Subscribe

La Bosnie sort d’une longue crise politique mais son avenir reste incertain

La Bosnie a réussi à sortir de la crise politique qui la paralysait depuis 14 mois mais l’accord sur la composition du gouvernement est loin de dissiper les incertitudes –notamment économiques– dans un pays piégé par de constantes querelles intercommunautaires.

En vertu de cet accord, les partis des principales communautés (serbe, musulmane, croate) se sont engagés à doter rapidement le pays d’un gouvernement central, manquant à l’appel depuis les législatives de 2010. Dans la journée, le candidat au poste de Premier ministre a été proposé par les Croates bosniens. Il s’agit d’un économiste, Vjekoslav Bevanda, 55 ans. Une fois officiellement désigné par la présidence tripartite, le nouveau Premier ministre, doit être validé par le parlement. Il disposera ensuite d’un mois pour former son cabinet.

Dnevni Avaz, le plus grand quotidien de Bosnie, reste sceptique : “nous sommes bien loin d’une quelconque vision d’avenir et d’un plan qui pourrait sortir ce pays de la crise”, écrit-il.

Le nouveau cabinet devra s’attacher à résoudre les graves problèmes économiques du pays ainsi qu’à rattraper le retard par rapport aux Etats de la région dans les démarches d’adhésion à l’UE. “Cet accord montre que les hommes politiques qui veulent un avenir européen pour la Bosnie peuvent parvenir à s’entendre”, estime le politologue Zoran Tomic. L’accord prévoit la mise en oeuvre de deux réformes jugées cruciales par Bruxelles dans cette étape initiale de rapprochement, à savoir la loi sur le recensement et celle sur la distribution des subventions de l’Etat. La Bosnie est le seul pays des Balkans occidentaux à ne pas avoir encore demandé auprès de Bruxelles le statut de candidat à l’adhésion à l’UE. Tout en se félicitant de cet accord, Bruxelles a indiqué dans un communiqué attendre “avec impatience de nouvelles mesures concrètes pour mettre résolument la Bosnie sur la voie de l’UE”.

Pour Srecko Latal, analyste de l’ONG International Crisis Group, l’accord contribuera surtout à “éviter une grave crise immédiate” financière et économique. “En l’absence d’un accord sur le budget, la Bosnie risquait la paralysie à partir du 1er janvier 2012”, fait-il valoir.

Le chômage touche plus de 40% de la population active et le pays va entamer 2012 avec plus d’un d’un milliard d’euros de déficit budgétaire, souligne Srecko Latal. La Bosnie a été déstabilisée par de multiples crises politiques depuis la fin de la guerre inter-communautaire de 1992 à 1995 qui a fait 100 000 morts. Arraché par la communauté internationale, l’accord de paix de Dayton (1995, Etats-Unis) est paradoxalement à l’origine des problèmes institutionnels en Bosnie. L’accord a consacré la division du pays en deux entités, l’une serbe et l’autre croato-musulmane, unies par de faibles institutions centrales. Toute tentative de les renforcer s’est heurtée à l’opposition farouche des Serbes bosniens.

Au niveau central, toute prise de décision est un casse-tête, la Constitution stipulant qu’elle doit être acceptée par chacune des trois entités. “La Bosnie est probablement l’arène politique la plus compliquée en Europe”, selon Zoran Tomic. “Tout le monde exige une action politique toujours plus rapide et efficace. Mais ce n’est pas possible ici. Toutes les décisions importantes devront passer par de longues négociations et des compromis douloureux. On doit s’y habituer”, ajoute le politologue.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related