Subscribe

Kaissa, une voix contre l’injustice

Les French Culture Nights débutent le 15 octobre dans le Westchester. C’est la chanteuse francophone Kaissa qui ouvrira le bal, au son de mélodies africaines alliant nostalgie et joie de vivre.

 

Pouvez-vous nous dire comment la musique est entrée dans votre vie?

Je suis née au Cameroun. La musique a été pour moi très présente dès mon plus jeune âge. Avec une sœur danseuse, deux frères bassistes et un frère chanteur j’ai toujours baigné dans cette culture musicale camerounaise très riche. A cinq ans déjà je montais sur la table du salon pour improviser des spectacles et chanter devant ma famille. D’autre part la musique est très importante dans la culture camerounaise, elle accompagne tous les moments importants de la vie tels que les naissances et les mariages. Ca a donc été quelque chose de naturel depuis le début.

J’ai ensuite déménagé à Paris à l’âge de 13 ans, et déjà je demandais à mon frère bassiste de m’emmener à ses concerts et lui ne voulait pas car trouvait que j’étais trop petite. Un jour il m’a appelée pour remplacer une de ses choristes et c’est comme ça que tout a commencé. Après ce concert, je me suis sentie tellement validée par les musiciens et amis de mon frère que je me suis prise au jeu et j’ai réalisé au fond de moi que c’était ce que je voulais faire. Après deux ans à l’université j’ai eu le courage d’annoncer à mon père que je voulais être chanteuse, ce qui fut un choc pour lui qui me voyait devenir avocate. J’ai ensuite fait beaucoup de télé en débutant avec la Compagnie Créole, puis enchainé avec les studios d’enregistrement et une tournée avec Charlélie Couture qui a lancé ma carrière.

Vous parlez  trois langues. Vous préférez chanter dans votre langue maternelle ?

Chanter en douala est pour moi une façon de réclamer ma culture car j’ai quand même quitté le Cameroun très jeune, et mes parents m’ont toujours parlé en français. C’est pour moi réapprendre ma culture, la redécouvrir et la partager avec les autres. Je crois que j’ai instinctivement commencé à chanter dans cette langue car j’ai eu besoin d’affirmer ma différence et mon identité. Le douala est aussi une langue que je peux faire sonner d’une certaine manière, cela fait partie de mon originalité. Je trouve cette langue très belle et poétique.

De quoi parlent vos textes ?

Je parle de choses universelles qui me sont importantes et dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître. J’ai deux chansons sur la mort ayant moi même perdu deux frères. J’ai aussi écrit une nouvelle chanson qui parle des filles qui se font mutiler car des amies à moi en ont été victime et c’est important que les gens en entendent parler. J’ai un dégoût certain pour l’injustice faite aux femmes et aux minorités, la machine politique, la manipulation, la guerre… La musique a un pouvoir de guérison très fort et j’utiliserai ma voix tant que je pourrai. Il est important pour moi de toucher les gens, c’est pourquoi la langue que j’utilise dans mes chansons importe peu finalement. Quand les gens viennent me voir après mes concerts et me disent que m’avoir écouté leur a fait du bien, je comprends la dimension spirituelle que la musique peut avoir. Une de mes chansons intitulée O Si Seka parle du partage de l’amour et de l’amitié. Cette chanson a tellement touché les gens qu’un jour j’ai trouvé par hasard sur youtube une vidéo de chanteuses croates chanter ma chanson, elles l’avaient apprise phonétiquement. Vous voyez, le message est passé sans qu’elles comprennent les paroles!

Comment décririez-vous votre style musical ?

Jai énormément de mal avec les étiquettes car elles peuvent être tellement restrictives. Les gens ont tendance à décrire ma musique comme afro beat ou reggae. Mais c’est vraiment un mélange de styles, une fusion de choses que j’ai écouté en grandissant. Jai horreur des gens aux réactions un peu racistes et clichées qui pensent savoir mieux que toi comment ta musique devrait sonner. Je suis née dans la ville et ai grandit avec une musique urbaine, écoutant musique classique, jazz, soul, funk, musique indienne. Je suis une africaine moderne et je vis avec mon temps. La base de ma musique est africaine mais je suis très ouverte aux autres styles.

Vous avez  vécu 13 ans au Cameroun, 20 ans en France et 16 ans aux Etats-Unis. Pourquoi avoir finalement choisi de rester à New York ?

Ma carrière de chanteuse a vraiment commencé quand je suis arrivée aux Etats-Unis en 1994 en faisant des tournées. J’ai été captivée par la diversité ethnique et culturelle du pays, le fait que la musique soit très présente partout où tu vas, et puis tu peux te permettre de rêver ici. Un jour par exemple Paul Simon en personne m’a contactée car il avait besoin d’une chanteuse et j’ai faillit raccrocher tellement je n’y croyais pas. Même si j’aimerai vivre sur les trois continents, je trouve qu’il y a des opportunités énormes à New York et c’est plus facile d’obtenir des subventions ici qu’en France ou au Cameroun. J’ai eu mon premier concert en France cette année, pour vous dire à quel point c’est ironique!

Quels sont vos projets du moment ?

Je mets une énergie folle sur mon deuxième album. Je voudrais qu’on puisse le trouver facilement à la Fnac et qu’il touche beaucoup plus de gens que le premier. A côté de ça j’enchaîne les concerts, et une soirée comme  les French Culture Nights le 15 octobre est  une très bonne opportunité pour moi de rencontrer le public français et francophone.  Je suis vraiment ravie d’en faire partie, et espère que c’est le début d’une grande aventure.

http://www.frenchculturenights.com/

http://www.kaissa.com
http://www.facebook.com/pages/Kaissa-Official-Page/185354177251

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related