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La dépénalisation du cannabis, une polémique récurrente qui dérange

Matignon a de nouveau tranché par un non formel lundi le débat récurrent sur la dépénalisation du cannabis, rouvert la veille par le ministre Vincent Peillon, ce qui a déclenché un violent tir de barrage de l’UMP.

“Le Premier ministre et M. Peillon se sont parlé au téléphone ce lundi, il n’y aura pas de dépénalisation du cannabis”, a assuré Matignon. Le ministre de l’Education avait créé la polémique en se prononçant dimanche en faveur d’un “débat” sur cette question. “Je suis très étonné parfois du côté un peu retardataire de la France sur un sujet pour moi d’ampleur”, avait dit M. Peillon, inquiet des “trafics illicites de nos banlieues”, du “danger dans lequel vivent nos concitoyens, y compris les enfants des écoles”.

Lundi matin, le ministre a nuancé, parlant de “réflexion personnelle” qui ne contrevient “pas à sa solidarité totale et entière” avec le gouvernement. Mais l’UMP a bondi sur l’occasion, parlant d’irresponsabilité. Jean-François Copé a sommé François Hollande “de trancher dans la journée”. “La dépénalisation des drogues douces, dites douces, est simplement inacceptable”, dépénaliser est “une fausse solution” et “une responsabilité très grave que prend M. Peillon sur ce sujet”, a-t-il insisté.

Un peu plus tôt, l’ex-ministre François Baroin avait tancé: “quand on est responsable public, politique, on a à l’esprit l’intérêt général” et cet “intérêt général, c’est de conserver un texte qui, au moins, donne des outils pour lutter contre les filières”. L’eurodéputée et ex-garde des Sceaux, Rachida Dati, a accusé le ministre de se comporter “de manière lâche vis-à-vis de la toxicomanie”. “Propos irresponsables et dangereux”, a renchéri François Fillon, rival de M. Copé pour la présidence de l’UMP. Autre angle d’attaque de l’ex-Premier ministre, “la cacophonie gouvernementale”, “l’amateurisme”, les “apprentis-sorciers”.

Florian Philippot a aussi brodé sur ce thème: “Je croyais que ce débat avait été clos par Jean-Marc Ayrault en juin dernier”, a glissé le vice-président du FN, rappelant que son parti était “farouchement contre cette dépénalisation parce qu’il faut marquer des interdits, parce que le cannabis ce n’est pas anodin”. Il s’est étonné que la question surgisse alors que vient d’éclater une affaire de blanchiment d’argent de la drogue, avec 17 mis en examen dont une élue EELV. Prédécesseur de Vincent Peillon à l’Education, le MoDem François Bayrou a jugé “étonnant et inquiétant” que ce soit lui qui ouvre le débat, car un ministre de l’Education “doit être avec ceux qui luttent contre la drogue”.

Point de vue partagé par le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis: “Je pense pas que c’était le rôle du ministre de l’Education nationale d’ouvrir ce débat”. Favorables à la fin de la prohibition, des responsables EELV, Denis Baupin ou Yves Contassot, ont au contraire salué le “courage” de M. Peillon qui a “eu raison” d’aborder ce délicat sujet. Cela fait des lustres que la question divise les politiques, avec, régulièrement, de violentes résurgences. Ainsi de la “gauche pétard” moquée par Jean-Louis Debré (RPR) en 1997 quand la ministre verte Dominique Voynet avait reconnu avoir fumé du cannabis et être pour sa légalisation.

A peine le gouvernement Ayrault formé, la question est revenue au premier plan quand le 5 juin, la nouvelle ministre Cécile Duflot (EELV), avait plaidé la dépénalisation. La droite avait crié au “désastre moral”. Le président Hollande est “opposé à une dépénalisation du cannabis”, avait rappelé la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem.

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