Subscribe

La mort de Kim Jong-Il, un saut dans l’inconnu pour les Etats-Unis

La mort de Kim Jong-Il bouscule une politique américaine fondée sur l’attente patiente de changements en Corée du Nord, et l’administration Obama se retrouve à la recherche d’indices sur l’évolution possible de ce pays, à la capacité nucléaire.

“C’est un moment critique”, juge Victor Cha, qui fut chargé de la Corée du Nord à la Maison Blanche sous George W. Bush. Et pour les Etats-Unis, qui ont fait pression pendant des années sur le régime, l’heure est à “regarder, attendre et se préparer”. “Tous les experts”, rappelle-t-il, “disaient que le scénario le plus probable pour un effondrement du régime nord-coréen serait la mort soudaine du dirigeant”. Cette issue n’est pourtant qu’une hypothèse parmi d’autres, et rien ne permet à ce stade de savoir laquelle va se vérifier.

Bien des spécialistes soulignent qu’à la différence de Kim Jong-Il décédé samedi, son fils Kim Jong-Un, désigné comme successeur par son père en 2009, n’a eu que peu de temps pour se préparer. Ils jugent probable une période de “régence” assurée par l’armée, avec des risques de rivalité entre factions. “Ce que vont dire les chefs militaires nord-coréens dans le ou les jours à venir va être décisif”, estime lundi sur CBS Bill Richardson, ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, et un habitué des négociations avec Pyongyang. “Ma plus grande inquiétude concerne la stabilité de la direction du pays. (…) Verrons-nous la succession que voulait Kim Jong-Il? Les chefs militaires nord-coréens accepteront-ils cela?”, s’est-il interrogé.

Ce diplomate, l’un des plus expérimentés aux Etats-Unis, a approuvé la retenue du président Barack Obama : “Nous devons observer cela avec beaucoup de prudence. Je pense que la Maison Blanche joue bien le coup, avec calme, en cherchant les moyens d’apprendre ce qu’il se passe”. L’Amérique doit aussi, selon lui, saisir l’occasion pour “pencher en faveur du dialogue avec les Nord-Coréens”. Mais la priorité immédiate est d’éviter “une escalade dans la péninsule”.

Les Etats-Unis paraissaient, à la veille de la mort du dictateur, sur le point de reprendre des négociations avec la Corée du Nord, notamment en vue d’accorder une aide alimentaire au pays, durement frappé par la désorganisation de son économie. Un tel dialogue, espérait-on, pouvait rouvrir la voie à des discussions sur la dénucléarisation de la péninsule.

“La mort de Kim Jong-Il va sans doute retarder la reprise des négociations, le nouveau pouvoir devant d’abord évaluer à quel point il souhaite s’ouvrir au monde extérieur”, juge Bruce Klingner, de la fondation Heritage, un centre de réflexion conservateur. Le changement à la tête du régime offre des “possibilités d’évolution”, admet-il, mais à ce stade ce sont “l’incertitude, la nervosité et le danger potentiel” qui prévalent.

Dans tous les cas, jugent les experts, la coopération de la Chine va être nécessaire aux Etats-Unis, à la Corée du Sud et au Japon pour appréhender la nouvelle situation. Pékin, qui est pratiquement le seul allié de Pyongyang, va être appelé à convaincre le pays d’accepter de remettre son programme nucléaire militaire à la table des négociations.

La réserve affichée par l’administration Obama n’était pas partagée par tous lundi à Washington. “Ce n’est pas le moment de parler d’un nouveau départ ou d’aide alimentaire”, a lancé Ed Royce. “Faisons ce que nous pouvons faire pour délégitimer cette succession”, a suggéré ce parlementaire républicain, en rappelant “la souffrance de la population nord-coréenne”.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related