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La France en parle

 


On y est ! Le duel tant annoncé va enfin avoir lieu : Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal. Christophe Barbier estime, dans son éditorial de L’Express, que « l’affiche plaît, d’abord, par ses contrastes. Un homme contre une femme ; une droite qui s’assume contre une gauche qui se remobilise ; un professionnel du pouvoir et de ses dossiers contre une spécialiste des « gens » et de leurs souffrances ». Il poursuit en se réjouissant que les deux candidats aient su « rassembler d’impressionnantes cohortes citoyennes, loin des faméliques cortèges qui accompagnèrent Lionel Jospin et Jacques Chirac ». Allusion au taux de participation record (plus de 84%) et aux scores impressionnants des deux candidats. Jacques Attali célèbre de son côté, dans les mêmes colonnes, « la fin de l’hiver politique de la nation, le début d’un printemps français ». L’économiste et politiste rappelle que les Français choisiront dimanche prochain « leur président selon l’idée qu’ils se feront de la capacité des deux candidats à moderniser l’administration, la sécurité intérieure, la défense et la politique étrangère. »


 


Qui part favori de ce second tour ? Nicolas Sarkozy, à n’en pas douter. C’est d’ailleurs autour de cette victoire promise qu’ont titré les hebdomadaires cette semaine, avec un mimétisme étrange : « Peut-il être battu ? » pour L’Express, « Sarkozy peut-il perdre ? » pour Le Point, et, avec une légère variante, « Peut-elle battre Sarkozy ? » pour Le Nouvel Observateur. Des couvertures qui en disent long quand aux pronostics de second tour… Nicolas Sarkozy peut-il être battu ? « Arithmétiquement, la présidentielle semble jouée » résume L’Express. En ajoutant les suffrages des six candidats à sa gauche aux siens, Ségolène Royal pourrait compte sur 13,4 millions de voix. « Soit seulement 2 millions de plus que Nicolas Sarky…au premier tour ». Le candidat de l’UMP devrait par ailleurs attirer une bonne partie des voix de l’électorat d’extrême-droite.


 


Reste une inconnue : les 6,8 millions d’électeurs centristes de François Bayrou. Drôle de situation en effet que cette campagne de second tour. « Le “troisième homme”, François Bayrou, ne s’est pas contenté de bousculer le jeu jusqu’au 22 avril. Avec le même aplomb, il a installé son couvert à la table du second tour, à laquelle il n’était évidemment pas invité », pour Le Monde. « En affichant, avec une crânerie certaine, une satisfaction à la mesure de sa désillusion, François Bayrou n’a pas peu contribué à installer le sentiment de sa puissance », pour Le Figaro. Jusque-là, les troisièmes hommes – Balladur en 1995, Barre en 1988, Chirac en 1981 – s’étaient tous plus ou moins retirés du débat, en soutenant l’un des deux candidats. L’obstination de François Bayrou à peser sur le second tour a en revanche conduit les deux candidats à entamer une séduction forcenée auprès de ses électeurs : « Ségo et Sarko apprennent la danse du centre ! » titre ainsi avec ironie Le Canard Enchaîné. Symbole de cette discorde, l’organisation d’un débat entre Ségolène Royal à François Bayrou, qui s’est tenu samedi 27 avril sur le plateau de BFM TV après plusieurs jours de tensions. Tensions qui se sont vues répercutées dans la presse, certains journaux prenant parfois partie pour ou contre ce débat. Ainsi Le Monde, dans un éditorial intitulé « Vive le débat », s’insurge contre « l’empêchement de facto d’un débat préalable entre la candidate socialiste et le candidat de l’UDF. Les électeurs, tous les électeurs, sont fondés à obtenir le maximum d’éclaircissements et d’explications sur ce qui constituerait, alors, un véritable séisme politique. » De son côté, Libération évoque un « pataquès organisé par quelques instances audiovisuelles ». Dans sa dernière ligne droite, la campagne réveille à merveille les clivages médiatiques.


 


C’est d’ailleurs ce que Télérama nous démontre cette semaine. Les résultats du premier tour permettent de réaliser le portrait d’une France divisée. Divisée socialement (les villes votent à gauche, la campagne à droite), géographiquement (l’Est vote à droite, l’Ouest à gauche), mais aussi médiatiquement. Télérama montre que les lecteurs du Figaro, du Parisien, de L’Express, du Point, mais aussi les auditeurs de Europe 1 et RTL, et les téléspectateurs de TF1 votent Nicolas Sarkozy. Tandis que les lecteurs de Libération, du Monde, du Canard Enchaîné, de Marianne, du Nouvel Observateur et de Télérama, ainsi que les auditeurs de France Inter et les téléspectateurs de France 2 et M6 votent Ségolène Royal. Des résultats qui poussent Télérama à tirer une conclusion positive : « L’ampleur des variations entre les publics des médias reste réconfortante. C’est le propre d’une société démocratique ».


 


Le chiffre : 1,3682 dollar. C’est le nouveau record atteint par l’euro face au dollar, un taux jamais atteint depuis sa première cotation, en 1999. Selon Les Echos, « la monnaie bénéficie à la fois du ralentissement outre-Atlantique et de la reprise en zone euro, notamment en Allemagne. Le Fonds monétaire international estimait, à la mi-avril, que la croissance de l’Euroland devrait dépasser celle des Etats-Unis en 2007, pour la première fois depuis 2001. » Mais si cette hausse ravit certains dirigeants européens, elle inquiète également économistes et politiques français, qui agitent la menace de « l’euro cher » : « en France, ils sont beaucoup plus critiques, estimant que la BCE devrait aussi se préoccuper de la croissance européenne, et que la détermination du taux de change de l’euro devrait être du ressort des autorités politiques », explique Le Monde. La hausse de l’euro est souvent mise en cause pour expliquer la croissance molle française et le déficit commercial record en 2006 (29 milliards d’euros. « Pourtant, nuance Le Monde,  ce déficit est d’abord réalisé avec… la zone euro. »


 


La personnalité : Une fois n’est pas coutume, c’est un groupe qui a fait les gros titre cette semaine, en l’occurrence les joueurs de l’Olympique Lyonnais. Les Rhodaniens ont remporté le championnat de France de football pour la sixième année consécutive. Saluant ce nouveau record, L’Equipe titre « Lyon au sixième ciel ». Mais le quotidien sportif souligné également que, si la suprématie sur le football hexagonal n’a jamais été aussi forte, l’enthousiasme ne réveille pourtant pas les foules : « Dans sa folle ascension, Lyon souffre d’un manque d’amour qui correspond aussi à une absence de concurrence. » Et le journal de rappeler l’élimination « une nouvelle fois précoce » du club français sur la scène européenne. Dur, dur, d’être champion !


 


La phrase  : « Ta victoire ne sera pas seulement ta victoire, mais sera surtout la victoire de tous les Français qui ont besoin de retrouver l’espoir. » La phrase est d’Eric Besson, secrétaire national du Partis Socialiste à l’Economie il y a deux mois encore. Elle ne s’adresse pourtant pas à Ségolène Royal, mais à Nicolas Sarkozy. Celui qui a claqué la porte du PS il y a deux mois en pondant un brûlot anti-Ségolène avait pourtant sorti en février un ouvrage anti-Sarkozy, où il affirmait que le candidat UMP « se prétend porteur d’une ambition pour la France mais ne vise qu’à satisfaire sa boulimie de pouvoir et sa volonté de puissance.» (sic) Un peu comme si Barack Obama rejoignait George W. Bush à deux semaines du scrutin…

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