Subscribe

La campagne présidentielle de l’UMP compromise par l’affaire Karachi

La mise en cause de Brice Hortefeux dans le cadre de l’enquête sur le volet financier de l’affaire Karachi touche de plein fouet un pilier de la “Sarkozie”, promis à un rôle crucial dans la campagne de 2012 malgré les nombreuses controverses qu’il a suscitées.

Après les mises en examen successives de deux proches de Nicolas Sarkozy, l’ex-ministre de l’Intérieur est mis en difficulté par deux entretiens téléphoniques révélateurs de l’émoi que suscite, au coeur du pouvoir, l’enquête sur le financement de la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Dans l’un d’eux, passé le 14 septembre, enregistré par la police et révélé vendredi par le quotidien Le Monde, l’ex-ministre prévient pour s’en inquiéter Thierry Gaubert, un proche de Nicolas Sarkozy mis en examen mercredi dans ce dossier, que sa femme “balance beaucoup” au juge.

Un autre entretien, confirmé par Brice Hortefeux, révèle qu’il a été “en contact” avec M. Gaubert pendant sa garde à vue suivie de sa mise en examen mercredi par le juge Renaud van Ruymbeke.

Vendredi soir, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour “violation du secret professionnel” et “recel” à la suite de ces révélations. Un peu plus tôt, dans un communiqué, Brice Hortefeux avait demandé “à être entendu par la justice”, précisant avoir “décidé de porter plainte contre toute allégation mensongère et diffamatoire”. L’avocat des familles des victimes de l’attentat de Karachi qui a fait 15 morts dont 11 Français, Me Olivier Morice, a vu dans ces développements la marque d’une “panique manifeste de l’Elysée” et une volonté de “tout faire pour étouffer ce scandale”.

Jusque-là, le nom de M. Hortefeux n’était cité qu’en filigrane dans ce dossier. D’abord en tant qu’ancien chef de la cellule “meetings” de la campagne de M. Balladur. Puis en tant que relation de Ziad Takieddine, cet homme d’affaires franco-libanais soupçonné par la justice d’avoir permis le retour vers la France de commissions versées lors de marchés d’armement. Avant d’être rattrapé par ce dossier, dans lequel il nie toute implication, l’ami du président a vu, depuis 2007, son parcours gouvernemental agité par plusieurs polémiques. D’abord comme ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, où il a essuyé ses premières tempêtes à propos du prélèvement d’ADN pour les demandeurs de regroupement familial.

Puis à celui de l’Intérieur, où il eut maille à partir avec la justice, notamment pour une petite phrase visant un militant UMP d’origine algérienne. Condamné en première instance à 750 euros d’amende en juin 2010, il a été relaxé il y a quelques jours pour un motif de forme par la cour d’appel, qui n’en a pas moins jugé ses propos “méprisants” et “outrageants”. Cette sortie lui a coûté la place Beauvau en février dernier, remplacé par Claude Guéant. Mais, malgré ce revers, Brice Hortefeux est resté l’une des pièces maîtresses de l’équipe présidentielle.

Sitôt sorti du gouvernement, l’Elysée lui promet “des fonctions éminentes, prochainement”. En clair, il est pressenti pour diriger en 2012 la campagne du chef de l’Etat à un second mandat. En attendant sa candidature officielle, le député européen et vice-président de l’UMP s’échauffe depuis des semaines à la tête de la nouvelle “cellule riposte” du parti présidentiel, une équipe d’une douzaine de ministres et d’élus chargée de valoriser le bilan du chef de l’Etat et de répliquer à la gauche sur le terrain médiatique.

De l’avis général, la mise en cause de Brice Hortefeux constitue une très mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy. “C’est son homme de confiance, son exécutant le plus fidèle”, relève un cadre de la majorité, “si le président était contraint de se passer de lui pour 2012, ce serait un handicap de plus sur le chemin déjà compliqué de sa réélection”.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related