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Karzaï ordonne aux Américains de lui transférer la prison de Bagram

Le président afghan Hamid Karzaï a ordonné aujourd’hui aux Américains de transférer d’ici un mois à son gouvernement le contrôle de la prison qu’ils gèrent à Bagram, au nord de Kaboul, invoquant notamment des violations des droits de l’homme dans cet établissement.

Plusieurs analystes voient dans cette injonction, symboliquement forte car cette prison est aux yeux de nombreux Afghans l’un des symboles de l’occupation américaine, une manière détournée pour Hamid Karzaï d’exprimer son désaccord avec la stratégie de Washington de négocier sans lui la paix avec les talibans. Le président afghan “a nommé une commission pour que le contrôle de la prison de Bagram soit entièrement confié au gouvernement afghan dans un délai d’un mois débutant jeudi”, annonce un communiqué de la présidence.

Au cours d’une réunion jeudi, Karzaï a écouté un rapport de Gul Rahman Qazi, le président de la commission de surveillance de la Constitution, qui a détaillé “de nombreux cas de violations de la Constitution afghane, d’autres lois du pays et des conventions en vigueur sur les droits de l’homme.” Karzaï “a nommé la même commission que celle nommée le 9 janvier 2010, qui devait réaliser le transfert de la prison entre janvier 2011 et janvier 2012”, a précisé ce texte. “Conformément à l’accord précédent sur le transfert de la prison et de tous les prisonniers aux mains d’étrangers, il a été demandé à la commission d’opérer un contrôle total d’ici à un mois à dater du 5 janvier afin qu’une autre rupture de la souveraineté afghane puisse être évitée”.

Cet ordre intervient au lendemain de l’acceptation par le président Karzaï du principe de négociations de paix entre les Etats-Unis et les rebelles talibans, via un bureau de représentation installé hors d’Afghanistan, vraisemblablement au Qatar, sans que le gouvernement afghan ne soit impliqué. Une idée à laquelle il a donné son accord, sous pression américaine, mais qu’il “ne soutient pas”, explique l’un des responsables du gouvernement.

Hamid Karzaï “a senti et réalisé que son gouvernement était en train d’être mis de côté par les Américains et éloigné” des négociations, estime l’analyste politique Waheed Mujda. Par cette action, “il veut réaffirmer sa position et montrer que son gouvernement compte beaucoup et qu’il devrait être considéré comme un des acteurs principaux. Il veut montrer aux Américains que le rôle de son gouvernement, surtout au regard des derniers événements, ne devrait pas être ignoré”, ajoute-t-il.

En octobre 2010, un tribunal américain avait estimé que le Pentagone, poursuivi par l’ACLU, une organisation américaine de défense des libertés civiles, était en droit de ne pas divulguer d’informations détaillées sur les personnes détenues à la prison située sur la base américaine de Bagram. L’ACLU, qui souhaitait que soient rendues publiques des données telles que la nationalité, la date de l’incarcération ou encore les circonstances de l’arrestation des centaines de détenus (645 au 22 septembre 2009) de Bagram, avait qualifié cette prison de “nouveau Guantanamo”, en dénonçant “le manque de transparence” des Américains à ce propos.

L’administration américaine a déjà été notamment critiquée pour les actes de torture commis par certains de ses soldats dans la prison irakienne d’Abou Ghraïb et par le secret entourant celle de Guantanamo.

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