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La diaspora africaine sous les projecteurs à New York

Du Cameroun à Haïti, en passant par la France, les Etats-Unis ou Cuba, le Festival international des films de la Diaspora Africaine célèbrera la communauté noire à travers le monde. Le festival qui souffle ses 20 bougies cette année, revient à New York du 23 novembre au 11 décembre avec une douzaine de films français et francophones projetés à Manhattan et dans le Queens.

Voilà 20 ans déjà que le Festival International des Films de la Diaspora Africaine à New York s’évertue à faire sortir le cinéma africain de son ghetto. L’idée a germé dans l’esprit de Diarah N’Daw-Spech, co-directrice et fondatrice de l’évènement avec son mari Renaldo Barroso-Spech. A l’époque, ce couple new-yorkais métissé – elle est afro-française, lui est haïtien-jamaïcain né à Cuba – s’étonne du manque de communication entre tous ceux qui, partout dans le monde, tracent leur origine en Afrique. Et du peu d’intérêt médiatique pour les cinémas d’Afrique.

Ni une, ni deux, cette critique de cinéma met sur pied son propre festival, ouvert aux productions de toute la diaspora sans exception, afin de promouvoir les films d’origines africaines, trop souvent confinés dans des activités muséale ou académiques. Le festival attire rapidement l’attention du public et celle  des distributeurs. Grâce à cette médiatisation, un nombre important d’oeuvres ont réussi une percée dans les difficiles circuits de distribution américains ou étrangère. L’idée du festival est aussi de proposer une autre représentation de la diaspora africaine, souvent assimilée aux seuls thèmes réducteurs du sida, des guerres, voire encore, à l’Apartheid. Les longs-métrages choisis pour le festival, eux, cherchent à creuser plus en profondeur les problématiques sociales et humaines des hommes d’origine africaine.

Documentaires et fiction

A l’affiche cette année, quatre films inédits aux Etats-Unis à ne pas manquer. Tout d’abord, La Pirogue de Moussa Touré, sélectionné en compétition au festival de Cannes 2012 dans la section “Un certain regard”, une fiction émouvante qui suit un groupe d’hommes et une femme qui s’embarquent du Sénégal dans une pirogue pour effectuer un voyage extrêmement dangereux dans l’espoir d’atteindre la terre promise, l’Europe.

Un autre film, documentaire cette fois, et dont le titre a les memes origins lexicales : Les Pirogues des Hautes Terres d’Olivier Langlois, un drame historique fascinant à propos de la grève de 1947 des chemineaux de Thies, au Sénégal. Les Etats-Unis d’Afrique de Yanick Letourneau, un documentaire dynamique qui propose un voyage au cœur du panafricanisme par le biais de la musique. Et Objection 6 de Rolando Collar, un court métrage – présenté avec La Pirogue – qui,  par un tour de force cinématographique, nous propulse littéralement dans les chaussures d’un immigrant Africain à Genève.

Haïti sera aussi à l’honneur avec la projection en première à New York du très attendu Toussaint Louverture, une fiction épique de Philippe Niang sur le destin d’un homme qui a lutté contre la colonisation et l’esclavage en Haïti permet de découvrir ce personnage historique hors-norme. L’Algérie sera représentée avec le documentaire Ici on Noie les Algériens de Yasmina Adi, à propos de la répression sanglante de la manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961.

Pour la jeunesse, les films Masaï, les Guerriers de la Pluie de Pascal Plisson et le classique Kirikou et la Sorcière de Michel Ocelot seront présentés dans le Programme Ecole du festival qui offre des projections gratuites aux écoles à 11h le matin, en semaine.

Enfin, trois productions françaises et francophones ont été programmées dans la section “Bijoux de FIFDA” : Le Premier Rasta d’Helene Lee, Made in Jamaica de Jerome Laperrousaz, Bezness de Nouri Bouzid et Retour à Gorée de Pierre-Yves Borgeaud. La projection de plusieurs des films dans la sélection sera suivie d’un débat en présence d’un ou plusieurs membres de l’équipe du film y compris réalisateur, producteur et acteur.

Informations complètes sur le site web du festival : http://www.nyadiff.org

Programmation détaillée :

Toussaint Louverture – Samedi 1er décembre à 17h – Cowin Center,Teachers College
 et dimanche 2 décembre à 16h30  – Black Spectrum

Né François-Dominique Toussaint en 1743, le héros de la Révolution haïtienne, devenu par la suite gouverneur de Saint-Domingue, fut surnommé “Louverture” pour sa capacité à “ouvrir” les rangs de ses ennemis. Il aura été le premier leader noir à vaincre les forces militaires de plusieurs nations coloniales européennes. Né esclave, affranchi à l’âge de 33 ans, Toussaint Louverture, personnage complexe et fascinant, a mené une lutte victorieuse pour la libération des esclaves haïtiens

Les pirogues des hautes terres (Dignity)Première US
 le samedi, 24 novembre à 20h30 – Thalia et lundi, 26 novembre à 18h – Chapel – Teachers College

Le 10 octobre 1947, les cheminots de l’AOF (Afrique Occidentale Française) et en particulier ceux de la gare de Thiès, deuxième ville du Sénégal, cessent le travail. Les responsables blancs du chemin de fer, accompagnés de leurs vigiles armés, ont beau ordonner la reprise immédiate du travail, les hommes refusent de regagner leurs postes. La grève durera cinq mois et dix jours. Cette grève est racontée à travers l’histoire de Pierre Marie, un jeune médecin militaire fraîchement affecté à la régie des chemins de fer, et la liaison amoureuse entre Sokna et Abdou.  Débat avec le réalisateur et actrice principale après les projections.

La pirogue (The Pirogue) Première US, 
GALA SCREENING – mardi, 27 novembre à 17h – Cowin – Teachers College
 et vendredi 30 novembre à 18h – NYIT Auditorium on Broadway

Un village de pêcheurs dans la grande banlieue de Dakar, d’où partent de nombreuses pirogues. Au terme d’une traversée souvent meurtrière, elles vont rejoindre les îles Canaries en territoire espagnol. Baye Laye est capitaine d’une pirogue de pêche, il connaît la mer. Il ne veut pas partir, mais il n’a pas le choix. Il devra conduire 30 hommes en Espagne. Ils ne se comprennent pas tous, certain n’ont jamais vu la mer et personne ne sait ce qui l’attend.  Débat avec le réalisateur après les projections.

+ Objection 6

En mars 2010, des étrangers sont expulsés. Le film raconte cette histoire qui s’est soldée par la mort tragique d’un requérant d’asile. La caméra se met elle-même à la place de ce demandeur d’asile pour enregistrer la réalité en adoptant son point de vue subjectif

Kirikou et la sorcièreLundi, 26 novembre à 11h – Chapel – Teachers College

Le film raconte les aventures de Kirikou, un garçon minuscule mais à l’intelligence et à la générosité hors du commun, dans sa lutte contre la sorcière Karaba, qui tyrannise les habitants du village à l’aide de ses pouvoirs maléfiques et d’une armée de fétiches.

Masaï : les guerriers de la pluie Lundi 3 décembre à 11h – Chapel – Teachers College

Le pays masaï accablé par la sécheresse. Pour apaiser la colère divine et permettre le retour de la pluie, il faut rapporter la crinière d’un lion mythique. Des jeunes Masaï sont chargés par les anciens du village de cette tâche héroïque.

Ici on noie les Algériens – 17 octobre 1961 Dimanche 2 décembre à 18h20 – Thalia

A l’appel du Front de Libération Nationale (F.L.N.), des milliers d’Algériens venus de Paris et de toute la région parisienne, défilent, le 17 octobre 1961, contre le couvre-feu qui leur est imposé. Cette manifestation pacifique sera très sévèrement réprimée par les forces de l’ordre. “La République reconnaît avec lucidité” la répression “sanglante” de la manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961, a déclaré mercredi 17 octobre 2012 le Président de la République Française François Hollande. “Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression, reconnaît M. Hollande, selon un communiqué de l’Elysée. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes.”

Le premier Rasta Dimanche 2 décembre à 14h – Thalia

Au début du siècle dernier, le tout jeune Leonard Percival Howell (1898-1981) quitte la Jamaïque, se fait marin et parcourt le monde. Sur sa route, il croise toutes les idées qui agitent l’époque. Du bolchevisme à la new thought, de Gandhi à l’anarchisme, du garveyisme à la psychanalyse, il s’agit de trouver sa terre promise. C’est avec le cocktail de ces idées que Leonard “Gong” Howell revient en Jamaïque pour fonder en 1939 la première Commune rasta, le Pinnacle. De là va s’élaborer le mode de vie et de pensée qui nourrira la culture du reggae que Bob Marley répandra à travers le monde.

Made in Jamaica Dimanche 2 décembre à 14h – Black Spectrum

Made In Jamaica est un film traitant de la musique et de la société jamaïcaine des années 1960 à nos jours. Ce film met en parallèle le roots reggae et le reggae dancehall, en s’appuyant sur les textes des chansons, l’état d’esprit des artistes, leurs rêves et aspirations.

Bezness Vendredi 23 novembre à 17h – Thalia

Fred, photographe, se rend en Tunisie pour un reportage sur les Bezness, ces jeunes gigolos qui vendent leurs charmes aux touristes de tous âges et de tous sexes. Décalé dans cet univers ou l’image est une violation, Fred est protégé par le beau Roufa, qui vend son corps et rêve de quitter Sousse pour partir vers l’Europe. Mais la personnalité de Roufa est double : très permissif avec ses clients, il est beaucoup plus intransigeant avec ses proches, spécialement avec Khomsa, sa jeune fiancée.

Retour à Gorée Samedi 24 novembre à 14h – Thalia

“Retour à Gorée” raconte le périple du chanteur Sénégalais Youssou N’Dour sur les traces des esclaves noirs et de la musique qu’ils ont inventée : le jazz. Son défi : rapporter en Afrique un répertoire de jazz et le chanter à Gorée, l’île symbole de la traite négrière, en hommage aux victimes de l’esclavage. Guidé dans sa quête par le pianiste Moncef Genoud, Youssou N’Dour parcourt les Etats-Unis et l’Europe. Accompagnés par des musiciens d’exception, ils croisent de nombreuses personnalités, et créent, au fil des rencontres, des concerts et des discussions sur l’esclavage. Leur musique va au-délà des cultures.

Les Etats-Unis d’Afrique Première
 US le vendredi 7 décembre à 18h30 – Chapel – Teachers College

Pour Didier Awadi, le hip-hop est une arme de résistance sociale et un outil idéologique qui rappelle aux peuples africains la mémoire de leurs héros injustement effacés de l’histoire par des gouvernements gangrenés et des dictateurs effrayés par la puissance de leur symbolique. Cet acte militant, il l’accomplit en réalisant un nouvel album intitulé Présidents d’Afrique, sur lequel il multiplie les collaborations artistiques, tantôt au Burkina Faso, tantôt en Afrique du Sud, tantôt aux Etats-Unis. Entre sa lutte pour le ressouvenir et son entreprise qu’il dirige habilement, Didier Awadi veut s’élever au titre de passeur de mémoire et de modèle, afin d’encourager l’Afrique à se révolter contre l’oppression systématique qu’elle subit depuis toujours.

 

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