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Juliette Binoche à l’affiche de “Camille Claudel 1915” aux Etats-Unis

La rencontre entre le réalisateur Bruno Dumont et l’actrice Juliette Binoche est à l’origine du film exigeant Camille Claudel 1915, à l’affiche à New York et Seattle.

De la vie captive de Camille Claudel – sculptrice de talent et sœur de l’écrivain et diplomate Paul Claudel -, on ne connaît presque rien. C’est ce vide auquel s’est intéressé Bruno Dumont, ancien professeur de philosophie devenu réalisateur. Quand Juliette Binoche l’appelle pour lui proposer de tourner pour lui, il est plongé dans la lecture d’un livre sur la fin de vie de Camille Claudel. Il s’aperçoit que l’actrice a environ le même âge que la sculptrice lors de son internement forcé dans un asile, à Ville Evrard en 1913, puis deux ans plus tard à Montdevergues, près d’Avignon.

De là naît l’idée d’un scénario librement adapté des dossiers médicaux et des lettres de l’artiste et celles de son frère. Le film déroule, sur trois jours consécutifs, le quotidien de la sculptrice empêchée d’exercer son art. Entourée de malades auxquels elle ne s’assimile pas, l’artistes alterne entre détestation et assistance à ses compagnons de souffrance, prières vaines et promenades en rond. On s’interroge sur l’état de santé de Camille Claudel, dure avec ses semblables, faible quand elle laisse courir ses émotions, persuadée qu’Auguste Rodin, son amour qu’elle a quitté une vingtaine d’années plus tôt, cherche à l’empoisonner. L’unique obsession de Camille est la visite de son frère Paul (Jean-Luc Vincent) qui tarde à venir.

Un film sur la folie

Les patients autour de Camille sont interprétés par de vrais patients souffrant de troubles mentaux. Le film porte, avec beaucoup d’intelligence, la caméra vers ces invisibles. Tourné dans un hôpital psychiatrique de Saint-Rémy de Provence, il s’intéresse à ses patients et son personnel soignant. Cette approche humaniste est particulièrement visible dans une séquence poignante du film, où les malades répètent une scène de Don Juan devant Camille Claudel, qui passe du rire aux larmes à mesure que le ridicule laisse la place au sublime.

Expérience théorique et visuelle, Camille Claudel 1915 n’a rien d’une biographie filmée. “J”ai cherché à montrer la réalité du confinement, sans mot, puisque tout n’est que cris, souffrance, temps, ennui, les formes béantes de la maladie mentale qui sont des émotions intraduisibles en mots […] Le film est construit sur la gamme d’émotions extrêmes de Camille, elle interprète des scènes tourmentées d’une manière presque expressionniste, poussée à la limite.” A voir pour la beauté de la photographie – les intérieurs teintés d’un bleu glacé, l’extérieur est solaire et magistral – et la performance toute en retenue et improvisation de Juliette Binoche.

Cliquez ici pour connaître les séances du film aux Etats-Unis

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