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La gratuité des lycées fait débat

Lancée à la rentrée dernière, la mesure concerne cette année les élèves de première. Des voix, dans la majorité et dans l’opposition, s’élèvent contre son coût financier.

Pour les Français de l’étranger, c’est l’une des mesures phares du quinquennat. Promise par Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle, la gratuité des lycées pour les enfants d’expatriés a commencé à être appliquée à la rentrée 2007 pour quelques 4.200 élèves de terminale. Elle s’étend cette année aux élèves de première, avant ceux de seconde en 2009. Seul problème : le consensus qui s’était formé autour de cette réforme a peu en peu volé en éclats au cours de l’été. Au point de remettre en cause sa poursuite.

Les premières banderilles sont nées dans les rangs de la majorité. Hostile à la réforme, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a ainsi avoué, lors d’une audition au Sénat, « avoir beaucoup de mal à convaincre » le chef de l’Etat de ses « inconvénients ». De nombreux parlementaires appréhendent en effet le coût d’une telle mesure, à l’heure de la disette budgétaire : 20 millions d’euros l’an passé, au moins 50 millions l’an prochain. Selon une simulation non publiée, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) aurait même évalué son coût à 713 millions d’euros par an, si elle devait être étendue, comme il est prévu, à l’ensemble des classes jusqu’à la primaire ! Un chiffre faramineux qui pourrait s’expliquer par la hausse potentielle des frais de scolarité, jusqu’ici estimés à 3.800 euros par an en moyenne. Interrogée sur cette estimation, l’AEFE n’a pas souhaité répondre à nos questions.

L’opposition n’est pas en reste, qui dénonce une mesure « injuste » et « aveugle ». « L’Etat peine à trouver les crédits pour financer les bourses sur critères sociaux qui permettent aux familles à revenus modestes d’être exonérés de tout ou partie des frais de scolarité. Comment expliquer à ces familles que l’Etat parvient à dégager 20 millions d’euros par an pour payer la gratuité à des familles qui n’ont rien demandé et dont le train de vie luxueux est manifeste ? », s’interroge ainsi Monique Cerisier-Ben Guiga, sénatrice PS représentant les Français de l’étranger. Cette question agite d’ailleurs de nombreux parents d’élèves, comme le rapporte Frédérick Arzelier, proviseur du lycée La Pérouse de San Francisco : « Ils sont surpris que l’Etat ne tienne compte ni de leurs revenus, ni de savoir s’ils payent leurs impôts en France ou non ! ». A noter que les Etats-Unis abritent les lycées français les plus chers du monde.

Du côté des chefs d’établissements, on applaudit bien volontiers la mesure. « Ca ne peut qu’augmenter l’intérêt pour les lycées français : la plupart des Français expatriés n’ont pas forcément les moyens de payer 20.000 dollars par an pour leur enfant… », juge ainsi Alain Weber, directeur général du lycée français de Chicago. Celui-ci constate déjà une augmentation de ses effectifs, avec 550 élèves à cette rentrée, contre 510 habituellement. La gratuité des frais de scolarité a toutefois un pendant moins connu, et pour le moins fâcheux pour ces établissements. Un décret publié en décembre 2007 prévoit en effet la suppression de la cotisation de l’Etat à la part patronale des retraites des professeurs détachés, laissant l’entière responsabilité de cette somme aux lycées. « Cela représente entre 15 et 25.000 dollars par an et par enseignant, soit 3 % de notre budget ! », souligne Jean Stéphan, proviseur de l’Awty International School de Houston. « Ce décret a été gelé cette année, mais qu’en sera-t-il en 2009 ? S’il est appliqué, nous serons forcés d’augmenter nos frais de scolarité. » De quoi creuser davantage encore le fossé avec les élèves locaux, non concernés par la réforme. Et grever un peu plus les caisses de l’Etat ? Le débat n’a pas fini de faire rage.

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