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La marée noire fait des ravages chez les pélicans de Louisiane

Le sauveteur ouvre le bec du pélican et passe la main à l’intérieur afin d’ôter le pétrole qui s’est insinué jusque là: la marée noire déferle dans les lagons de Louisiane, engluant autant d’oiseaux en deux jours qu’au cours des six semaines précédentes.

Cinquante-trois oiseaux jeudi, dont 29 pélicans, puis 13 autres vendredi en début d’après-midi: le rythme des arrivées vient de s’accélérer au centre de secours ornithologique de Fort Jackson (sud des Etats-Unis), qui avait recueilli entre un et quatre oiseaux par jour en moyenne depuis le début de la marée noire, le 20 avril.

Le coupable: le vent du large qui s’est levé et a poussé la nappe de brut à l’intérieur des lagunes. Le sanctuaire de pélicans de Queen Bess, à l’entrée de de la baie de Barataria, était aux premières loges. Au moins 60 oiseaux ont été pris au piège, dont 41 pélicans bruns, animal symbole de la Louisiane qui l’avait précisément réintroduit dans cette baie en 1968, alors qu’il avait pratiquement disparu de l’Etat.

“J’en ai vu un tomber dans le pétrole hier”, raconte Ross Barkhurst, un pêcheur âgé de 37 ans, qui accompagnait à bord de son bateau une équipe d’inspecteurs de BP, le géant pétrolier à l’origine de la catastrophe écologique.

“Il y avait un petit oiseau qui se débattait dans une nappe de pétrole, à environ 30 km à l’intérieur d’un marais côtier. Un pélican l’a attrapé et s’est retrouvé englué à son tour”, ajoute le pêcheur, rencontré dans le delta du Mississippi. “Je n’avais pas vu la marée noire atteindre un niveau aussi grave jusqu’à hier. Il y avait de l’herbe entièrement recouverte de pétrole”, témoigne-t-il.

“Le plus gros problème à nos yeux c’est le vent qui pousse le pétrole à la surface de la mer”, confirme Jay Holcomb, du Centre de recherches international sur le sauvetage des oiseaux (IBRRC), au milieu des animaux recueillis dans un hangar climatisé à Fort Jackson.

La vingtaine de spécialistes qui travaillent sur place ont fort affaire, le nettoyage de chaque pélican prenant près d’une heure. “C’est un pétrole coriace”, observe M. Holcomb. “Il faut frotter fort”.

Les pélicans et autres goélands ou aigrettes sont d’abord “stabilisés”, explique la vétérinaire Sharon Taylor, du service national de la pêche et de la faune: on enlève à l’aide d’une serviette le plus gros du pétrole qui leur colle aux plumes, on les pèse et on prend leur température.

Les sauveteurs introduisent ensuite au fond du bec un tube de plastique souple rempli d’eau, que l’oiseau gardera environ deux jours, le temps qu’il se réhydrate. Sans attendre, il sera ensuite frictionné avec un détergent mélangé à de l’eau chaude, puis séché. On lui laissera ensuite entre quatre et sept jours pour se réétanchéifier, avant de le relâcher — plus loin — si tout va bien.

Le taux de survie des oiseaux amenés à Fort Jackson ne dépasse pas 50% à 70%, beaucoup d’entre eux succombant au pétrole qu’ils ont avalé ou au stress. Mais les 53 arrivés jeudi étaient toujours en vie vendredi, selon la vétérinaire Heather Nevill. Elle espère que le pétrole qui a passé plusieurs semaines en mer a perdu par évaporation une grande partie de ses effets toxiques. “Le pétrole a l’air assez dégradé. Les animaux ne sentent pas trop fort”, observe-t-elle.

Ce qui inquiète le Dr Taylor, c’est “l’effet à long terme du mélange du pétrole et des produits dispersants” déversés à profusion par BP sur la nappe de brut. “Cela pourrait avoir un impact sur la prochaine saison de nidification”, redoute-t-elle.

 

 

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