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La justice va tenter de faire la lumière sur le crash du Concorde

La justice va tenter de faire la lumière sur le crash du Concorde, qui avait fait 113 morts le 25 juillet 2000 à Gonesse (Val-d’Oise), et dont le procès s’ouvre mardi à 13h30 devant le tribunal correctionnel de Pontoise.

90 tomes de dossiers, 534 pièces à conviction, des débats en trois langues, plus de 200 journalistes et techniciens attendus: c’est un procès hors normes qui débute pour cet avion emblématique.

Le seul supersonique en service commercial au monde, capable de voler à deux fois la vitesse du son, fut longtemps symbole de luxe, d’avancée technologique et de sûreté.

Mais le 25 juillet 2000, un Concorde d’Air France en partance pour New York s’écrasait sur un hôtel à Gonesse moins de deux minutes après son décollage de Roissy, tuant les 109 personnes à bord, dont une majorité d’Allemands, et quatre au sol. C’était le premier crash du supersonique, après 24 années d’exploitation.

La justice se donne quatre mois pour déterminer les responsabilités de l’accident. Sur le banc des prévenus figurent la compagnie américaine Continental Airlines, deux de ses employés, deux anciens responsables du programme Concorde et un ancien cadre de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), garante de la sécurité du transport aérien.

Air France, mise hors de cause même si le BEA avait relevé des défaillances dans la maintenance de ses Concorde, est partie civile.

Selon le scénario retenu par les experts techniques et judiciaires, la catastrophe a été déclenchée par une lamelle en titane perdue par un DC10 de Continental Airlines, qui venait de décoller de Roissy.

Un pneu du supersonique aurait éclaté après avoir roulé sur cette pièce, les projections auraient crevé un réservoir, provoquant une fuite de carburant qui s’est enflammé.

Continental Airlines nie toute responsabilité et défend une autre thèse : l’appareil aurait pris feu avant même de rouler sur la fameuse lamelle.

Son avocat, Me Olivier Metzner, va plaider la nullité de la procédure, car l’instruction n’a selon lui pas tenu compte des éléments à décharge.

“Plusieurs témoins, dont des pompiers et pilotes, déclarent que l’incendie du Concorde a démarré environ 800 mètres avant la rencontre avec cette pièce”, affirme-t-il.

Egalement sur le banc des prévenus, l’un des employés de Continental Airlines, John Taylor, est accusé d’avoir mal fabriqué et fixé la lamelle. Son supérieur Stanley Ford, n’aurait pas vérifié son travail.

La justice reproche aux responsables du programme Concorde à l’Aérospatiale, Henri Perrier et Jacques Herubel, et au cadre de la DGAC, Claude Frantzen, d’avoir sous-estimé les nombreux incidents ayant émaillé la carrière de l’appareil.

“Cet accident était imprévisible”, proteste l’avocat de M. Frantzen, Me Daniel Soulez Larivière, s’appuyant sur une conclusion du BEA qui, regrette-t-il, n’a pas été prise en compte par l’instruction.

Les grands absents du procès sont les familles des passagers de l’avion, la plupart ayant renoncé à toute poursuite après avoir touché une forte indemnisation, versée par les assureurs notamment d’Air France.

“On a cherché à acheter le silence des familles de victimes”, dénonce Stéphane Gicquel, secrétaire général de la FENVAC (Fédération nationale des victimes d’accidents collectifs). On dirait “le procès du crash d’un avion vide”.

Mais les familles des victimes au sol, qui elles n’ont pas été indemnisées, et celle du commandant de bord Christian Marty, seront bien là.

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