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La Folie de Mars

March Madness. Tous les ans, les équipes de première division de basket de la National Collegiate Athletic Association (NCAA) s’affrontent à l’occasion d’un tournoi ultra-médiatisé. L’engouement populaire est bien supérieur à celui de la NBA (professionnels) pour des raisons très “américaines”. Bien plus que les immuables franchises de la NBA, les victoires et défaites des équipes de la NCAA déclenchent une “Folie de Mars” qui rappelle ce qui forge le sentiment américain – l’importance de l’attachement local, de la communauté et une nostalgie du passé qui ne remonte pas ici aux pères fondateurs mais aux “belles années” universitaires : amitiés, romances, espérances…

Cette année, la folie de mars s’observe également sur les marchés financiers : non seulement les indices boursiers américains ne cessent de dépasser leurs plus hauts taux historiques mais aussi affichent-ils des performances bien meilleures que celles de la plupart des places émergentes. Le 31 mars a ponctué un premier trimestre qui restera dans les annales : la hausse de 11,25% du Dow Jones est la plus forte enregistrée en quinze ans. Depuis plusieurs semaines pourtant, la bataille est féroce entre les “bulls” et les “bears”, les partisans d’une hausse durable et ceux qui craignent (voire souhaitent) une correction des indices. Au cœur du débat, la solidité de la croissance et l’évolution des profits.

A court terme, les rendements des actions sont fortement corrélés à l’évolution cyclique de l’économie : tant que les statistiques économiques sont conformes ou supérieures aux attentes, les indices grimpent. En dépit du féroce débat sur la falaise fiscale (fin d’année 2012), des hésitations sur la séquestration (dépenses de défense en particulier), les nouvelles économiques ont été plutôt favorables en février et mars. La tendance semble néanmoins s’être rompue début avril. Pour les adeptes du “vendre en mai et racheter en septembre”, ces premiers signaux de faiblesse sont un signe de vente probant. D’autant plus que l’économie américaine est, depuis quelques années, caractérisée par des effets saisonniers marqués : la croissance s’affaisse au deuxième trimestre de manière bien plus prononcée qu’avant la Grande Récession de 2008.

A moyen terme en revanche, le moteur des indices est celui des profits. Il est coutume de valoriser les actions en rapportant leur prix aux bénéfices. Cette métrique, appelée PER, donne généralement une bonne indication du caractère cher ou bon marché des actions. Avec un taux de profits proche de son plus haut historique, nombreux sont ceux qui pensent là aussi que les actions sont allées trop loin.

C’est oublier que si le niveau absolu des indices est à un plus haut historique, le PER est lui à un niveau non seulement soutenable mais aussi bien inférieur à ceux des pics boursiers de 2007 ou 2000. Par ailleurs, à ce stade du cycle, une baisse des taux de profits serait synonyme de hausse des salaires et donc de renforcement de la reprise économique, un phénomène favorable aux actions. La folie de mars est probablement terminée pour les marchés d’action et un repli des cours au printemps ne serait pas surprenant, mais le potentiel haussier des indices boursiers américains reste encore significatif.

Evariste Lefeuvre est chef économiste de Natixis North America. Normalien, agrégé d’économie, il a co-écrit, avec David Abiker, Le Dictionnaire posthume de la finance, signé en 2010, La Logique du hasard (Editions Eyrolles) puis, en novembre dernier, La Renaissance américaine (Editions Leo Scheer).

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