c’est super mais ça peut être très prise de tête.

Vous avez joué, avec beaucoup de naturel, plusieurs rôles particuliers : une lesbienne, une aveugle, une coiffeuse. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce genre de personnages parfois atypiques ?

J’ai beaucoup de mal à refaire la même chose. Le plus beau compliment qu’on puisse me faire est de ne pas me reconnaître dans un film. L’idée d’être actrice est de pouvoir vivre plusieurs vies en un seul métier.

Est-ce que vous êtes tentée par une aventure au cinéma américain ?

Oui, j’aimerais bien tourner avec Erin Dignam qui a fait un film sur les femmes battues. Ou avec Michael Cuesta qui en a réalisé sur la pédophilie. Ou a la rigueur un film d’horreur à l’américaine. Enfin, si Spielberg m’appelle demain, je dis oui !

Infos pratiques :

Huit fois debout

De Xabi Molia avec Julie Gayet et Denis Podalydès

Sortie en France le 14 avril

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