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La gauche accentue son avantage

Au second tour des élections municipales, le PS a conquis Toulouse, Strasbourg, Caen et Reims. À Pau, François Bayrou a échoué d’une courte tête. Le premier ministre François Fillon nie toute "leçon nationale".

Le second tour des municipales dimanche a amplifié le résultat du premier. La gauche a remporté une écrasante victoire en reprenant à la droite un grand nombre de villes. Parmi les grandes villes conquises, hier, Toulouse, Strasbourg, Caen, Saint-Étienne, Amiens, Reims, Quimper, Metz, Blois, Angoulême, Mende, Saint- Denis de la Réunion, Saint- Chamond, Périgueux… Elles s’ajoutent aux huit cités déjà conquises le dimanche précédent : six par le PS (Rouen, Alençon, Chalon- sur- Saône, Rodez, Laval, Bourg- enBresse), ainsi que Dieppe et Vierzon, remportées par le PCF.

À Pau, le président du MoDem, François Bayrou, a échoué d’une courte tête. Il est battu de quelque 450 voix par la socialiste Martine Lignières-Cassou, dans une triangulaire avec le sortant Yves Urieta, ex-PS investi par l’UMP.

La participation était estimée en début de soirée à 65,5 %, en légère baisse par rapport à celle du premier tour (66,5 %) qui était déjà la plus faible observée pour les élections municipales depuis le début de la Ve République. Selon un sondage CSA, c’était surtout dans l’électorat de la majorité que s’étaient recrutés les abstentionnistes du premier tour : 32 % d’entre eux avaient voté Sarkozy à la présidentielle de 2007, 15 % Bayrou et 13 % seulement pour les candidats de gauche. Il semble donc que le second tour ait confirmé le premier : l’électorat de la majorité s’est moins mobilisé que celui de la gauche.

Celle-ci a confirmé ses positions par la victoire de la plupart de ses candidats qui paraissaient en ballottage favorable. Ainsi à Caen où Brigitte Le Brethon (UMP) est battue par Philippe Duron (PS) qui l’avait largement distancée au premier tour. De même, il aurait fallu une mobilisation exceptionnelle pour sauver Gilles de Robien à Amiens, l’ensemble de la gauche ayant été majoritaire au premier tour. À Reims, Catherine Vautrin fait les frais de la rivalité qui l’a opposée à Renaud Dutreil au premier tour : les reports de voix ont largement fait défaut, assurant l’élection d’Adeline Hazan (PS). L’échec de Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, à Périgueux, intervient au terme d’un second tour très serré et d’une campagne acharnée. En sens inverse, le ministre d’ouverture Jean- Marie Bockel a sauvé d’une courte tête son siège de maire à Mulhouse.

La défaite de Jean-Marie Rausch, maire sortant de Metz, au profit du socialiste Dominique Gros, paraissait inévitable à partir du moment où celui-ci l’avait dépassé de dix points au premier tour et où il n’avait pu faire union avec l’UMP au second.

Le premier tour avait tourné à l’avantage de la gauche qui avait obtenu 47,5 % des voix contre 44,4 % à la majorité, sans pour autant donner lieu au raz de marée annoncé. En revanche, la majorité avait remporté une belle victoire à Bordeaux, et deux membres du gouvernement, Luc Chatel et Laurent Wauquiez, avaient délogé le PS de Chaumont et du Puy-en-Velay. Quant aux autres membres du gouvernement, lorsqu’ils étaient maires sortants, la plupart d’entre eux avaient eux aussi retrouvé leur siège dès le premier tour.

Dès dilanche soir, François Hollande a déclaré que le gouvernement devait tenir compte du scrutin en infléchissant sa politique. Xavier Bertrand a reconnu qu’il y avait eu un "rééquilibrage" . La semaine dernière, Nicolas Sarkozy et François Fillon avaient indiqué que la politique de réformes engagée après l’élection présidentielle ne serait pas remise en cause par le résultat des élections municipales. Le 11 mars, à Toulon, le président de la République avait déclaré qu’il "tiendrait naturellement compte" de ce que le peuple aura "exprimé" . Mais, avait-il fait valoir, la réélection dès le premier tour de nombreux ministres constituait des "encouragements clairs" "pour le gouvernement tout entier".

Hier soir, François Fillon a estimé qu’il était "mal venu de tirer des leçons nationales" de ce second tour et a appelé à "ne pas instrumentaliser" le vote des Français. "Comme s’y est engagé le président de la République, nous allons poursuivre cette politique, parce qu’il faut de la ténacité pour réformer notre pays et parce que le respect de la démocratie exige le respect des engagements pris", a dit le chef du gouvernement.

La droite, qui a échoué dans sa conquête d’Angers sur laquelle elle avait fondé de grands espoirs, pouvait se réjouir de conserver Le Havre, où Antoine Rufenacht a été brillamment réélu. Le député Nouveau centre Jean Dionis du Séjour a récupéré Agen, ville perdue en 2001.

Ces municipales confirment la règle, presque constante depuis le commencement de la Ve République, selon laquelle les élections "intermédiaires" sont défavorables au pouvoir en place.

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