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La french touch à tort et à travers

Manger, boire, s’habiller et même embrasser français tout en restant 100% américains, c’est possible aux Etats-Unis. L’image de la France, à  forte valeur marchande dans quelques domaines spécifiques, s’exporte bien. Du vin aux produits de beauté, en passant par les aliments de base, certains produits américains affichent fièrement une prétendue origine française. Clin d’œil au made in France.      

Beaucoup d’Américains vous le dirons : la France, c’est le romantisme. Un dîner à la chandelle, une bonne bouteille de vin, des mets raffinés. Un cliché qui évidemment se conclut par un baiser tendre et passionnel. Un « French Kiss », dira-t-on.

Pourtant cette expression ne s’est pas créée à partir d’une image romantique de la France. Au contraire, au XVIIIe siècle, les Anglais, alors ennemis historiques de la France, aimaient à penser que de l’autre côté de la Manche, on avait des mœurs légères. C’est ce qu’explique Robert Hendrickson dans son encyclopédie étymologique ("Encyclopedia of Word and Phrase Origins", Fact on File, New York, 1997). Selon lui, pour les Anglais de l’époque, tout ce qui venait de l’Hexagone était forcement « immoral, sexuel, voire décadent ».

Pour Stuart Berg Flexner, auteur de l’ouvrage « I Hear America Talking » (Von Nostrand Reinhold Co., New York, 1976) sur les expressions américaines, le terme French Kiss aurait traversé l’Atlantique lors de la première guerre mondiale et se serait popularisé parmi les adolescents américains pendant les années 30.

Un domaine phare : la gastronomie

Retour au diner romantique. Sur la table, des plats délectables. La restauration est un domaine où il fait bon d’être Français. L’exemple le plus répandu se nomme la frite ou « French fries » en anglais. Elle avait d’ailleurs été rebaptisée « freedom fries » en 2003, pendant les tensions franco-américaines à propos de la guerre en Irak. Tout un symbole. Mais les frites, clairement d’origine hexagonale dans les restaurants anglo-saxons, le sont-elles vraiment ?  On les dit parfois belges. Difficile à dire. Personne ne s’accorde là-dessus.

D’autres produits couramment répandus aux Etats-Unis se sont vu attribués par les mystères de l’Histoire une origine française. Le « French Toast » par exemple : pain perdu en France, il vient de l’hexagone à en croire les cartes des brunchs américains. Le French Dressing aussi. Cette sauce salade crémeuse, à base d’ail et parfois de ketchup, n’a pas son équivalent dans son supposé pays d’origine. Parfois le phénomène dépasse les limites de l’honnêteté. Certains  producteurs de vin californien, par exemple, n’hésitent pas à utiliser le label Burgundy (Bourgogne) pour tromper le consommateur novice. Toujours dans le domaine des vins, certains vignobles français ont implante leur marque sur le territoire américain. C’est le cas des champagnes Mumm qui produisent désormais un vin pétillant dans la vallée de Napa, en Californie. 

L’influence française dans le domaine culinaire se retrouve enfin dans les noms des restaurants. Pour paraitre plus authentiques des nombreuses enseignes arborent des patronymes qui sonnent français. Et pourtant, ces établissements n’ont parfois de français que le nom. Certaines chaînes, par exemple, s’appellent « Au bon pain » (américain) ou « Prêt à manger » (anglais) pour vendre plus de…sandwichs.

French manucure hollywoodienne

Chic et à la mode. La France exporte son image dans l’industrie textile et cosmétique. Si de nombreuses marques, inconnues dans l’hexagone (French Connection par exemple) font allusion à la France, le langage courant est lui aussi touché par le phénomène. La french manucure, par exemple. Brevetée par la société californienne de produits de beauté Orly dans les années 70, cette technique, qui consiste à ourler les contours de l’ongle d’une couche blanche, a été inventée pour les starlettes hollywoodiennes.

Après la soirée, celles-là pourront par ailleurs confier leurs robes à un French Cleaner. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces teinturiers n’usurpent pas la nationalité française. Ils offrent tout simplement un « french cleaning ». Comprendre un nettoyage a sec, procédé inventé par un tailleur parisien en 1840.

Vodka made in France

Le hasard fait bien les choses. Mr French a créé sa moutarde et l’a baptisée, le plus simplement du monde, French’s Mustard, bien que la moutarde vienne de Dijon à l’origine. Cette célèbre variante à l’américaine, très sucrée, est plus adaptée aux hot-dogs qu’à la cuisine française. Et son créateur, Robert Timothy French, est un new-yorkais.

Autre cas de figure, les produits fabriqués en France mais vendus seulement en dehors de l’hexagone. La célèbre vodka Grey Goose, par exemple. Elle a été inventée, en 1996, par un Américain, Sidney Frank. Cet entrepreneur a eu l’inspiration marketing d’une vodka française, dont les supposées qualités viennent d’une eau de source merveilleuse, d’un maître de chai exceptionnel, et de son lieu de production basé à Cognac. Revendue en 2005 à Bacardi, cette boisson, dont la bouteille est ornée d’un drapeau français, figure en bonne place dans les bars d’Outre Atlantique, mais elle est introuvable en France.

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