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La colère des passagers français bloqués à New York

Alors que le trafic aérien reprend peu à peu en Europe ce mardi, quelque 5000 Français bloqués à l’aéroport de JFK, à New York espèrent pouvoir rentrer chez eux. Reportage dans l’un des camps de fortune où ont échoué ces naufragés de l’air.

Dans les couloirs du terminal 4 de l’aéroport de JFK, tout près des magasins Duty Free, des restaurants rapides et des bornes de jeux vidéos, un campement de fortune a été installé pour les voyageurs bloqués à New York depuis que le nuage de cendres du volcan Eyjafjöll paralyse l’espace aérien européen. Debout au milieu des lits de camp et des couvertures prodigués par la Croix Rouge américaine, Isabelle Robbe, puéricultrice et originaire d’Ostricourt, un petit village du Nord-Pas-de-Calais s’insurge : « Les agents de sécurité et les passants nous regardent comme des bêtes curieuses. C’est vraiment humiliant. »

Avec son mari Vincent, ouvrier dans l’automobile, elle est venue il y a deux semaines parcourir les États-Unis pour les vacances de Pâques. Et sa dernière étape à New York ressemble, comme pour tous ses compatriotes bloqués au sol, à un cauchemar. « Samedi, notre avion pour Bruxelles a été annulé, raconte-t-elle. Depuis, nous dormons dans l’aéroport car nous n’avons pas le budget pour nous payer un hôtel à 150$ la nuit. Nous regardons passer le temps et nous attendons le prochain vol. » Un départ prévu lundi prochain par KLM, leur compagnie aérienne. « Une semaine c’est quand même très long, vous vous voyez, vous, passer tout ce temps sur un lit dans le hall d’un terminal ? » demande Isabelle Robbe.

Sarah Meifredy, aide-soignante de 23 ans, est, elle, arrivée le 15 avril et doit normalement repartir le mardi 27 avril sur Virgin Atlantic. « C’est vraiment une honte, dit-elle. On dirait parfois que l’on fait en fonction de la tête du client pour donner une place sur un avion ou non aux gens qui se plaignent. Je me rebellerais bien, mais si c’est pour se faire arrêter par la police américaine, ce n’est pas la peine. Ça ne ferait qu’aggraver les choses. »

« Quand nous sommes arrivés la première nuit, se souvient Vincent Robbe, il y avait des gens qui dormaient à même le sol. Heureusement, la Red Cross est arrivée avec des couchettes et de quoi se couvrir. » Lorsqu’on évoque alors les efforts des compagnies aériennes envers leurs passagers, les Robbe avouent « que c’est mieux que de dormir par terre » mais soulèvent la question de l’hygiène. « Cela fait trois jours que nous n’avons pas pris de douche, explique Isabelle Robbe. Je me lave au lavabo dans les toilettes et y lave mes affaires au savon. C’est quand même lamentable, hier j’ai vu une dame s’essuyer le corps avec du papier toilette. Heureusement que nous avions prévu des serviettes ! »

À trois mètres de leur campement de fortune, un service de douches est à disposition, mais l’accès est réservé aux voyageurs en classe affaire et coûte 45$. Une somme que la majorité des ressortissants français qui séjournent dans l’aéroport ne peut pas se permettre. « Sinon nous prendrions une chambre d’hôtel », lance Vincent Robbe. Comme la majorité des voyageurs échoués à JFK, l’homme loue quand même la précieuse activité des bénévoles américains. « Tous les jours, ils apportent à manger et à boire : du chocolat, des parts de pizza, de l’eau ou du coca. Ou même quelques médicaments. Eux sont vraiment formidables. »

« Communication zéro »

Découragés ou remontés, les naufragés français de JFK, appellent néanmoins « à l’aide ». Ils mettent en cause un manque de communication et d’assistance, de la part des compagnies aériennes, du consulat de France à New York ou encore du gouvernement français, qui, selon eux, tarde à réagir. Christian Riesenmey, en vacances à New York avec sa famille et qui dépense 500$ supplémentaires par jour dans un hôtel à Chelsea (Manhattan), détaille : « Air France nous dit tous les jours de revenir à l’aéroport. Ici, vous avez aussi une affiche qui indique d’appeler la cellule de crise du consulat, mais lorsque vous composez le numéro, même 10 fois par jour, personne ne répond. Tout ce que je veux, c’est rejoindre le continent européen, même par l’Espagne. »

Vincent Robbe, lui, ne se pose plus de questions, paraît moins étonné et prend plus un ton nonchalant : « Ici, c’est communication zéro. Nous n’avons aucune information ni d’idée de l’évolution de la situation. » Et même s’il voudrait se tenir au courant via le réseau internet de l’aéroport, il lui faudrait débourser les 9$ quotidiens et emprunter l’ordinateur d’un autre usager. « La France ne fait rien et nous oublie, poursuit-il. Le consulat n’envoie même pas d’interlocuteur pour ceux qui ont du mal avec la langue. Et KLM ? La seule chose qu’ils font, c’est nous donner 30$ par jour pour manger. Et encore, aujourd’hui, nous avons dû batailler et négocier pour les avoir. Je me sens comme un réfugié sans papiers. Ici, c’est Sangatte ! »

« Je veux bien que l’on n’arrive pas à décoller, dit pour sa part Patrice Girotto, 48 ans. Mais je trouve dégueulasse que l’on ne soit pas informés rapidement et que certaines choses ne soient pas prises en charge. KLM nous donne 30$ chacun pour manger, mais je sais bien que personne ne va me rembourser les frais de transports entre Paris, ma nouvelle destination et Thionville, mon lieu de résidence. »

Outre le mécontentement et la lassitude, un autre sentiment anime les cœurs des Français bloqués à New York : l’inquiétude. Christian Riesenmey pense à sa fille, qui l’accompagne et qui vient d’être embauchée en CDI en France. « J’espère simplement qu’elle pourra garder son travail. Quant à moi, je suis indépendant et ce long retard est un énorme manque à gagner. » Isabelle et Vincent Robbe, eux, se soucient de leurs enfants, restés seuls au domicile familial. « Vous savez pourquoi je suis vraiment en colère, lâche Isabelle en larmes. Parce que je m’inquiète pour eux. Nos voisins s’en occupent un peu, mais ils ont leur vie aussi. »

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