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« La nouvelle Fondation Barnes rendra l’art démocratique »

Derek Gillman, directeur de la Fondation Barnes à Philadelphie, qui abrite la plus grande collection d’œuvres de Cézanne au monde,  a présenté mercredi les plans du futur bâtiment qui accueillera 181 œuvres de Renoir, 69 de Cézanne, 59 de Matisse, 46 de Picasso et 7 de Van Gogh au centre de Philadelphie. Dans un entretien accordé en primeur à France-Amérique,  il répond aux critiques du déménagement de la Fondation.

Le nouveau bâtiment de la Fondation Barnes, dessiné par les architectes new-yorkais Tod Williams et Billie Tsien, a été approuvé ce mercredi  à l’unanimité par la commission artistique de Philadelphie. Quel est votre sentiment ?
Je suis ravi. C’est vraiment un plébiscite qui récompense des mois de travail.

Comment s’est déroulée la collaboration avec le duo d’architectes new-yorkais qui a réalisé les plans ?
Très bien. Depuis 2007, nous avons passé des milliers d’heures sur ces plans. Nous avons fait en sorte de nous rapprocher au maximum des volontés du docteur Barnes. Cela fut un véritable travail d’équipe dans laquelle Tod Williams et Billie Tsien ont joué un rôle formidable. Ils ont vraiment collé à ce qui leur était demandé.

Les consignes étaient claires : ils devaient dessiner un bâtiment dans lequel il serait possible de reproduire l’enchaînement des pièces de la demeure actuelle de la collection dans la banlieue de Philadelphie. Était-ce le défi principal de ce projet ?

Oui. Nous voulons pouvoir exposer les œuvres exactement comme elles le sont actuellement. L’autre axe était de donner aux visiteurs une sensation de calme pour leur permettre d’admirer les chefs d’œuvre de la collection.

Jusqu’à la dernière minute, des voix se sont élevées pour critiquer le déménagement de la Fondation. Le peintre Harry Sefarbi, qui a enseigé pendant plus d’un demi-siècle à la Fondation et qui s’est éteint la semaine dernière, s’est par exemple toujours élevé contre le projet. Quelle est votre réponse ?

Nous allons commencer les travaux. Le début du chantier est prévu pour le mois prochain. C’est très excitant. J’aimerais ajouter qu’Harry Sefarbi était un homme très gentil que nous avons eu beaucoup de chance d’avoir pendant toutes ces années à la Fondation.

Il n’empêche, à voir les réactions contrastées dans la presse américaine, que vous avez encore du chemin à faire. Les plans ont convaincu le Philadelphia Inquirer, mais pas le New York Times

Disons que le journaliste de l’Inquirer a pris le temps d’étudier le projet pour comprendre ce que nous voulons faire. La meilleure chose maintenant est de commencer les travaux.

Avez-vous sollicité des conseils de personnalités ou de responsables français dans le cadre de ce déménagement de toutes ces œuvres de Cézanne et de Matisse ?
Pas  directement. Mais nous avons d’excellentes relations avec les autorités françaises dont l’actuel ambassadeur de France aux États-Unis. Nous avons reçu également des membres de la famille Matisse à la Fondation il y a une quinzaine de jours. Ils étaient très heureux d’être avec nous et soutiennent complètement notre projet de déménagement de la collection.

Le projet va coûter 200 millions de dollars. Avez-vous réuni toute la somme ?

Nous avons levé 150 millions de dollars et allons poursuivre nos efforts de collecte de fonds.

Pensez-vous avoir rendu l’art plus démocratique comme le souhaitait Albert Barnes ?
John Dewey, le grand philosophe américain qui était le mentor du docteur Barnes, disait que l’art devait être démocratique et éducatif. C’est tout ce que sera la nouvelle Fondation Barnes.

RAPPEL DES FAITS

Une Fondation à l’histoire compliquée

Le feuilleton de la Fondation Barnes à Philadelphie semble toucher à sa fin. Mercredi, cette dernière a dévoilé les plans de sa future  demeure au centre de la plus grande ville de Pennsylvanie. Le bâtiment, dessiné par les architectes new-yorkais Tod Williams et Billie Tsien, a été approuvé à l’unanimité par la commission artistique de Philadelphie. Les travaux devraient débuter le mois prochain et se poursuivre jusqu’à fin 2011 pour une ouverture officielle en 2012.

Ce déménagement d’une collection inestimable comprenant 181 œuvres de Renoir, 69 de Cézanne, 59 de Matisse, 46 de Picasso, de la demeure du défunt Albert Barnes, dans la banlieue de Philadelphie, au nouveau bâtiment, a fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreuses oppositions dont celle d’Harry Sefarbi, peintre et ancien professeur à la Fondation Barnes. The Art of Steal, un documentaire qui vient de sortir aux États-Unis, présente le déménagement de la collection du Docteur Barnes comme contraire au testament de ce docteur, issu des classes ouvrières et qui avait fait fortune en vendant un vaccin et est décédé en 1951 dans un accident de voiture. On y apprend que Matisse considérait la Fondation Barnes comme le « seul endroit sain pour regarder de l’art aux États-Unis ».

À sa mort, Albert Barnes avait confié le contrôle de sa collection au Chester County College, une université noire de la région de Philadelphie, car il considérait sa fondation comme une institution éducative et non comme un musée. Après bien des crises, des rancœurs et des rebondissements – en 1990, Richard Glanton, le président de la Fondation, avait proposé la vente de 15 tableaux, en violation complète avec le testament d’Albert Barnes -, trois fondations philanthropiques ont injecté des millions de dollars dans la Fondation et un déménagement de la collection a été finalement décidé en 2007.

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