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Julien Balkany : “la gauche a instauré une défiance à l’égard des Français de l’étranger”

C’est dans son appartement new-yorkais que nous a reçu Julien Balkany, candidat aux législatives 2012 pour les Français d’Amérique du Nord. Biographies sur Charles de Gaulle, livres de Charles Pasqua et de Patrick Balkany – son demi-frère – sur les étagères, ce financier de 30 ans affiche très clairement  sa couleur politique. Pour autant, il se veut un candidat libre, bien que son programme s’inscrive dans la droite ligne de celle de Nicolas Sarkozy. Qu’il soit investi ou non par l’UMP, Julien Balkany se présentera, même s’il doit s’opposer au candidat désigné par le parti majoritaire. Entretien avec un candidat ambitieux prêt à sillonner les Etats-Unis pour sa campagne.

France-Amérique : Pourquoi cette envie de vous lancer en politique ?

Julien Balkany : J’ai la chance d’avoir grandi dans une famille engagée en politique depuis longtemps. Ils m’ont transmis ce virus. Aujourd’hui, j’ai envie d’y aller à mon tour. Ce n’est pas nouveau, j’ai fait des études de sciences politiques à Strasbourg et j’ai déjà été impliqué par le passé dans plusieurs campagnes électorales dans les Hauts-de-Seine. Avec cette nouvelle élection, j’ai voulu saisir l’opportunité. Il n’y a pas d’élu sortant. Tout est à faire.

Pourquoi ne vous présentez-vous pas sous l’égide de l’UMP ?

Ma candidature se veut libre. Je fais campagne sur mes propres fonds. A l’Américaine en quelque sorte. Je ne veux pas du soutien financier d’un parti politique. Pour la droite, il y avait une candidate naturelle, Christine Lagarde, un candidat légitime, Guy Wildenstein, patron de l’UMP aux Etats-Unis, mais les deux, pour diverses raisons, ne se présentent pas. La candidate socialiste étant déclaré depuis avril dernier, je pense que pour ma famille politique, il est temps de se mettre en ordre de bataille. Et comme il y a eu beaucoup de tergiversations à Paris pour savoir qui serait le candidat sur cette circonscription, j’ai décidé de me lancer en candidat libre.

Et si l’UMP vous propose d’être leur candidat en Amérique du Nord ?

Evidemment, j’adhère à leurs valeurs. Et ma candidature s’inscrit dans la droite ligne du Président de la République. Si l’UMP décide de m’investir en pensant que je suis le mieux placé pour les représenter en Amérique du nord, j’en serai honoré. Mais dans tous les cas, je suis candidat à cette élection, et non à l’investiture de l’UMP. J’irai de toute façon.

Vous dites vouloir vous adresser à tous les Français et ne pas vous limiter à un certain microcosme. Qu’est ce que cela signifie ?

Très clairement, mon objectif est d’aller à la rencontre de tous les Français. J’habite à New York depuis un peu plus de sept ans. Je pense être au quotidien confronté aux mêmes préoccupations que les Français des Etats-Unis. Je ne veux pas m’adresser qu’aux milieux para-consulaires. Mais aux 185 000 voire 200 000 personnes qui seront inscrites sur les listes électorales aux Etats-Unis et au Canada.

Comment comptez-vous vous faire connaître ?

Aux Etats-Unis, il n’y a pas de communauté française, au sens où il y a une communauté polonaise ou italienne, car il n’y a pas eu de vagues d’immigration. Les Français ne sont pas structurés en tant que communauté. Beaucoup adhèrent au modèle américain qui est assez individualiste. Et si je me suis déclaré si tôt, c’est parce que cette circonscription est immense. Six à sept mois pour rencontrer les Français des Etats-Unis, c’est le minimum. Je ne veux pas être un candidat du soir qui fait campagne de 19h à 21h. J’ai pris l’engagement de me rendre dans toutes les villes où il y a une présence consulaire française. Boston, Washington, La Nouvelle-Orléans, Montréal, Québec, ou encore Calgary. Je ne considère pas que New York, c’est les Etats-Unis. C’est comme faire du parisianisme et voir le reste des Etats-Unis comme la province.

Vous voulez créer une agence des Français de l’étranger. Quelle serait son rôle ?

Certains partis politiques de gauche ont instauré une défiance à l’égard des Français de l’étranger. Il y a cette idée qu’un expatrié est un exilé, un évadé. Fiscalement, les Etats-Unis ne sont pas le Luxembourg. Je pense donc qu’il faut faciliter les choses pour comprendre que les expatriés ne sont pas des personnes à part, mais des personnes à part entière. Cette agence des Français de l’étranger sera un un guichet unique qui facilitera les démarches administratives à l’expatriation et à l’impatriation. Tout le monde ne sait pas comment maintenir sa sécurité sociale, ses droits aux allocations, au chômage, ou comment ça se passe pour les soins médicaux, les renouvellements de passeport. Cette agence proposera aussi des emplois pour les chômeurs en France. Ce n’est pas le Pôle emploi du 13e arrondissement de Paris qui va leur trouver une emploi en Allemagne ou aux Etats-Unis. Et le savoir-faire des Français est reconnu dans de nombreuses industries. Si on peut créer 20 000 à 100 000 emplois, ça sera déjà une victoire.

Quelles sont vos positions sur la gratuité de l’enseignement pour les Français de l’étranger ?

Il faut l’étendre ! Ce sera mon principal combat. C’est inacceptable qu’il n’y ait pas une équité, une égalité des chances entre les enfants français en France et à l’étranger. L’école gratuite jusqu’à 16 ans, c’est un droit. Beaucoup nous l’envient. C’est un vecteur de la méritocratie. Aujourd’hui, la prise en charge intervient à partir de la seconde, c’est une avancée majeure. Je suis très reconnaissant au Président la République d’avoir soutenu cette mesure mais je trouve que c’est une sorte de ristourne. De la maternelle à la troisième, vous payez, et si vous êtes arrivé jusque là, on vous donne les trois dernières gratuites. Très clairement, si un enfant va à l’école publique américaine, il n’aura pas le niveau pour rentrer en seconde dans un établissement français.

Pensez-vous faire accepter cette mesure alors que, déjà pour le lycée, une polémique était née et le gouvernement avait failli revenir en arrière ?

Oui, c’est possible et ça doit être un combat de tous les députés des Français de l’étranger. Un enfant scolarisé coûte 8 000 euros en France, et entre 3 000 et 3 500 euros à l’étranger.

Vous souhaitez aussi instaurer une priorité pour les Français dans les établissements scolaires français à l’étranger ?

Ça me paraît logique. Je suis conscient de la richesse de la diversité d’avoir des enfants d’autres horizons qui apprennent le Français en classe. Mais s’il y a une liste d’attente et que les classes sont saturées, il y une priorité aux Français. Ça me semble naturel. Et je pense aussi que les écoles doivent continuer à être homologuées, par ce qui ne serait plus l’AEFE mais l’académie des Français de l’étranger, comme il existe l’académie de Créteil ou de Paris.

Comment allez-vous jongler dans votre emploi du temps entre les Etats-Unis et Paris ?

Je passerai deux semaines à l’assemblée, et deux semaines en circonscription. Il va falloir voyager. Ma vie restera à New York. Mais comme je suis jeune, je supporterai mieux le décalage horaire ! Cette élection, à mon âge, c’est le reflet de ma volonté. Je ne cherche pas juste à avoir la carte bleu-blanc-rouge de l’Assemblée nationale. Une moitié du temps, je serai à Paris, et le reste dans la circonscription, donc pas qu’à New York, mais en Amérique du Nord.

Allez-vous continuer votre travail, celui de co-directeur du fonds d’investissement Nanes Balkany ?

Aujourd’hui, en tant que candidat, je continue. Le jour où je suis élu, je m’engagerai à 100 % à être au service des Français d’Amérique du Nord et j’arrêterai toute activité professionnelle à côté.

Pensez-vous que votre nom de famille soit un avantage ou un inconvénient ?

J’ai la chance ou la malchance d’avoir un nom connu en politique et identifié à la famille politique du Président la république. Si les Français d’Amérique du Nord décident de me choisir, c’est à Julien Balkany qu’ils font confiance. Si j’ai choisi d’habiter aux Etats-Unis, c’est parce que c’est un pays où l’on réussit sans préjugés. Si j’avais eu la même réussite professionnelle en France, on m’aurait dit “c’est facile, il s’appelle Balkany, il n’a aucun mérite”.

Vous dites aussi vouloir représenter les Français face aux autorités américaines, que voulez-vous dire ?

Je serai un élu de proximité. Je ferai de la diplomatie parlementaire. Il n’y a pas si longtemps, il y avait le French Bashing. Tous les français ont été fiers que la France de Chirac et de Villepin disent non à la guerre en Irak, qui était injustifiée. Ceux qui ont trinqué, ce sont les Français des Etats-Unis. Allez demander à un restaurateur à New York ou à Los Angeles. Il y a eu du boycott. Allez demander à Evian dans combien d’endroits leur eau a été remplacée par de la Spring Water ou de la Fiji. S’il y a à nouveau des malentendus, il faut que le député puisse faire face. A New York auourd’hui, c’est du passé, mais si vous allez dans l’Ohio, il existe toujours une grande suspicion. Autre exemple, comme la majorité des Français, je suis contre la peine de mort. Il y a deux Français qui sont en attente de recevoir cette sentence. Quoi qu’ils aient commis, qu’ils soient coupables ou non, on ne doit pas les abandonner. Je veux être le porte-parole des Français auprès des autorités d’Amérique du Nord.

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