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“La France doit cesser de craindre l’université mondialisée”

Ben Wildavsky, auteur du livre The great brain race : how global universities are reshaping the world, a exprimé ses vues sur l’université globale en France et aux Etats-Unis à l’occasion du conseil d’administration de la French American Foundation, le 24 octobre dernier. Selon ce spécialiste de l’enseignement supérieur, la France doit cesser de craindre la mondialisation de l’université, vecteur d’un nouveau système méritocratique à grande échelle.

Cette année, 4 millions de personnes ont étudié en dehors de leur pays d’origine. “Un chiffre qui devrait doubler d’ici 2025” annonce Ben Wildavsky, directeur du département des Sciences politiques à l’Université d’Etat de New York (SUNY).

L’intensification des échanges entre universités ces dernières années a entraîné une compétitivité accrue entre les établissements. Pour séduire les meilleurs étudiants et se positionner en tête des classements des meilleurs facultés, il faut être attractif. La stratégie des universités consiste généralement à”investir, recruter et créer des partenariats”, note Ben Wildavsky, “ce que les facultés américaines font très bien. La Chine et l’Inde y travaillent beaucoup également”.

Il émet des réserves sur la cas Français et met en cause la frilosité de la France face à “l’université globale”. “Certains gouvernements, comme celui de la France, voient la compétition internationale universitaire comme une menace. Cela les dessert, ils ont tout faux. La France doit cesser de craindre le processus et tout faire pour maximiser son potentiel. Ce n’est que comme ça qu’elle restera dans la course face aux autres ‘grands pays universitaires’.”

Ce qui freine la France, selon Ben Wildavsky, c’est son système égalitariste très ancré qui démocratise l’université au possible. “Le problème de la France n’est pas son potentiel ni ses moyens, c’est sa mentalité qu’il faut changer.”

L’université “globale” moteur des mobilités

Ce que permet la mondialisation des universités, c’est tout un panel de mobilités différentes. L’une d’entre elles est la mobilité des chercheurs, “bénéfique à l’échange des savoirs, favorable à l’accroissement de l’innovation” selon Ben Wildavsky. Les Etats-Unis offrant de bonnes conditions pour les chercheurs, le risque est pour les autres pays de “perdre” leurs cerveaux. Au profit de l’expatriation.

Mais la mobilité ne s’arrête pas là. Aujourd’hui, de plus en plus d’universités crééent des “branch campuses” (campus satellites) dans d’autres villes, régions, voire pays. L’Essec, par exemple, détient son campus à Singapour ; la Sorbonne à Abu Dahbi et Paris-Dauphine en Tunisie.

Pourtant, là aussi, les Etats-Unis écrasent la France. Ils sont un mastodonte de la délocalisation, avec plus de 80 campus satellites un peu partout dans le monde : l’Université d’Etat du Michigan à Dubai, l’Université de Georgetown au Qatar, l’Université d’Etat d’Ohio à Lima… Les facultés françaises, en comparaison, ne possèdent qu’une dizaine de “campus secondaires”. Outil de communication à l’international, le “branch campus” illustre la bonne santé financière d’un établissement universitaire. Un autre facteur d’attractivité pour les étudiants.

Le “Free trade of minds”, source de progrès ?

Ce que Ben Wildavsky préconise, c’est “le free trade of minds” (libre échange des esprits) à l’image du modèle économique américain. Un monde universitaire où les barrières auront totalement sauté, où n’importe qui pourra être diplômé n’importe où dans le monde. Où les capacités intellectuelles et le talent seraient les seuls critères de sélection.

L’apparition en 2011 du premier Mooc (Massive open online course) de l’une des meilleures universités américaines, celle de Stanford, préfigure et facilite grandement ce modèle. Plus besoin de se déplacer, un étudiant chinois peut suivre un cours de Stanford en ligne, avec une simple connexion internet.

“Avec internet, l’espace et le temps n’ont plus l’importance qu’ils avaient. Les Moocs vont sans doute se développer. Il serait formidable de voir des tutoriaux “face à face”, sur le web, se mettre en place. La participation d’étudiants internationaux à des cours dans des universités américaines ne peut être qu’enrichissante. Sans compter que l’engouement des étudiants pour ce genre de classes est déjà très important. Il y a des cours où le nombre d’inscrits étrangers d’un seul pays surpasse celui des étudiants du pays d’origine.”

Naissance d’une nouvelle méritocratie mondiale

L’universitaire fait un plan large sur les effets de cette mondialisation de l’enseignement supérieur. D’après lui, la “Global university” offrira de  “meilleures opportunités en matière d’éducation dans le monde et favorisera l’innovation, et par ricochet la croissance économique mondiale.” Pour lui ” c’est une chance de développer une nouvelle méritocratie internationale et de disséminer les savoirs. Cela sera bénéfique pour tout le monde, que ce soit au niveau de l’éducation ou au niveau économique.”

La mondialisation des échanges entre universités fait passer le protectionnisme académique pour obsolète. Face à ce processus gallopant, la France a-t-elle encore la capacité de préserver son modèle ?

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