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“La liste Magnitski” au centre des tensions entre Russie et Etats-Unis

Moscou compte sur le “bon sens” de l’administration américaine pour ne pas donner suite aux pétitions qui réclament l’inscription des députés russes sur la “liste Magnitski”, a souligné lundi le vice-ministre Sergueï Riabkov.

“Je veux croire que le bon sens va l’emporter et que nous n’allons pas entrer dans une nouvelle escalade de confrontation dénuée de sens, sur une question qui ne devrait pas être”, a déclaré M. Riabkov, selon l’agence publique Ria Novosti. “La guerre des listes noires, l’escalade, ce à quoi appellent aujourd’hui des esprits échauffés aux Etats-Unis, rencontrant un certain echo en Russie, ce n’est pas notre voie”, a ajouté M. Riabkov.

Une pétition ouverte vendredi sur le site de la Maison Blanche avait réuni plus de 50 000 signatures lundi pour que les députés russes soient inscrits sur la liste Magnitski qui leur interdirait l’entrée aux Etats-Unis, en raison de l’interdiction des adoptions d’enfants russes par des Américains qu’ils ont votée vendredi. L’immense majorité des signataires signalés sur le site américain semblaient, d’après leur prénom, être russes ou d’origine russe. Sur ce site, l’administration américaine s’engage, à partir de 25 000 signatures, à donner suite à la demande et à fournir une réponse.

Cette pétition a suscité dimanche de vives réactions de parlementaires russes. De premières voix sont cependant fait entendre, suggérant que les députés pouvaient revoir leur position à certaines conditions. Les députés russes ont adopté vendredi en troisième et dernière lecture, par 420 voix contre 7, avec une abstention, cette loi très controversée qui prévoit notamment de dresser une liste d’Américains et autres citoyens étrangers non grata en Russie, mais aussi interdit l’adoption d’enfants russes par des Américains. La loi russe doit encore être approuvée par le Conseil de la Fédération et promulguée par le président Vladimir Poutine. M. Poutine avait jugé jeudi qu’il s’agissait d’une réaction “appropriée” à la “liste Magnitski” votée par le Congrès américain et promulguée le 14 décembre par le président Barack Obama. Celle-ci interdit l’entrée aux Etats-Unis et prévoit de saisir les biens de responsables russes impliqués dans la mort en prison en 2009 à Moscou du juriste russe Sergueï Magnitski, ou dans d’autres violations des droits de l’Homme.

Le parquet russe a demandé lundi d’acquitter l’ancien directeur adjoint de la prison où l’avocat Sergueï Magnitski avait été incarcéré avant de mourir. Ce responsable carcéral est la seule personne inculpée pour la mort de Sergueï Magnitski, un dossier au retentissement international. Accusé de n’avoir pas procuré de soins au détenu, il est jugé pour négligences ayant entraîné la mort.

Le conseil consultatif pour les droits de l’Homme auprès du Kremlin a reconnu, dans une expertise, que le juriste de 37 ans avait été victime de violences et privé de soins de manière intentionnelle, mais l’enquête officielle n’a retenu que des négligences. “Il n’y a pas de lien causal entre les actes de Dmitri Kratov et la mort de Magnitski”, a affirmé le procureur Dmitri Bokov, cité par les agences de presse, devant le tribunal moscovite Tverskoï. L’ancien directeur adjoint de la prison de la Boutyrka, n’avait reçu aucune plainte écrite de la part de Magnitski, et il n’y a donc pas de corps de délit dans ses actes, a affirmé le procureur. “La cause de la mort de Magnitski est une conjonction de maladies. Si l’on se fonde sur les conclusions des experts, on peut parler d’un épuisement des ressources du muscle cardiaque”, a encore déclaré le procureur.

Selon l’avocat Nikolaï Gorokhov, qui représente la famille de Magnitski, ce procès aurait pu permettre d’avoir plus d’informations sur les circonstances de la mort du juriste, mais le juge n’a pas accepté de convoquer des témoins importants ou de laisser la mère du défunt, Natalia, poser des questions. Même les lettres de convocation aux principaux témoins ont été envoyées à des adresses inexistantes, a déclaré M. Gorokhov. “Personne n’a jamais enquêté réellement sur les circonstances de sa mort. C’était une affaire fabriquée de toutes pièces”, a-t-il souligné.

Pour sa part, le fonds d’investissements Hermitage Capital a affirmé lundi dans un communiqué que le procès était contrôlé par les autorités russes afin de cacher les “répressions contre Magnitski”, qualifiant le procureur Bokov de “marionnette de Poutine”. Le président russe Vladimir Poutine avait rejeté la semaine dernière les allégations sur les tortures subies par Magnitski en prison. “Je ne connais pas les détails, cependant il n’est pas mort à cause des tortures, mais à la suite d’une crise cardiaque”, avait déclaré M. Poutine, au cours de sa conférence de presse annuelle.

Sergueï Magnitski, un avocat fiscaliste qui conseillait Hermitage Capital, est mort en novembre 2009 après 11 mois de détention provisoire. Le juriste avait été arrêté en 2008 pour fraude fiscale après avoir dénoncé une vaste machination financière de 5,4 milliards de roubles (130 millions d’euros) ourdie, selon lui, par des responsables de la police et du fisc au détriment de son employeur ainsi que de l’Etat russe.

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