Subscribe

« La finalité de Col-Coa est aussi de promouvoir de nouveaux talents »

Au lendemain de l’annonce de la sélection du festival City of Lights, City of Angels, son directeur François Truffart a accepté de revenir sur ses choix de programmation et l’état du cinéma français à Hollywood.

Comment se fait la présélection des films présentés à Col-Coa ?

Je suis seul à faire la présélection. Cette année, j’ai dû visionner une centaine de longs-métrages et à peu près autant de courts-métrages pour n’en retenir à peu près qu’un quart. C’est un processus qui dure 10 ou 11 mois, qui commence au moment du festival de Cannes.

Quels sont vos critères de sélection ?

Il y a d’abord des critères objectifs : un film ne peut pas être présenté à Col-Coa s’il a déjà été montré à Los Angeles avant. Il faut qu’il soit sorti en France dans les douze derniers mois ou être en passe de sortir en France. Après, en termes de contenu des films, il y a des critères un peu plus subjectifs. En général, je choisis des films dont je pense qu’ils parlent aux Américains. Et à partir de là, j’essaie d’avoir la programmation la plus diverse possible : c’est-à-dire que si par hasard, il n’y avait que des bonnes comédies pendant l’année et pas de drames, je ferais quand même en sorte de prendre des drames et pas que des comédies pour équilibrer. L’idée que l’on soutient à Col-Coa depuis plusieurs années, c’est qu’il n’y a pas un seul public pour le cinéma français. On a la chance d’avoir en France une industrie cinématographique qui produit une offre extrêmement diverse. Aux États-Unis, on a souvent tendance à cataloguer les films étrangers comme un genre de films, ce qui n’a objectivement pas de sens.

Pourquoi avoir choisi L’Arnacœur comme film d’ouverture ?

J’ai choisi ce film en janvier, avant sa sortie en France, en pressentant qu’il aurait un certain succès en France. D’abord, pour le film d’ouverture, il faut toujours quelque chose d’un peu consensuel, un film plus léger qui va plaire à un public d’ouverture. En plus, avec ce film, on tient enfin une comédie romantique française réussie, qu’on peut être fier de montrer aux Américains, ce qui est extrêmement rare.

La grande majorité du public est composée de professionnels du cinéma. À quelle catégorie de l’industrie ce festival est-il le plus utile : les distributeurs, les producteurs ?

La spécificité de Col-Coa par rapport à d’autres festivals, c’est son public qui vient en grande majorité de l’industrie cinématographique. Parce que cet événement est produit par les guildes de réalisateurs et des scénaristes du cinéma américain. Pour les films déjà vendus, Los Angeles est une plate-forme importante pour la sortie des films aux États-Unis, qui a un impact national et international. Pour les films encore disponibles, l’idée, c’est que les distributeurs achètent les films, que des agents découvrent des talents ou que des producteurs américains rachètent les droits de remake. Ça ne touche d’ailleurs pas que les États-Unis puisqu’il y a aussi des acheteurs basés à Los Angeles pour distribuer les films vers d’autres territoires étrangers comme la Russie ou les territoires asiatiques.

En parlant de remakes, on voit que c’est une tendance des producteurs américains de vouloir faire des remakes de comédies françaises. Pourquoi cette propension au remake au lieu de distribuer les films originaux ?

C’est une question d’abord culturelle. Les Américains ont une manière de raconter les histoires qui est très différente, plus légère. En France, on a une manière d’aborder les relations humaines qui est souvent plus approfondie. Après, aux États-Unis, on considère que le marché des films en langue étrangère est un marché réduit. Il y a peu de producteurs américains qui ont voulu étendre ce marché. Il y a quelques cas exceptionnels comme Amélie, mais ça reste très rare. On peut considérer que c’est du protectionnisme ou que c’est trop risqué pour un distributeur de faire la promotion d’un film en langue étrangère. Le remake est une solution de facilité, qui permet aux producteurs de mieux maîtriser l’histoire et le casting, car les acteurs étrangers sont peu connus du grand public. Mais les choses peuvent évoluer, notamment avec le développement de la vidéo à la demande.

Dans une interview précédente, Antoine de Clermont-Tonnerre, d’Unifrance, expliquait que même si le cinéma français ne représente que 1 à 2 % du marché cinématographique américain en termes d’entrées en salle, il reste le cinéma étranger le plus populaire. À votre avis, pourquoi ?

Il y a deux industries cinématographiques importantes en-dehors des États-Unis : l’Inde et la France. Nous sommes à même de produire en France des films très divers de qualité. Nous avons de grands acteurs, metteurs en scène et scénaristes. Naturellement, il y a plus de films, plus de créations. L’Inde est un peu problématique d’un point de vue culturel pour les Américains. La France est culturellement plus proche des États-Unis.

Col-Coa revendique son impact auprès des professionnels du cinéma, mais qu’en est-il du grand public ?

Il est très important pour nous que les professionnels de l’industrie cinématographique soient majoritaires dans les salles, mais c’est un festival ouvert au grand public. Simplement, on limite le nombre de places vendues au grand public. Mais ce n’est pas du tout secondaire. On attend 15 000 spectateurs cette année. On a augmenté le nombre de séances, on a créé des rendez-vous gratuits ouverts à tous, avec notamment une initiative un peu risquée de « blind date with a French film », qui est une séance gratuite pour un film français inédit assez important dont nous tairons le nom jusqu’à la projection. On a aussi tout un programme éducatif pour sensibiliser les jeunes générations aux films sous-titrés en partenariat avec une quarantaine de lycées américains et des master class à destination des écoles de cinéma de Los Angeles.

Quelle est la spécificité de Col-Coa par rapport aux autres festivals de films français aux États-Unis ? Est-ce simplement le fait que le public soit essentiellement composé de professionnels ?

Col-Coa est plus important que les autres festivals par son impact auprès des professionnels aux États-Unis. C’est pour cela que nous avons un tel niveau d’exclusivité au niveau des films projetés. Si les producteurs français s’intéressent à Col-Coa, c’est parce qu’ils savent que leurs films vont être très exposés. On est un des seuls festivals dans le monde qui a la capacité d’aligner autant de premières de films français.

Vous avez vu des grandes tendances se dégager dans la production cinématographique française de cette année ?

Ce n’est pas tellement au niveau des thèmes que du dynamisme de la production française. La moitié des films présentés sont des premiers films, et ce ne sont pas seulement des petits films. Le biopic sur Gainsbourg, L’Arnacœur, ce sont des premiers films. C’est très intéressant dans la mesure où la finalité de Col-Coa est aussi de promouvoir des nouveaux talents.

Infos pratiques :

Festival City of Lights, City of Angels (Col-Coa)

Du 19 au 25 avril 2010 à Los Angeles

Prix : 10$ la séance

Plus d’informations : www.colcoa.org

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related