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La France devient-elle trop américaine?

C’est la question que pose le New York Times dans un article (Is France becoming too American?) Pour tenter d’y répondre, le journal a invité quatre “connaisseurs” des deux cultures à s’exprimer dans la section “In room for debate” de son site internet. Les clichés sur les Français y vont bon train.

“Les Français sont dorénavant soucieux de leur taux de consommation de sucre lents, et le chou frisé (kale), légume dont ils ne voulaient pas entendre parler autrefois, trouve désormais place à leur table […] Est-ce que les Français sont en train de perdre leur je ne sais quoi ?”

Une problématique éthérée abordée par le journal le 14 octobre dernier. Les quatre “connaisseurs” de la culture française ne répondent pas toujours à la question, mais ont le mérite de revitaliser quelques clichés sur les Français.

Le Français, éternel bon vivant

La franco-américaine Debra Olliver est l’auteur du livre Entre-nous : a women’s guide to find her inner French girl. Comme dans son ouvrage – qui livre des conseils pour “profiter de l’existence” en vivant à la française – l’auteure reprend dans son article certains poncifs sur les Français.

La femme française y est présentée comme une icône du style, cela peut-on lire depuis que “Jeanne d’Arc s’est rendue en guerre dans une armure chic, taillée pour épouser ses formes”. Marianne, figure allégorique de la République française, est décrite comme un parangon de la “vrai femme française : accessoirisée, politisée, passionnée et topless”. La Française qui ne répond pas à ces critères peut aller se rhabiller.

Debra Olliver perçoit surtout l’ADN de la culture française dans le goût pour la mode, la gastronomie et l’élégance. “Les Français continuent à exalter leurs sens et préfèrent profiter de la vie, plutôt que de gagner leur vie.”  Rebelote dans les idées reçues : l’Américain travaille dur, le Français part en vacances. Il peut remercier le système social pour cela. Et l’auteure d’évoquer le chiffre grossi de “six semaines de congés payés” annuelles, au lieu des cinq semaines légales avérées.

Les “attributs sensuels induits dans l’expression ‘Je ne sais quoi'”, voilà ce que les Américains envient aux Français selon l’écrivaine. Un fantasme qui alimente les étals des librairies américaines, où les ouvrages sur “la French way of life” arrivent régulièrement en tête des ventes. Bien que l’expression “Je ne sais quoi” reste un mystère pour les Français eux-mêmes.

Echange cupcakes contre macarons

Pour illustrer les aspects positifs de la mondialisation, rien de plus illustratif que les échanges cupcakes-macarons selon Alexandra Leaf, éducatrice culinaire auteure du livre de cuisine Van Gogh’s table at the Auberge Ravoux.

“Nous avons exporté nos cupcakes et en échange nous avons eu des macarons et des boulangeries Eric Kayser”, écrit-elle. “Chaque culture […] a pris de l’autre ce dont elle avait le plus besoin ou désirait le plus. Aujourd’hui nous voulons leur Camembert, leur Roquefort et leurs Epoisses et ils désirent nos iPhones, nos S.U.V. et notre cuisine Tex-mex.”

Nos deux cultures seraient-elles menacées de perdre leur caractère distinctif ? “Certainement pas !” Car selon Alexandra Leaf, si la “réalité du marché global nous pousse à nous ressembler de plus en plus, les Français ne penseront jamais comme nous et nous jamais comme eux”. Selon la spécialiste culinaire, ces échanges seraient donc équilibrés, leurs impacts doux et bénéfiques à tous…

Le Hip-Hop, un exemple de la malléabilité des cultures

L’exemple le plus intéressant de l’article est sans doute celui du Hip-Hop, qui sert à illustrer l’assimilation culturelle française de l’influence américaine. Né aux Etats-Unis, le Hip-Hop français n’est pas une copie du hip hop américain selon Samir Meguelli, professeur de français et d’études Afro-Américaines à l’Université de l’Illinois, auteur de Between New York and Paris : a Translatlantic History of Hip Hop.

Deuxième marché au monde après les Etats-Unis, la scène du rap français est riche. Les paroles des morceaux expriment les réalités socio-politiques du pays, dénotant d’un affranchissement vis à vis des Etats-Unis et de l’émergence d’une identité propre. Même Jack Lang, ancien ministre de la culture, aurait soutenu que “le mouvement Hip-Hop, bien qu’inspiré d’Amérique, a su trouver son originalité en France”. Ainsi, depuis son arrivée en France en 1983, il est passé de style musical “fun, étranger, importé” à une “source de fierté nationale”, selon l’auteur.

L’histoire du Hip Hop démontre pour Samir Meguelli que la culture, et parfois même des cultures présumées “nationales”, sont malléables. Si les racines historiques du hip-hop sont indéniablement américaines, le Hip Hop est désormais “une lingua franca” qui exprime avec autant de force les réalités en France et aux Etats-Unis.

A lire sur le site du New York Times : Is france becoming too American ?

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