Subscribe

La galère new-yorkaise d’un jeune promoteur français

La Youpi Party est un concept de soirée élaboré par un jeune Parisien de 23 ans, Pierre-Alexandre Garnier. Le but : réunir les meilleurs groupes de la nouvelle génération rock pour des duels musicaux sur scène. Après une première version française à la Flèche d’or le 21 juillet 2007 à Paris, le concept s’est exporté le 18 juin dernier à New York pour le meilleur… mais surtout pour le pire.

Dès que j’ai posé le pied sur le sol américain, cela n’a été qu’un enchaînement de galères“, confie Pierre-Alexandre Garnier. Après le succès de la première version parisienne, la Youpi Party a ressorti ses amplis pour une seconde édition… new yorkaise. Mais tout n’a pas été aussi rose que prévu pour le jeune homme.

A 20 ans, il n’écoutait que du rock et passait ses soirées à la Flèche d’or, le club branché de l’Est parisien qui accueille sur scène de nombreux artistes rock et électro. Après de nombreux contacts avec des groupes, Pierre-Alexandre a imaginé sa propre soirée. L’idée a été conçue à partir du film culte de Didier Grousset, Rendez-vous au tas de sable (1989), racontant l’histoire d’un groupe de musiciens “hasbeen” remontant sur scène. Le thème d’un combat de rock entre deux groupes s’affrontant à coup de rifs de guitare, face à face sur une scène, s’est rapidement imposé. La Youpi Party, nom reflétant peu le concept original qui se cache derrière, était donc lancée, soutenue par les Naïve New Beaters, groupe français de pop/rap alors en plein buzz médiatique. Le succès a tout de suite été assuré, d’abord auprès d’un public déchaîné qui en redemandait, ensuite auprès des groupes totalement pris dans le jeu. “Les musiciens ont joué un rock très pêchu“, explique Pierre-Alexandre.

Vers de plus lointaines sphères

Quand il a proposé aux groupes – Naive New Beaters, I Love My Neighbours, I Am Un Chien, The Captain et Les Petits Pilous – l’idée d’exporter la soirée aux États-Unis, ceux-ci ont été très excités. “J’ai essayé de réunir le plateau dont je rêvais en visant des groupes de haute qualité technique et artistique qui ne soient pas encore trop sollicités par les maisons de disques. De plus, New York est la ville de la musique pour beaucoup de musiciens de la nouvelle génération”. Poussé dans cette voie, Pierre-Alexandre a estimé plus facile de présenter une soirée plus basique, sans les combats de rock, à l’affiche exclusivement française, “sorte de french touch“. Quelques contacts à New York, notamment un groupe de Brooklyn, Nervous Cabaret, étaient sensés aider à la mise en place professionnelle du projet. Mais Pierre-Alexandre a pêché par excès de confiance. Melissa, la manager de Nervous Cabaret, lui a présenté un énigmatique producteur nommé Scott qui avait soi-disant programmé les groupes sur plusieurs soirées et dans divers endroits. “Il m’avait promis monts et merveilles et j’avais contacté des groupes comme Phoenix et SebastiAn, mais finalement je n’ai plus eu de contact avec Scott et j’ai reçu un email discret de sa part m’informant de l’annulation des soirées“.

Pierre-Alexandre a aussitôt frappé à la porte du Studio B à Brooklyn, très intéressé par son idée de soirée. Sont alors entrées en piste deux bloggeuses françaises installées à New York, créatrices du myspace Ignite the Sound, qui lui promirent 500 entrées si elles pouvaient s’occuper de la communication sur place. “Elles avaient l’air motivées et m’ont demandé de programmer deux DJs qu’elles connaissaient et qui ramèneraient à eux seuls 150 personnes chacun. Ils ne sont passés que dix minutes en fin de soirée, seuls, alors qu’on allait fermer la salle. Les filles les ont quand même payé“. Pierre-Alexandre Garnier avait même fait des pieds et des mains pour ouvrir l’entrée aux plus de 18 ans – l’âge légal d’accès à l’alcool étant de 21 ans à New York – afin que les élèves du Lycée français puissent venir comme les deux jeunes femmes le lui avaient également garanti, en vain. “Elles ont voulu se la jouer sur une soirée mais elles ne se sont pas souciées des conséquences pour ceux qui devaient réellement payer quelque chose“, déplore-t-il.

Le manque d’argent fait le malheur

Ce voyage avait déjà commencé par des problèmes d’argent. Après avoir passé sa première nuit dans la salle de repos du personnel du Continental Hotel grâce à une connaissance et s’être fait jeter dehors par la sécurité aux environs de 5h du matin au moment du changement d’équipe, et après avoir fini la nuit sur un banc de Central Park, le jeune organisateur a pu enfin se rendre dans un bureau de change. “Le taux de change est moins avantageux aux États-Unis qu’en France. Je me suis retrouvé avec moins de dollars que prévu. Je n’avais donc plus d’argent pour mes besoins personnels“.

Pierre-Alexandre a dû se faire héberger par Cyan, un homme rencontré lors de son précédent séjour dans la Grosse Pomme. Il s’est alors retrouvé au fin fond de Brooklyn, dans un squat de dealers situé à la cave d’un immeuble avec une porte blindée. “Cyan s’est fait arrêté par la police et je me suis retrouvé seul dans cet endroit, à me cacher du propriétaire qui voulait me faire payer un loyer alors que je n’avais plus un dollar sur moi. J’ai revu Cyan le soir de la Youpi Party. C’est la meilleure personne que j’ai pu rencontrer car il m’a soutenu, logé et nourri toute la semaine“. Comme il n’y avait pas de douche dans ce squat, le jeune homme allait parfois se laver chez des amies ou dans les toilettes des Starbucks avant chaque rendez-vous. “J’avais vraiment l’impression d’être dans un film à l’américaine“.

Après avoir payé la location de la salle du Studio B et du matériel, ainsi que la caution pour le bar, Pierre-Alexandre ne disposait plus d’argent. “J’ai mis sur la table tout ce que j’avais pour organiser cette soirée. J’ai même déposé ma voiture en hypothèque chez mon garagiste en France“. Comble de la malchance, un violent orage éclate au moment du concert, ce qui a sûrement dissuadé certains de venir. N’ayant fait que 120 entrées alors qu’il lui en fallait 300 pour entrer dans ses frais, l’organisateur est parti avant la fin de la soirée sans régler tout ce qu’il devait au club. “Je les ai appelé plus tard et je leur ai expliqué ma situation. Ils ont très bien compris. Depuis, ils ne m’ont toujours pas réclamé ce que je leur devais“. Pierre-Alexandre est pourtant bien conscient que s’il veut rester en bon terme avec le Studio B qui l’a accueilli de manière très enthousiaste, il devra s’acquitter de sa dette un jour où l’autre.

Tout est bien qui finit bien

Je ne regrette pas cette expérience car cela m’a beaucoup appris et cela renforce mon CV. Tant qu’il n’y a que des problèmes d’argent, ce ne sont pas vraiment des problèmes. Je me suis bien amusé au final“. Détenteur d’un BTS de commerce, il a retrouvé un travail plus commun dans le webmarketing. Pourtant, le jeune organisateur n’a pas perdu sa passion puisqu’il a en projet commun avec Nicolas Ullman, le célèbre musicien et comédien qui a rendu aux soirées parisiennes leur petit grain de folie rock, de relancer son concept des combats entre musiciens. “Il a beaucoup plus de facilités que moi dans ce milieu et ce serait formidable de travailler avec lui”. Cependant, Pierre-Alexandre Garnier n’est pas prêt de retourner aux États-Unis, à moins de s’être assuré d’une organisation en bêton.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • Label aventure musicale de Laurent MassetLabel aventure musicale de Laurent Masset Arrivé à New York en 2001, Laurent Masset a ouvert il y a un an son propre label dans l’optique de produire des artistes européens aux États-Unis. Un pari audacieux mais en bonne voie […] Posted in Music
  • Un jour, j’irai à New York avec toiUn jour, j’irai à New York avec toi En pleine tournée mondiale pour son album “Grizzly, ça s’est vraiment moi”, Louis Bertignac a fait escale à New York. Il s’est produit au Hiro Balroom, puis au consulat de France.  Une […] Posted in Music