Subscribe

La charcuterie française à nouveau autorisée aux Etats-Unis ?

Pour la première fois en neuf ans, la France a pu exporter exceptionnellement deux jambons français aux Etats-Unis, non sans un accrochage avec les douaniers américains. L’interdiction de vente de salaisons françaises aux Etats-Unis pourrait toucher à sa fin en 2014.

En 1942, Jean Gabin et Bourvil transportaient, au péril de leur vie, du cochon d’un bout à l’autre de la capitale lors de La Traversée de Paris. Soixante-et-un ans plus tard, c’est une traversée de l’Atlantique tout aussi rocambolesque à laquelle se sont livrées les autorités françaises. A l’occasion du festival Taste of France, Guillaume Garot, ministre délégué à l’Agroalimentaire, a en effet décidé de transporter dans ses valises deux jambons de Bayonne.

Partis d’Arzacq, siège du consortium du jambon de Bayonne où le ministre s’était rendu le 18 septembre dernier, les deux jambons de cinq kilogrammes ont été exportés dans le cadre d’une procédure spéciale. En effet, depuis 2004, un embargo américain empêche les producteurs français d’exporter leurs salaisons aux Etats-Unis. Mais les exposants français ont déjà la possibilité de présenter leurs produits dans les foires et salons en attendant les précieux agréments exports qu’exige l’administration vétérinaire américaine. Tout ne s’est pourtant pas passé comme prévu.

Les deux jambons ont en effet été confisqués à l’aéroport JFK par les douaniers américains. “Il manquait un formulaire, on y a passé des heures”, a déclaré le ministre. Bien décidé à se jambonner avec les autorités françaises, les agents américains ont demandé aux Français de payer une taxe de 150 dollars, ainsi qu’une amende de 565 dollars pour “permis d’importation incomplet”. Les services consulaires ont dû intervenir pour régler l’amende et libérer les jambons. La France espère désormais récupérer la totalité ou une partie de l’amende réglée. Une anecdote qui illustre bien l’intransigeance américaine en matière d’exportation.

Un embargo soudain

L’interdiction d’exportation de salaisons françaises remonte au 24 février 2004. Ce jour-là, le ministère de l’Agriculture français reçoit un message annonçant un embargo américain sur ces produits pour raisons sanitaires. Une décision inattendue, quelques heures après l’annonce faite par l’Union Européenne de la suspension provisoire de l’exportation en Europe de volailles et œufs américains, en pleine crise de grippe aviaire. A l’époque, la France ne se risque pas à faire un lien entre ces deux événements mais se contente de dénoncer une décision injustifiée, “non motivée par la sécurité sanitaire”. Une interdiction soudaine qui a d’autres explications. “Des auditeurs américains envoyés en Franc ont constaté que la manière de gérer les procédures sanitaires des entreprises françaises ne correspondait pas à leurs attentes. L’hygiène était respectée, mais les Français n’en apportaient pas la preuve comme les Américains le souhaitaient”, affirme Elisabeth Descamps, expert en exportation des produits animaux chez FranceAgrimer, un organisme d’Etat.

Les relations franco-américaines refroidies par l’épisode de la guerre en Irak ont fait de l’alimentaire un bouc émissaire. Le problème politique n’a en effet pas aidé à la coopération entre les deux pays sur ce sujet. Plusieurs entreprises françaises ont alors décidé de jeter l’éponge, le marché américain n’étant à l’époque pas très conséquent. “Les entreprises françaises voyaient l’agrément américain comme une porte d’entrée vers l’Asie. Elles se sont aperçues qu’elles n’en avaient plus vraiment besoin”, confirme Elisabeth Descamps. La France n’a repris en main le dossier qu’en 2011, lorsque les exportateurs français se sont rendus compte que les Espagnols et les Italiens avaient depuis ouvert un marché important aux Etats-Unis. “Les Etats-Unis représentent aujourd’hui le premier marché export pour le jambon de Parme. On espère de notre côté exporter 40 tonnes de salaisons la première année, et 100 tonnes dès la troisième année”, affirme Stanislas Salembier, directeur de l’export de Delpeyrat, le leader du jambon de Bayonne.

Un retour du jambon et du saucisson français prévu pour 2014

2014 pourrait être l’année de la reprise des exportations de salaisons aux Etats-Unis. En Septembre 2011, deux séances de formation sur les conditions sanitaires américaines à respecter dans les usines ont été organisées en France. Des cinquante personnes présentes à cette première réunion, chapeautée par des consultants de la Food Safety Inspection Service (FSIS), seuls 20 se sont rendues à la deuxième séance. Les autres ont été découragées par les nouvelles mesures draconiennes imposées par les Etats-Unis. Parmi elles, l’absence totale de listeria, autorisée en faible quantité par les normes européennes. Modifier la production a un coût. Et seules une dizaine d’entreprises françaises ont les moyens de poursuivre leur formation. “Il faut investir dans du personnel formé pour effectuer les contrôles préalables et compléter les dossiers”, confirme Elisabeth Descamps.

Dominique Noel, vice-président de Paris Gourmet, une entreprise qui importe des produits français aux Etats-Unis, compte sur le soutien du ministre délégué à l’Agroalimentaire, Guillaume Garot. “La France a toujours été timide sur le dossier, mais Guillaume Garot s’est engagé à faire avancer les choses. Il voit bien que les Espagnols et les Italiens y sont arrivés et que la France pourrait grandement profiter du marché américain”. Au-delà du suivi des réglementations dans les usines, les négociations entre Etats peuvent faciliter les obtentions de visas sanitaires. “Ils peuvent placer le dossier des sociétés françaises sur le dessus de la pile de l’USDA (US Department of Agriculture)”, confirme Stanislas Salembier. Et permettre ainsi au jambon de Bayonne de passer la douane américaine sans encombres.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related