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La francophonie, une jeunesse en mouvement

À la veille de la journée internationale de la Francophonie, célébrée le 20 mars 2011, le français apparaît comme un outil de promotion sociale, d’épanouissement culturel et d’engagement pour la jeune génération. Enquête sur cette grande famille, synonyme d’identité plurielle, qui, selon la formule consacrée, possède « la langue en partage », aux États-Unis.

La métaphore de la goutte d’eau dans un océan se prête bien à la réalité de la minorité francophone des États-Unis. Alors pourquoi investir autant d’efforts pour continuer à parler français en Louisiane, en Nouvelle-Angleterre, en Floride ou en Californie ? « Il faut motiver la jeune génération. Montrer que le français peut être aussi utile que l’anglais », explique le Dr C. Brian Barnett, ambassadeur de la francophonie 2010 et professeur de français à l’Université d’Eugène, dans l’Oregon. « Il faut faire rayonner ce mouvement […], aller chercher les communautés avec qui nous ne sommes pas en contact », renchérit Denis Desgagné, nommé à la tête du Centre de la francophonie des Amériques, le 5 janvier dernier.

Inauguré en octobre 2008 par Jean-Pierre Raffarin et le gouvernement québécois à l’occasion des 400 ans du Québec, le Centre de la francophonie des Amériques est chargé de mettre en valeur la langue française et de renforcer les liens entre les différentes communautés francophones des Amériques. Pour cela, son nouveau directeur mise sur la jeunesse et les nouvelles technologies pour assurer la relève du français et briser les frontières géographiques entre francophones. « Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, les jeunes sortent de ces carcans », affirme-t-il.

Des carcans qui enferment pourtant encore la langue française dans de vilains stéréotypes. On l’accuse parfois de n’être qu’une guerre déguisée contre l’anglais ou de véhiculer « un message néo-colonialiste », explique Gabrielle Durana, administratrice du Centre. La langue française souffre d’une image ternie par quelques combats d’arrière-garde pour puristes académiques. « La francophonie, c’est au contraire la jeunesse, la fierté et l’amour de la langue. Le français est une langue dynamique, un outil de mobilité ! », assure Gabrielle Durana. « C’est un engagement en faveur du multilinguisme et de la diversité culturelle ».

Le corps étudiant du département d’études francophones de l’Université de l’Iowa est à l’image de cette diversité. Venus d’Europe, de la Caraïbe, du Québec ou d’Afrique sub-saharienne, ils représentent la préoccupation grandissante, dans les départements de langues des universités américaines, d’un enseignement du français comme langue d’échange internationale, et non plus comme seule manifestation d’une littérature et de l’histoire de la France. « Il faut arrêter de mettre la France sur un piédestal. Elle devrait être au même niveau que la Suisse, la Belgique ou le Québec car elle n’est qu’une partie de la francophonie mondiale », insiste le Dr. C. Brian Barnett.

La créolité, nouveau visage de la francophonie

« Une nouvelle francophonie s’érige avec la diaspora haïtienne », fait justement remarquer Étienne Rivard, géographe à l’origine d’un atlas sur la francophonie en Amérique du Nord*, à paraitre au mois de mars. Avec 2,1 millions de francophones, dont 1,5 million de Créoles, l’émergence de l’axe géographique qui relie Port-au-Prince, Miami, New York, Boston et Montréal semble être une caractéristique de la francophonie contemporaine.

Qu’elle soit canadienne-française, québécoise, acadienne, franco-américaine, créole, cadienne ou métisse, la francophonie des Amériques recoupe des identités multiples, qui marque la fin de la France comme principal foyer de la francité aux États-Unis. Pour l’ambassadeur C. Brian Barnett, l’un des enjeux majeurs de la francophonie consiste à « relier ces poches isolées et faire de cette variété une vraie richesse ». Car derrière cette apparente fragmentation identitaire se cachent des trajectoires communes et des valeurs partagées. « La francophonie, c’est aussi une façon différente de voir les choses à travers des valeurs précises. En 2003 par exemple, lors de l’invasion de l’Iraq par les Américains, les francophones se sont tournés vers TV 5 ou Radio Canada pour trouver un autre point de vue que celui des Américains », explique Richard Marcoux, directeur de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone.

Outre la chaîne TV 5 Monde, associée à des partenaires canadien, suisse et belge, la chaîne d’information générale France 24, lancée en 2006, ou le service international de la radio publique française RFI, sont accessibles sur l’ensemble du territoire américain. Sur internet, les réseaux sociaux tels que le site Portland French Connection, le groupe des Bretons de Californie ou le forum de Texas in French rassemblent des locuteurs français, créoles, Belges ou Suisses. A l’image des Tunisiens de New York qui ont suivi, sur Twitter et Facebook, les avancées de la révolution du Jasmin en temps réel, les réseaux sociaux en ligne – sites, blogs, forums, – représentent un moyen facile, rapide et interactif pour s’informer et échanger en français.

Autre relai de la francophonie, les Alliances Françaises irriguent le réseau francophone à travers tous les États-Unis, en même temps qu’elles participent de la politique d’influence de la France. Premier partenaire de la diplomatie culturelle de la France aux États-Unis, elles ne bénéficient pourtant que du soutien moral de l’État français. « Ce qui pèche, c’est lorsque les gouvernements coupent des postes dans les ambassades », regrette Richard Marcoux, à un moment où les crédits en matière de diplomatie culturelle ne cessent de chuter. Les Alliances Françaises de l’étranger doivent donc pourvoir elles-mêmes à leur financement. Elles possèdent cette vertu non négligeable de s’autofinancer à plus de 75%, grâce aux cours de langue française et au mécénat local.

Cruciale, la question du financement économique reste sensible. Si l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), avec ses 80 millions d’euros de budget, mène des actions multiformes, qui vont de la défense du français dans les institutions francophones jusqu’à l’aide à l’édition de livres en français sur le territoire, les acteurs locaux rêvent d’une francophonie plus offensive. «Que font les politiques pour aider cette francophonie ? Est-ce que la francophonie est une priorité de l’agenda politique ?», s’interroge le géographe Étienne Rivard, coordinateur du centre interuniversitaire d’études québécoises à l’Université de Laval, au Québec. « Il n’existe pas non plus d’associations panaméricaines vouées à la promotion de la francophonie », observe le géographe Étienne Rivard. Quid d’un lobby francophone américain ? Si la francophonie a atteint ses premiers objectifs, il lui faut maintenant se donner les moyens de tenir ses promesses d’avenir.

 

* La francophonie nord-américaine, par Yves Frenette, Étienne Rivard et Marc St-Hilaire. Québec, Presses de l’Université Laval (coll. «Atlas historique du Québec»), à paraître en mars 2011.

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