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La Louisiane entre colère et anxiété face à la marée noire

Barack Obama est ce dimanche à Venice pour se rendre compte de l’étendue des dégâts provoqués par la marée noire. Dans cette petite ville à la pointe sud-est de la Louisiane, les pêcheurs attendent que la nappe de pétrole les frappe de plein fouet.

Bubby Reno s’est lancé dans une terrible course contre la montre. Le pêcheur de crevettes de 23 ans tente de vendre les deux cents derniers kilos de crevettes qui lui restent pour gagner un peu de cash avant une longue période d’inactivité. À Venice, petite ville moribonde à l’extrémité sud-est de la Louisiane où s’est rendu Barack Obama aujourd’hui, la population sait que l’impact de la marée noire sera terrible. « L’année dernière, j’avais gagné 10 000 dollars lors de la première semaine de mai grâce aux crevettes, » explique-t-il. « Cette année, c’est fichu » .

Le mauvais temps complique ce week-end les efforts pour tenter de freiner la marée noire provoquée par l’explosion d’une plate-forme pétrolière exploitée par BP, le 22 avril dernier. La nappe de pétrole poursuit son avancée vers les côtes de Louisiane, du Mississippi et de l’Alabama.  Des vents forts et une mer houleuse ont bloqué les bateaux au port et cloué les avions au sol. « Mère Nature n’est pas vraiment amicale », a déclaré Janet Napolitano, la ministre de la Sécurité intérieure. « Les conditions météorologiques empêchent d’incendier (le pétrole) sur place, de le récupérer et de mener d’autres opérations ».

L’entourage de Barack Obama a participé ce dimanche aux émissions sur les chaînes de télévision américaines pour défendre la réponse du gouvernement à la marée noire. L’étendue de la catastrophe écologique et économique ainsi que la lenteur de la réaction de la Maison Banche, ont mis le président dans une position délicate. À Venice, Barack Obama n’est pas franchement populaire et la colère des pêcheurs gronde. « Le gouvernement ne nous donne rien et en plus ne nous laisse pas sortir en mer », lâche Bubby.

À Venice, les deux principales sources de revenu sont la pêche et le pétrole. Bloqués par la marée noire, les pêcheurs n’ont plus qu’une option pour gagner leur vie : participer au nettoyage de la nappe de pétrole. BP organise quotidiennement  des cours pour enseigner à la population les règles de sécurité face au pétrole. Et chaque jour, ces classes qui sont obligatoires pour ceux voulant prendre part aux opérations de secours, attirent des centaines de personnes anxieuses de sauver un peu de leurs revenus.

La perspective d’un travail rémunéré attire des gens venus de loin comme Buddy Carlson, un pêcheur de crevettes domicilié à Galveston, au Texas. « J’ai conduit toute la nuit pour être là », raconte-t-il. « On ne va probablement pas pouvoir pêcher dans cette région pendant longtemps. Il faut que nous nous adaptions ». L’homme devra pourtant revenir. Après deux heures de queue, il se retrouve face à une porte fermée. « Il y a trop monde à l’intérieur et nous ne pouvons plus accepter qui que ce soit pour l’instant », tente d’expliquer un employé de BP aux personnes bloquées dehors. Les esprits s’animent et les insultes fusent, mais les pêcheurs sont finalement priés de revenir plus tard dans la journée. « BP va devoir payer les gens comme nous », lance un pêcheur. « Mais ça ne sert à rien de s’exciter, car nous ne savons pas quoi faire. »

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