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La France s’apprête à adopter le mariage gay

La France s’apprête à devenir mardi le 9e pays européen à autoriser le mariage homosexuel, le 14e dans le monde, par un vote historique de l’Assemblée nationale, sans pour autant que cessent les manifestations des “anti”, qui appellent à se mobiliser dans tout le pays.

Sans surprise, le Parlement adoptera définitivement dans l’après-midi, aux alentours de 17H00, le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de mêmes sexes. Forte de l’ampleur du mouvement d’opposition, la droite espère toujours que le gouvernement renoncera finalement à sa réforme. La plupart de ses responsables clament qu’elle reviendra de toute façon sur ce texte en cas d’alternance. Même si certains, à l’instar du député UMP Philippe Gosselin dans un tweet, estiment qu’il y a “un effet cliquet sur tous sujets de société. On ne revient pas en arrière!” et que c’est donc maintenant, ou jamais, que la bataille se joue.

Et dans l’immédiat, les parlementaires UMP ont d’ores et déjà préparé un recours devant le Conseil constitutionnel. La ministre déléguée chargée de la Famille, Dominique Bertinotti, a toutefois affiché sa “confiance” dans la validité du texte. “Nous avons fait en sorte qu’il n’y ait pas de fragilité juridique”, a-t-elle dit. Les députés de la majorité et les ministres multiplient les tweets se félicitant à l’avance de ce vote historique. Bernard Roman, qui s’exprimera au nom du groupe socialiste, “pense à ceux qui l’attendent depuis si longtemps”, tandis que Cécile Duflot se projette dans l’avenir : “23 avril 2033 : anniversaire des 20 ans du vote du #mariagepourtous : mes petits-enfants épatés de découvrir que ça n’a pas toujours existé”.

Noël Mamère, qui avait célébré à Bègles en 2004 le premier mariage homosexuel, alors déclaré illégal, s’exprimera au nom des écologistes. En attendant, l’ambiance devrait être tendue à proximité du palais Bourbon qui connaît des manifestations quotidiennes depuis une semaine. A Paris, les anti-mariage gay se retrouveront à partir de 19H00 à Sèvres-Babylone (VIIe) pour se rendre près de l’Assemblée nationale, à l’appel de La Manif pour tous. “Il est clair que la loi va s’appliquer sans doute d’ici juin ou septembre. Les mariages seront valables, on ne démariera pas”, a déclaré sur France 2 la chef de file du mouvement, Frigide Barjot. Mais elle a justifié la poursuite de la mobilisation par la nécessité de proposer “une autre solution”: celle de l’union civile qui, contrairement au mariage, n’aurait pas de conséquence sur la filiation. En Europe, de telles unions civiles existent, notamment depuis 2001 en Allemagne et depuis 2007 en Suisse. Dans huit autres pays européens (Pays-Bas, Belgique, Espagne, Norvège, Suède, Portugal, Islande et Danemark), c’est le mariage lui-même qui est autorisé. Toutefois, au Portugal, l’adoption est exclue.

De leur côté, les “pro”, d’abord à l’appel du collectif “oui, oui, oui”, appellent aussi à un rassemblement à partir de 17h près de l’Assemblée, puis à un autre, à l’appel cette fois de l’Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans), à partir de 18h à proximité de l’Hôtel de Ville. En province, des rassemblements analogues sont prévus: pro-mariage gay à Toulouse, Marseille, Aix-en-Provence, Montpellier, Lyon. Les anti seront à Chambéry, Bordeaux, La Roche-sur-Yon.

L’ancien ministre UMP Christian Estrosi est quant à lui revenu sur le fait que, dimanche, des députés de son mouvement ont défilé derrière la même banderole que l’élu Front national Gilbert Collard, pour le déplorer. Il a souligné avoir lui-même choisi de ne “pas manifester” pour “éviter de se retrouver dans une situation inconfortable, à côté de gens que je n’ai pas envie de supporter”, a-t-il dit.

Lundi, l’ambiance autour du projet de loi s’était singulièrement crispée avec l’envoi d’une lettre contenant de la poudre de munition à Claude Bartolone, le président PS de l’Assemblée nationale. Plusieurs personnalités se sont alarmées de ce développement, à commencer par le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, qui a souligné qu’il fallait prendre une telle menace “très au sérieux”. La garde des Sceaux, Christiane Taubira, qui a porté de bout en bout le projet, s’est déclarée “très inquiète de l’ambiance générale”, dénonçant un “climat d’intolérance”.

Dans l’hémicycle, les députés de la majorité devraient très majoritairement voter cette seconde lecture du texte, conforme à la version adoptée le 12 avril par les sénateurs. Lors de la première lecture, le 12 février, seuls quatre députés du groupe socialiste avaient voté contre et un seul au Front de gauche, écologistes et radicaux de gauche ayant été unanimes sur le sujet.

Dans l’opposition, la situation devrait être plus contrastée. En février, seuls Benoist Apparu et Franck Riester avaient, à l’UMP, approuvé la réforme. A l’UDI, cinq députés, dont Jean-Louis Borloo, leur chef de file, et Jean-Christophe Lagarde, leur porte-parole, avaient fait de même, une attitude qui sera confirmée cette fois-ci. A droite comme au centre, ils avaient été en revanche assez nombreux à s’abstenir, notamment Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire et Pierre Lellouche.

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