Subscribe

La culture hip-hop enseignée aux Américains… par un Français !

Ne vous étonnez pas si vous entendez parler du groupe de rap IAM dans les rues de Tucson. Sous l’impulsion du professeur de français Alain-Philippe Durand, un programme sur la culture hip-hop américaine et francophone a été lancé à l’université d’Arizona.

Depuis septembre, Joey Starr et Akhenaton ne sont plus des inconnus pour des centaines d’étudiants de Tucson. Le professeur de français Alain-Philippe Durand a en effet créé une option (minor) hip-hop à l’université d’Arizona. Il ne s’agit pas d’apprendre à danser ou rapper, mais bien d’étudier le mouvement hip-hop en France et aux Etats-Unis. A travers le hip-hop, les questions de liberté d’expression, de colonialisme, d’immigration, d’organisation urbaine sont abordées en cours.

L’ouverture de ce programme a fait grincer des dents en Arizona, un des Etats les plus conservateurs du pays. “Notre administration a beaucoup soutenu le projet, mais c’est vrai qu’on a eu beaucoup de commentaires négatifs suite à l’article du journal local qui annonçait l’ouverture de ce programme. Mais cela vient généralement de personnes qui ne connaissent rien au hip-hop”, affirme Alain-Philippe Durand. “C’est justement cette défiance qui justifie ce programme, dans le but d’éduquer les gens.” Le professeur de français évoque même “un acte politique, un symbole très fort que de créer la première option hip-hop au monde en Arizona. C’est un challenge de se faire accepter, tel que l’a connu le hip-hop à ses origines”, poursuit-il.

Comparer le mouvement hip-hop en France et aux Etats-Unis

Parmi les 350 élèves qui ont suivi le cours de culture hip-hop américain et francophone d’Alain-Philippe Durand au premeir semestre, nombreux sont ceux qui ne comprenaient pas très bien la place du français dans l’intitulé du cours. “La France est le deuxième marché au monde sur le hip-hop. C’est aussi le premier pays qui a parlé de hip-hop à la télévision, en 1984 sur TF1, même si à l’époque on ne parlait que de danse et non pas de musique”.

Pour Alain-Philippe Durand, auteur de Black, Blanc, Beur. Rap Music and Hip-Hop Culture in the Francophone World, la France et les Etats-Unis présentent de nombreuses similitudes dans leur rapport au hip-hop. “C’est un mouvement urbain né en marge de la société. Que ce soit dans les HLM du Bronx ou dans les cités de la banlieue parisienne et marseillaise. L’immigration et le melting-pot ont également joué un rôle important dans les deux pays”.

Des ressemblances dans l’origine du mouvement hip-hop mais des différences dans son mode d’expression. “Mes étudiants sont curieux de voir que le hip-hop français est beaucoup plus ouvert au multilinguisme. Il est très commun en France d’avoir une chanson de rap avec plusieurs langues, du français, de l’anglais, du breton, du provençal…”

L’analyse comparative d’Alain-Philippe Durand permet également de mettre en évidence les limites de la liberté d’expression dans les deux pays. Le professeur français revient notamment sur deux événements significatifs. D’abord sur le retrait de la vente des albums du groupe de rap américain 2 Live Crew, dont les paroles des chansons avaient été jugées profanes. Le dossier était remonté jusqu’à la Cour suprême, qui a rejeté la procédure d’appel. Au nom de la liberté d’expression, les CDs ont été remis dans les bacs. En France, c’est le concert de NTM qui avait mis en lumière les limites de la liberté d’expression. Après avoir demandé au public de reprendre ses paroles insultantes envers les forces de police, le groupe de rap avait été arrêté sur scène pour incitation à la haine. “Le hip-hop, c’est beaucoup plus que des rimes et de la musique. C’est un mouvement qui a beaucoup de paradoxes, d’où l’intérêt de l’étudier”.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related