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La francophonie vue par Jacqueline Saucier

A l’occasion du mois de la Francophonie, l’écrivaine canadienne Jacqueline Saucier, lauréate 2011 du prix des Cinq Continents, nous fait partager sa vision de la langue française et de la littérature francophone.

France-Amérique : Que représentent pour vous la langue française et la francophonie?

Jacqueline Saucier : Avec le Prix des Cinq Continents, je découvre la francophonie et c’est d’un tel réconfort ! J’habite au Québec où le combat pour la langue est une condition de survie en tant qu’entité nationale. Environnés d’une mer anglophone, nous avons quand même la chance d’être majoritaires sur notre territoire. Ce qui n’est pas le cas des francophones hors Québec, par exemple au Nouveau-Brunswick où je suis née et où l’enseignement se donnait en français à partir de manuels scolaires anglais ! Alors, découvrir les multiples altérités de la francophonie et de sa littérature, c’est se redécouvrir dans sa propre spécificité et s’enrichir de celle des autres.

Quels auteurs, artistes ou personnalités francophones ont inspiré votre vie d’écrivain ?

Comme tous les Québécois de ma génération, j’ai eu une formation littéraire française. Nos lectures libres et dirigées venaient de la France. J’ai d’ailleurs eu une adolescence marquée par la lecture d’André Gide, en raison des appels à la ferveur et à la liberté qu’on retrouve dans ses livres, et qui étaient du miel pour la jeune fille que j’étais. Par la suite, j’ai découvert cette même quête dans un roman québécois, Le fou de l’île de Félix Leclerc, que j’ai lu et relu avec passion et que je me refuse maintenant à relire pour ne pas gâcher le souvenir que j’en ai. Je ne crois pas que notre chantre national ait été un grand romancier. Mais c’était mon premier roman québécois, un moment fort, la première fois que mon imaginaire était habité par mon pays. J’ai eu depuis bien d’autres passions littéraires, d’autres moments forts, d’autres illuminations, mais un mentor, un artiste ou un écrivain qui m’aurait inspirée dans ma vie et ma création ? Je suis trop infidèle, je vais et je viens, je me nourris chez l’un et chez l’autre. Il y a cependant un artiste pour qui j’ai une grande admiration tant pour son travail sur la langue, la force de sa poésie que pour son engagement citoyen. Il s’agit de Richard Desjardins, poète, chanteur et cinéaste québécois qui s’est engagé à fond dans la défense du territoire contre les puissances de l’argent. Il a une langue âpre et forte, mâtinée de vieux français et de franglais du nord de mon pays avec laquelle il revisite Villon, donne la parole aux oubliés de la terre et chante l’amour de façon magnifique.

Quel mot, expression, proverbe ou citation en français affectionnez-vous en particulier ?

J’ai feuilleté dernièrement mon vieil exemplaire des Nourritures terrestres et parmi les phrases soulignées, je remarque celle-ci : Heureux qui ne s’attache à rien sur la terre et promène une éternelle ferveur. Mais je ne suis plus la jeune fille que j’étais, j’ai maintenant de profondes attaches sur cette terre et André Gide ne m’accompagne plus de la même façon. Le livre est une matière vivante, tout comme nous, les phrases aussi et elles viennent nous donner ce que la vie bien souvent nous refuse. La phrase qui m’habite ces temps-ci me vient de Lyonel Trouillot, un écrivain haïtien et elle dit ceci : Laissez les choses à leur mystère. C’est dire toute la part d’indicible dont on cherche à s’approcher et qui nous est nécessaire. Il en a toujours été ainsi. La lecture va pas à pas avec ma vie et me donne les questions et les réponses dont j’ai besoin.

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