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La diplomatie française aux Etats-Unis espionnée par la NSA

Le journal Le Monde a révélé cette semaine que la diplomatie française aux Etats-Unis était sur écoute. De l’ambassade de France à Washington à la mission française à l’ONU, les services secrets américains suivaient de près la politique étrangère de la France.

Selon le journal Le Monde, l’agence de sécurité nationale américaine (NSA) a effectué 70,3 millions d’enregistrements de données téléphoniques de Français entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013. Aux Etats-Unis aussi, certains Français se trouvaient sur écoute. Les intérêts diplomatiques français à New York et Washington étaient tout particulièrement surveillés.

Selon des notes internes datant du 10 septembre 2010 que s’est procuré Le Monde par l’intermédiaire d’Edward Snowden, la NSA a utilisé à l’encontre de la diplomatie française son programme phare Genie, qui consiste à poser des mouchards sur des ordinateurs. L’ambassade de France à Washington était espionnée sous le nom de code “Wabash”, et la représentation française à l’ONU sous celui de “Blackfoot”.

Pour récupérer les informations qui les intéresse, les Etats-Unis ont utilisé trois techniques différentes. La première dite “Higlands”, consiste à pirater un ordinateur à distance. La seconde, dite “Vagrant”, permet de récupérer des informations grâce aux écrans des ordinateurs. Enfin, la troisième appelée “PBX” était une écoute permanente des conversations téléphoniques grâce à des micros. Les services secrets américains sont ainsi parvenus à intercepter les discussions – pourtant protégées – entre le ministère des Affaires étrangères à Paris et l’ambassade de France aux Etats-Unis.

Avoir un train d’avance dans les négociations à l’ONU

Ces opérations d’espionnage étaient très ciblées. Outre la surveillance des secrets de l’industrie militaire française, les Etats-Unis écoutaient la diplomatie française lors de conversations touchant à des résolutions au Conseil de sécurité. On apprend notamment que l’écoute des appels téléphoniques émanant  de la représentation française à l’ONU a aidé les Etats-Unis à concevoir une stratégie pour obtenir, le 9 juin dernier, un vote sur de nouvelles sanctions à l’encontre de l’Iran. Instigateurs du texte, les Américains craignaient que plusieurs pays tels la Turquie et le Brésil – peu favorables à des sanctions – n’entraînent la France dans leur opposition.

S’il est difficile de savoir si cet espionnage a réellement présenté un quelconque intérêt pour la diplomatie américaine, la NSA affirme dans ces mêmes notes révélées au grand jour par Edward Snowden que la surveillance a été un “succès silencieux qui a aidé à façonner la politique étrangère des Etats-Unis”. La NSA cite ensuite Susan Rice, ancienne ambassadrice américaine auprès des Nations Unies pour louer le succès du programme : “Cela m’a aidée à connaître (…) la vérité, à révéler les positions sur les sanctions et nous a permis de conserver un train d’avance dans les négociations.”

Paris se fâche, mais pas trop

Contactée, l’ambassade de France à Washington s’est alignée sur la position officielle du ministère des Affaires étrangères. Le quai d’Orsay a, dès lundi, convoqué l’ambassadeur des Etats-Unis à Paris afin de lui rappeler que “ce type de pratiques entre partenaires était totalement inacceptable et qu’il fallait s’assurer qu’elles n’avaient plus cours”. La présidence française a indiqué que Barack Obama et François Hollande “ont convenu de travailler ensemble pour établir les faits et la portée exacte des activités de surveillance révélées par Le Monde“.

Mais au-delà des manifestations d’indignation, la France n’a pas l’intention de déclencher une “escalade” avec son puissant allié. “Je ne crois pas qu’il faille aller vers une escalade”, a déclaré mardi la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem. Elle a estimé que “le plus important” est “le travail entrepris au niveau européen pour que l’Europe se dote d’une directive sur la protection des données personnelles”, mais aussi “qu’elle obtienne des éclairages utiles de la part des Etats-Unis”.

Les Etats-Unis se défendent et accusent Le Monde

Les services de renseignement américains ont été contraints de réagir face à la colère exprimée par la France sur l’étendue de l’espionnage américain, en assurant que les informations de presse à ce sujet étaient “inexactes et trompeuses”. Le directeur du renseignement américain James Clapper est monté personnellement au créneau pour mettre en doute les articles publiés en France par le quotidien Le Monde qui ont vivement relancé la polémique.

“L’information selon laquelle l’Agence de sécurité nationale (NSA) a collecté plus de 70 millions d’enregistrements de données téléphoniques de citoyens français est fausse”, a assuré M. Clapper, sans dire toutefois en quoi cette assertion était inexacte. “Les Etats-Unis rassemblent des éléments de renseignement du même type que ceux collectés par tous les pays”, a poursuivi dans une déclaration James Clapper, qui chapeaute 16 agences de renseignement, dont l’agence de sécurité américaine (NSA) au cœur du scandale. “Les Etats-Unis accordent beaucoup d’importance à leur longue amitié avec la France et nous continuerons à coopérer en matière de sécurité et de renseignement”, a aussi assuré le responsable américain, en reprenant la rhétorique officielle de Washington qui vise à minimiser la portée de l’affaire.

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