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La flexibilité de l’emploi en France fait débat

La négociation sur une “meilleure sécurisation de l’emploi” pour prévenir les licenciements, lancée lundi prochain, s’annonce très difficile: elle oppose déjà frontalement les syndicats entre eux et ravive le clivage avec le patronat sur la “flexibilité”.

Le ministre du Travail Michel Sapin doit envoyer le 10 septembre aux syndicats représentatifs (CFDT, CGT, FO, CFTC et CFE-CGC) et au patronat (Medef, CGPME et UPA) le document de cadrage de cette négociation visant à réformer en profondeur le marché du travail. Dans l’attente, les partenaires sociaux ont mis tour à tour la pression. La négociation sera “délicate”, reconnaît M. Sapin. “Difficile”, selon les syndicats que le sujet divise presque autant que l’autre réforme à venir sur le coût du travail et la compétitivité.

L’objectif est un compromis “gagnant-gagnant” entre la sécurité des salariés, trop souvent “la variable d’ajustement”, et “de nouvelles règles du jeu” permettant aux entreprises de surmonter leurs “difficultés”, a affirmé dimanche le Premier ministre. Jean-Marc Ayrault estime que la France devrait s’inspirer de l’Allemagne qui a su au plus fort de la crise de 2008-2009 préserver l’emploi en mettant des centaines de milliers de salariés au chômage partiel et en profiter pour les former.

Ce même argument avait été brandi par Nicolas Sarkozy en début d’année pour sommer les partenaires sociaux de négocier pour faciliter les accords de flexibilité dans les entreprises en cas de coup dur. Cette négociation avait été stoppée par M. Sapin à son arrivée. Pour Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail, l’appellation “habile” de “sécurisation” permet de réintroduire la “même problématique”, sans le terme de “compétitivité-emploi”, “qui n’était pas vendable” auprès des syndicats.

Imaginer des leviers d'”adaptation”

FO et CGT, vent debout contre ces accords compétitivité-emploi qualifiés de “chantages à l’emploi”, ne sont pas dupes. Alors que le Medef menace de boycotter la négociation s’il n’est pas question de flexibilité, les deux confédérations ont multiplié les mises en garde au gouvernement.

Avec trois millions de chômeurs sans activité, “la situation est trop grave pour attendre”, il faut négocier “au plus vite”, s’est distingué le leader de la CFDT François Chérèque pour qui le bras de fer entre FO et le Medef sur le terme flexibilité relève du “niveau de la cour d’école”. La CFDT espère, comme la CFTC et la CFE-CGC, trouver cette fois un compromis équilibré avec le patronat pour encadrer ces accords déjà possibles. M. Chérèque veut “jouer au prof, mais il n’est pas très bon prof d’économie!”, lui a répondu lundi Jean-Claude Mailly (FO), agacé.

Michel Sapin, qui veut tout le monde autour de la table, devrait évoquer dans son document des leviers d'”adaptation” ou “d’adaptabilité”, un mot acceptable par la patronne du Medef Laurence Parisot. L’objectif est de donner “plus de sécurité pour l’entreprise et pour les salariés”, martèle le ministre. Le “contrat de travail n’est plus un contrat stable” pour les salariés, “il faut revoir cela”, a-t-il précisé dimanche.

La négociation qui va s’engager sera “beaucoup plus large” que la précédente, souligne Marie-François Leflon (CFE-CGC), car elle “permettra de travailler sur la précarité”. Elle portera aussi sur la refonte des procédures de licenciements, l’encadrement des licenciements dits boursiers ou encore l’association des représentants du personnel à la gouvernance de l’entreprise.

Mais, note Joseph Thouvenel (CFTC), l’objectif majeur de sécurisation des emplois ne sera “qu’une mesurette” si la France et l’UE “ne luttent pas contre la concurrence déloyale qui pousse vers le moins disant social ou écologique” et “tue notre industrie”.

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