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La page tragique de la marée noire pourrait bientôt se tourner

Après 104 jours d’incertitudes et de frustration, les équipes chargées de colmater définitivement le puits à l’origine de la pire marée noire aux Etats-Unis espéraient pouvoir commencer dès lundi à tourner la page une fois pour toutes.

Mais dans le même temps, une polémique sur l’usage massif de dispersants pour combattre la propagation du brut près des côtes américaines semblait s’intensifier dans le pays. L’amiral Thad Allen, chargé de la lutte contre la pollution pour le gouvernement américain, a indiqué dimanche qu’une opération baptisée “static kill” pourrait “débuter dès lundi soir, en fonction des résultats des derniers tests sur les systèmes d’injection”. Cette intervention consiste en effet à injecter des liquides et des matières solides puis à cimenter le puits qui a déversé des millions de litres de brut dans la mer depuis l’explosion et le naufrage de la plateforme Deepwater Horizon fin avril. Si l’initiative est un succès, les équipes du groupe pétrolier britannique BP scelleront enfin le puits, qui ne fuit plus depuis mi-juillet grâce à la pose d’un entonnoir mais n’a pas encore été condamné de façon permanente.

La procédure n’a toutefois jamais été testée et une initiative similaire avait échoué fin mai. En dépit de ces perspectives optimistes, des documents publiés samedi par le Congrès sur le recours aux dispersants soulevaient de nouvelles interrogations sur les conséquences écologiques à long terme de la marée noire. Edward Markey, président démocrate d’une sous-commission sur l’Environnement à la Chambre des représentants, a dénoncé lundi sur la chaîne CNN le fait que ces produits chimiques aient “été utilisés quasiment quotidiennement” alors que les autorités recommandaient un usage limité, et en quantité plus importante qu’autorisé. “Nous devons donc surveiller attentivement la soupe toxique sous-marine que l’injection des ces produits chimiques dans un matériau déjà toxique, le pétrole, a provoqué”, a souligné M. Markey. Selon BP et les autorités américaines, près de 7 millions de litres de ces dispersants ont été utilisés, mais M. Markey estime que ces chiffres doivent être “remis en question” et pourraient avoir été largement minorés.

L’amiral Allen avait tenté d’apaiser les inquiétudes à ce sujet dimanche, assurant que les “dispersants n’ont été utilisés que quand ils étaient nécessaires” et sur ordre des autorités américaines et non de BP. Si les Américains sont impatients de pouvoir enfin tourner la page de la marée noire, les habitants des régions touchées – et en particulier les pêcheurs -, craignent aussi que la fin de la crise ne provoque un départ massif des responsables présents sur place. Les équipes chargées de lutter contre la pollution ont en effet déjà commencé à retirer une partie des barrages anti-pétrole, les navires recueillant le brut en surface ayant rapporté n’avoir plus grand chose à ramasser. Le président de la paroisse (comté) de Plaquemines, très touché par le pétrole en Louisiane (sud), a affirmé sur CNN qu’il était pourtant trop tôt pour lever le pied. “Le pétrole est là-bas”, a insisté Billy Nungesser, précisant qu’il avait demandé au shérif de la paroisse de bloquer 12 camions transportant des barrages qui cherchaient à quitter la zone. BP a assuré pour sa part que le groupe resterait présent à long terme dans les régions touchées. “Il y a encore beaucoup à faire”, a reconnu dimanche le directeur d’exploitation du groupe britannique, Doug Suttles depuis Venice en Louisiane. “J’insiste sur le fait que nous allons rester là et faire le boulot juqu’au bout”.

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