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La littérature s’empare du 11-Septembre

Sept ans après, l’événement a quitté l’actualité pour entrer dans l’Histoire, et s’invite du même coup dans la littérature. De Don DeLillo à Catherine Cusset, star de la rentrée littéraire, en passant par la Franco-Américaine Claire Messud, revue de trois romans qui ont intégré – plus ou moins – les attentats du 11 septembre 2001.

L’Homme qui tombe, de l’Américain Don DeLillo, est un livre court, sec et abrupt. Il ouvre juste après la chute des tours, alors qu’un survivant en état de choc rentre tout droit chez sa femme, dont il était pourtant séparé depuis des mois. Aucune volonté de racolage ici, au contraire. Comme s’il avait peur d’attirer un lecteur animé d’arrière-pensées voyeuristes, l’auteur le décourage avec une prose austère et des personnages elliptiques. Il faut pourtant franchir le cap des 50 premières pages, pour s’imprégner de cette fable, et attendre que le survivant accepte enfin de revenir sur ces heures terribles qui ont changé la face du monde. Son existence elle-même sera désormais mue par le hasard, celui qui l’avait mis sur le chemin des terroristes et qui lui a permis de survivre, et celui qui régit le Poker, jeu qui prend dès lors une importance considérable dans sa vie. Le roman est ponctué des apparitions de L’Homme qui tombe, un artiste qui reproduit, dans les lieux les plus incongrus, la posture d’un col blanc qui avait choisi de se jeter hors de l’enfer de l’incendie, comme un constant et insoutenable rappel de ce que chacun dans la ville voudrait oublier.

En regard, Les Enfants de l’Empereur, le livre de Claire Messud paru en anglais en 2006, est plus léger. La Franco-Américaine ne place pas les attentats au cœur du roman. Ceux-ci agissent plutôt comme un détonateur dans la vie des trentenaires vaguement paumés, new-yorkais de souche ou d’adoption, qu’elle dépeint. À un âge où on découvre qu’il faut abandonner ses rêves de jeunesse, d’intellectualisme, et de gloire, pour se confronter à la réalité, ces jeunes gens prometteurs et égocentriques doivent grandir. Le coup de semonce va précipiter ce processus. Contrairement à Don DeLillo, c’est moins l’impact des attentats sur le monde que sa conséquence sur les vies de ses personnages qui intéresse Claire Messud. Mais les deux romans mettent en scène des personnages évoluant dans le milieu germanopratin new-yorkais, où journalistes, éditeurs et écrivains sont issus des plus grandes universités, et devraient être aptes à saisir la complexité des événements. Cependant, trop occupés par eux-mêmes, ils n’en ont pas vraiment la force.

Un brillant avenir, de Catherine Cusset, couvre lui une période beaucoup plus large, de la Roumanie de Ceausescu à l’Amérique de George W. Bush. Roman phare de la rentrée littéraire française, il est en lice pour le prix Goncourt. Le récit suit la courbe qui entraîne Éléna, jeune roumaine, dans une fuite en Israël puis vers une carrière américaine et son accomplissement. La chronologie brouillée de ce cycle historique trace les contours d’une mémoire émotionnelle de l’Histoire, dont les jalons convergent en 2006 avec pour toile de fond l’Amérique survivant au 11 septembre. La trajectoire d’Élena, entre-temps devenue Helen, tendue vers un seul but, émigrer, incarne à elle seule le rêve américain. Ce roman sur l’immigration et la filiation renonce dès le début à la success story: le « brillant avenir » du titre, promesse accomplie, est sans cesse révisé à la lueur blême du présent, aiguisé par le conflit latent entre Helen et sa belle-fille française, Marie (un motif dont la romancière dispose fréquemment). L’auteure de Confessions d’une radine (2003) écrit aussi bien en français qu’en anglais et emprunte ici au roman américain une écriture placide et un ton sec. New-yorkaise depuis 20 ans, Catherine Cusset a longtemps enseigné la littérature française du XVIIIe siècle à Yale, où elle avait puisé la matière du récit autofictionnel qui l’a révélée, Le problème avec Jane (1999), Grand Prix des lectrices de Elle en 2000.

À lire…

L’Homme qui tombe, Don DeLillo, 297 p., Actes Sud, 2008 (2007 pour l’édition originale en anglais).
Les Enfants de l’empereur, de Claire Messud, 595 p.,Gallimard, 2008 (2006 pour l’édition originale en anglais)
Un brillant avenir, de Catherine Cusset, 374 p., Gallimard, 2008.

Catherine Cusset sera à la Maison Française de New York University le vendredi 19 Septembre 2008, pour une conférence sur Simone de Beauvoir.

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