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La French American Charter school d’Harlem se relèvera-t-elle ?

D’importants problèmes de sécurité et de recrutement ont provoqué la mise en probation de l’école franco-américaine en décembre dernier. Elle a six mois pour régler ses défaillances, sous peine de devoir fermer.

Les portes de la New York French American Charter School (NYFACS) d’Harlem restent closes aux journalistes. La principale Marie-José Bernard, d’ailleurs sur la sellette, refuse de répondre à nos questions. Et en son absence pour congé maladie, on refuse de nous montrer l’école. Claire Zaglauer, élue le mois dernier responsable de l’association des parents d’élèves, souhaitait s’exprimer mais en a été dissuadée par la direction. Que se passe-t-il de si secret dans l’école ouverte en septembre 2010 ?

Depuis sa mise en probation par le Department of Education de New York le 7 décembre, l’école cherche avant tout à se faire oublier. La NYFACS voudrait éviter une mauvaise publicité. Attitude compréhensible, lorsque l’on sait que les financements de l’école dépendent du nombre d’élèves inscrits. Mais la notification de probation, que s’est procurée France Amérique, pointe de graves défaillances, qui doivent être résolues d’ici le 31 août, ou l’école franco-américaine de Harlem fermera.

Des manquements en termes de « vérification des antécédents, de discipline et de recrutement du personnel ». Voilà les problèmes pointés par le service chargé de contrôler les charter schools de New York, le CSO, dans une lettre envoyée le 7 décembre à Johnny Celestin, président du conseil d’administration qui a démissionné la semaine suivante.

Lors de leurs visites au printemps et à l’automne derniers, les contrôleurs du CSO ont notamment déploré qu’ « un parent ait toutes les clés de l’école », ce qui pose de sérieux problèmes de sécurité. Ajoutant à cela que « les antécédents des bénévoles (…) n’étaient pas vérifiés », le CSO s’inquiète. Du côté des professeurs, un tiers (6 sur 17) n’ont pas les qualifications requises par l’Etat. Ils étaient au moment des visites « souvent absents » et par là-même incapables de « contrôler les absences des élèves ». Dans le document de quatre pages, le CSO se montre également soucieux de la « stabilité financière » de l’école.

Débuts chaotiques

Jean-François Bonnet, dont la fille de six ans est à la NYFACS estime que « les débuts de l’école ont été très chaotiques ». Selon lui, « personne n’était prêt, l’ouverture aurait dû avoir lieu l’année d’après ». Un autre parent d’élève, Aisha, se doutait d’ailleurs qu’en essuyant les plâtres, « les premières années allaient être un peu difficiles ». Pour elle, les anciens dirigeants n’étaient « pas assez motivés ». Les deux parents avaient été déçus en relevant régulièrement des fautes dans les devoirs de leurs enfants. Aisha, d’origine sénégalaise, estime que « c’est une très bonne chose que l’école cherche à recruter davantage de professeurs français ou québecois », pour remplacer le personnel actuellement majoritairement haïtien. Elle qui ne cesse de louer l’école pour sa formidable diversité, estime que la NYFACS est « en bonne voie », avec « une nouvelle direction motivée, un personnel en passe d’être renouvelé et des programmes remaniés ».

Jean-François Bonnet « reste ouvert » mais est plus sceptique, il a d’ailleurs déjà commencé à chercher un autre établissement pour sa fille, même si elle se sent très bien dans l’école, qui accueille des Français et des Américains, mais aussi des enfants d’origine africaine ou hispanique. Cette présence d’élèves qui ne parlent ni français ni anglais chez eux a peut-être aussi complexifié la mission de la charter school.

Sur la bonne voie

Séverine Picquet, qui a changé sa fille d’école depuis qu’elle a déménagé à Chelsea, reste impliquée pour la NYFACS et a été élue au conseil d’administration mardi. Elle affirme que l’école est en train de répondre aux problèmes relevés par le CSO « point par point ». Certains auraient même déjà été résolus, comme les questions sécuritaires. Elle rappelle que cette école était « un vrai défi », dans la mesure où c’est la « première charter school bilingue », dont le but est de préparer les enfants de la maternelle à la terminale au bac international.

A l’image de la plupart des parents d’élèves, elle a suivi le projet depuis ses débuts et souligne : « on l’a dans les tripes cette école, elle est magique, vraiment multiculturelle, et allie l’ouverture d’esprit américaine à la rigueur française, on va se battre pour la sauver ! » Le conseil d’administration qui contrôle les finances, les programmes et nomme le principal, semble en de meilleures mains depuis que trois des cinq membres ont été renouvelés. Le début d’année civile s’est accompagné de bonnes nouvelles, avec des résultats en hausse chez les CE2 après quelques semaines de cours supplémentaires le samedi et des comptes assainis. Espérons que l’école a effectivement appris de ses erreurs de jeunesse, et qu’elle continuera d’accueillir des enfants l’année prochaine.

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