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La folie rousse de Romain Gavras

La caméra de Romain Gavras est au service d’une réalité crue. Dans Notre jour viendra, son premier long-métrage, sorti le 15 septembre en France, le cofondateur du collectif artistique Kourtrajmé imagine cette fois la croisade improbable de deux hommes roux, Vincent Cassel et Olivier Barthelemy, vers leur terre promise, l’Irlande.

Vous vous apprêtez à présenter Notre jour viendra, votre premier long-métrage, le 15 septembre prochain en France. Comment abordez-vous la sortie de votre film ?

Plutôt bien. C’est la première fois que je dois faire la promotion d’un film, c’est une démarche différente mais très intéressante et excitante. Je suis confiant. Je n’ai pas la pression d’un blockbuster américain, car le film n’a pas coûté très cher.

Quelle réaction attendez-vous du public français ?

Je pense que les réactions ne seront pas tièdes. J’espère que le public va apprécier le film et je pense que certains ne vont pas aimer du tout.

À quoi doit-on s’attendre ?

Il ne faut pas s’attendre à un film violent ou choc. Notre jour viendra est un film romantique et désespéré. Des voitures qui brûlent sur le port désert de Calais dans le nord de la France, pour moi c’est romantique.

D’où vous est venue l’idée de faire un film sur la stigmatisation des roux ?

Le film met en lumière deux hommes paumés, Vincent Cassel et Olivier Barthelemy. Leur seul point commun est la couleur de leurs cheveux. Ils décident de se replier sur une communauté absurde et irréelle. Faire un film sur les roux me permet de traiter plein de sujets de manière surréaliste, sans être frontal ni moralisateur. Cela me donne plus de liberté et de légèreté.

Comment expliquez-vous que ce sujet n’ait jamais été traité au cinéma ?

Je pense qu’il n’y a pas assez de roux pour vendre assez de tickets de cinéma (rires). Ce n’est pas un sujet rassembleur mais complètement débile, traité ici très sérieusement. C’est ça le concept du film. La persécution des roux n’est pas un phénomène de société mais une minorité visible. Ce n’est pas une communauté, les roux ne sont ni liés par une histoire ni par une religion commune.

Vous avez réalisé beaucoup de courts-métrages et de documentaires, Pourquoi réaliser un premier long-métrage ?

Ça faisait longtemps que j’avais envie de réaliser un long-métrage, mais je ne me sentais pas prêt. Et puis j’ai eu un embryon d’idée pour ce film et Vincent Cassel a proposé de le produire. L’aventure a commencé comme ça, mais le processus d’écriture et de tournage a été très long car je devais tourner des clips et des films en même temps.

Comment s’est faite la transition entre le court-métrage et le long-métrage ?

Pour Kourtrajmé (nldr, collectif artistique fondé par Romain Gavras et Kim Chapiron en 1994), on faisait tous les courts-métrages en vidéo tout seuls, sans argent, sans rien. Ce sont les derniers clips que j’ai réalisés qui m’ont aidé à faire la transition car j’avais un peu plus de moyens et j’avais pu constituer une petite équipe. C’est ce qui a créé le terreau du long-métrage.

Vous avez pris l’habitude de filmer avec un réalisme saisissant et une violence souvent dérangeante : vous placez-vous plus près du documentaire ou de la fiction ?

J’aime beaucoup le format du documentaire. Je suis un grand fan de Raymond Depardon et de Peter Watkins qui utilisaient la fiction pour faire de faux documentaires. J’aime beaucoup le naturalisme qu’apporte le documentaire et cette l’influence réaliste. Notre jour viendra est différent, il part rapidement dans l’onirisme même s’il y a des références au réalisme. Á part Vincent Cassel et Olivier Barthelemy, les deux acteurs principaux du film, tous les autres sont des non-acteurs que j’ai mis trois mois à “caster” dans le nord de la France.

Quelle place tient la violence dans votre travail ?

Je pense sincèrement qu’il y a beaucoup de gens qui ne voient que la violence dans mon travail. La vérité, c’est que la violence est partout et ça m’étonne que sa mise en scène dérange autant. Personne n’est choqué quand on la montre à la télé ou dans la rue mais on s’étonne quand elle est mise en scène de façon très réaliste. Je pense que la violence est un point de vue, elle est subjective. Pour moi, une émission de télé-réalité qui isole des gens sur une île déserte et qui leur fait manger des vers de terre a des répercussions beaucoup plus violentes humainement. Le mauvais goût est beaucoup plus agressif que la violence figurée.

Pourquoi avoir choisi des acteurs novices ?

On a beaucoup de choses à tirer des non-acteurs. Tous les rôles joués par de vraies personnes donnent vraiment du sens au film. Ça apporte une ambiance différente, un réalisme et une spontanéité qu’on ne trouve qu’en faisant jouer les non-acteurs.

Vous travaillez avec Vincent Cassel depuis le début. Pourquoi avez-vous décidé de le mettre au centre d’un film sur les roux ?

Vincent Cassel est arrivé très tôt dans le processus puisqu’il est le producteur du film. La question ne s’est même pas posée. J’ai écrit le film pour lui et pour Olivier Barthelemy avec qui il forme un tandem.

Vous aviez déjà abordé le thème des roux dans le clip choc de MIA pour « Born Free » : y a-t-il un rapport entre ces deux productions ?

Les deux films n’ont rien à voir, mis à part que j’utilise des roux pour raconter une histoire. « Born Free » est arrivé après. Nous échangions quelques idées de clip avec MIA et nous sommes arrivés à ce résultat. J’étais aussi très frustré de ne pas avoir de scènes avec plein de roux dans mon film, donc ce clip était une bonne occasion.

Votre démarche est-elle provocatrice ?

Mes clips sont destinés à provoquer une réaction chez le spectateur, je ne peux pas le nier. Ma démarche est plus provocatrice sur des formats courts comme des clips de sept minutes.

Faites-vous cela pour créer le buzz ?

Non, ça n’a rien à voir avec le buzz. C’est seulement l’interprétation des gens, ça ne veut rien dire. Si je voulais créer du buzz, je me mettrais au service d’une marque ou j’aurais l’ambition d’en faire un business, mais là, il s’agit uniquement de ma démarche artistique. J’accepte le mot « provocateur », mais pas le mot « buzz », car à chaque fois, je dois me bagarrer pour défendre mes clips, ça m’attire toujours des problèmes. Je n’en tire aucune gloire ni aucun bénéfice.

Comment est née votre passion pour le cinéma ?

De façon très naturelle. J’ai grandi sur les plateaux de cinéma (ndlr, son père est le réalisateur de Z et L’Aveu) et je suis ami avec Kim Chapiron depuis la plus tendre enfance. On vient tous les deux du même milieu, on a toujours évolué là-dedans et à douze ans, on a commencé à jouer avec la caméra familiale et à faire des petits montages. On a continué de plus en plus sérieusement, c’était naturel, on ne s’est jamais vraiment posé la question.

Pensez-vous que vous auriez choisi le cinéma sans votre amitié avec Kim Chapiron ?

Je ne pense pas. Être réalisateur nécessite d’avoir une grande confiance en soi et, tout seul à douze ans, c’est très difficile de s’assumer. Le fait d’être avec Kim était une force, surtout qu’il était très à l’aise avec les autres. Kourtrajmé nous a emmenés dans une création émulatrice et nous a tout le temps tirés vers le haut.

notre jour viendra – feature film teaser from ROMAIN-GAVRAS on Vimeo.

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