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Kaboom de Gregg Araki au Festival de Sundance

Le cinéaste américain Gregg Araki, l’un des enfants chéris du festival de Sundance, où la quasi-totalité de ses films ont été présentés, affirme dans un entretien à l’AFP que “financer un film indépendant reste un combat difficile” malgré la révolution technologique.

Révélé par le festival de cinéma indépendant dans les années 90, avec sa trilogie sur “l’apocalypse adolescente”, Gregg Araki revient cette année à Park City (Utah, ouest) avec son dixième film, “Kaboom”. L’occasion d’évoquer avec l’AFP l’évolution du paysage indépendant depuis ses débuts. “Les gens pensent que c’est plus facile de financer un film quand vous êtes quelqu’un de reconnu et que vous avez fait plusieurs longs métrages”, déclare le cinéaste, qui a également signé “Mysterious skin” et “Smiley face”. “Mais en réalité ce n’est pas plus facile qu’avant. Je dirais même que c’est plus difficile. Il y a de plus en plus de cinéastes, de plus en plus de projets dans l’air, et de moins en moins de sources de financement”, dit-il.

Pour “Kaboom”, Gregg Araki s’estime “chanceux” d’avoir pu travailler avec Wild Bunch et Why Not, deux sociétés françaises de distribution et de production. “C’était un rêve de Cendrillon”, dit-il en souriant, tout en soulignant que le film a été fait avec “un petit budget”. “De toute façon, financer un film indépendant, ça a toujours été un combat”, assure-t-il. Et ce, malgré la révolution numérique, qui a selon lui facilité la création des films, mais pas forcément leur financement.

“Quand j’ai commencé à faire des films, c’était franchement difficile”, se souvient-il. “Filmer en 16mm, monter ces satanées bobines, mixer… chaque étape était ridiculement compliquée. Techniquement, c’était complètement archaïque. Aujourd’hui, avec les nouvelles caméras, le (logiciel de montage numérique) Final Cut, les ordinateurs, on peut faire tellement de choses…”.
“Pour la nouvelle générations de cinéastes, pour ceux qui ont quelque chose d’intéressant à dire – je ne sais pas qui sont ces gars-là aujourd’hui, ni comment ils sont -, je pense que le potentiel offert par les nouveaux outils a clairement pris un chemin jamais vu auparavant”, observe-t-il.

Même si à 51 ans, Gregg Araki se considère parfois comme “un vétéran du cinéma indépendant”, son dernier film, déjà présenté au festival de Cannes et sorti en France en octobre dernier est d’une énergie et d’une inventivité qui font défaut à beaucoup de jeunes cinéastes. “On ne fait plus trop de film comme ça, de nos jours. Les jeunes cinéastes, par exemple, font beaucoup de bons films mais ils manquent de cette joie de faire du cinéma. Je pense qu’ils n’essaient pas assez de faire quelque chose de différent ou de prendre des chemins de traverse”, estime-t-il.

“Kaboom”, avec son étudiant californien bisexuel sombrant dans la paranoïa après avoir été témoin d’un crime abominable, convoque tous les thèmes des débuts d’Araki — le désir adolescent, la sexualité débridée, l’ennui de la jeunesse — sur une trame de film d’horreur hallucinatoire. D’une totale liberté, le scénario s’autorise tous les excès, jusqu’à atteindre “une sorte de crescendo dans la folie”, qui trouve sa résolution dans une scène finale totalement inattendue, qui justifie le titre du film.

“D’un point de vue créatif et artistique, c’était d’une certaine manière très innocent, j’avais l’esprit libre”, explique-t-il. “Je ne me suis absolument pas censuré, je voulais juste que l’histoire soit aussi libre, sauvage, folle et unique que possible”.

 

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