Subscribe

La paix retrouvée des Rose

Soixante-cinq ans après la mort d’un soldat américain dans le centre de la France, sa famille qui vit au Nouveau-Mexique, retrouve la gourmette d’identification du défunt grâce à l’aide de deux Français. Une histoire d’amitié franco-américaine qui se répète depuis des siècles pour les Rose.

Horace Rose avait 20 ans lorsque son frère, Paul, de deux ans son aîné, est décédé dans une collision accidentelle avec un autre bombardier de l’US Air Force. C’était il y a soixante-cinq ans, alors que les soldats alliés libéraient la France occupée. Mais la douleur du petit frère, elle, était toujours vive. Jusqu’à ce qu’il reçoive en septembre dernier, comme par miracle, un signe du défunt qu’il n’attendait plus : la plaque d’identification militaire attachée à la gourmette de Paul. « C’est un vrai trésor », confie Horace Rose, ému, « comme si j’étais de nouveau avec mon frère ». Le vieil homme de 85 ans et son fils n’en reviennent toujours pas. « Charles Dickens aurait été jaloux de notre histoire », plaisante le fils, Paul, prénommé ainsi en hommage au frère disparu. L’aventure des Rose a, en tout cas, la poésie d’un conte de Noël.

Une enquête historique et humaine

En 1993, André Noury, un ouvrier métallurgiste de Coinces, dans le Loiret (Centre), remarque dans un champ un bout de métal sortant de terre. En l’examinant de plus près, il comprend qu’il s’agit de la gourmette d’identification d’un pilote américain ayant combattu lors de la Seconde Guerre mondiale. Sur la plaque, un numéro de matricule et un nom : Paul E. Rose.

Dès cet instant, André Noury se met en tête de retrouver la famille du soldat. Mais comment retrouver les proches d’un soldat venu de l’autre côté de l’Atlantique un demi-siècle auparavant ? Face à l’ampleur de la tâche, Noury ne se décourage pas, même s’il ignore comment procéder. Ce n’est qu’en 2008 que les recherches avancent. Avec l’aide d’un passionné d’histoire de la région, Christian Dieppedalle, il potasse les registres militaires, épluche les annuaires et les sites spécialisés sur Internet. « Pour avoir déjà cherché la trace de beaucoup d’aviateurs américains, je ne pensais pas qu’on avait de grandes chances de retrouver la famille Rose, confie l’historien amateur. Mais quand j’ai rencontré André, il était tellement passionné, il avait tellement envie de rendre cette gourmette, je me suis dit que je devais l’aider. » En recollant les pièces du puzzle historique, il en arrive à la conclusion que le soldat était l’une des victimes d’un crash accidentel d’octobre 1944 entre deux B26 de la 394e compagnie de bombardiers de l’armée de l’air américaine. À force de persévérance, Christian Dieppedalle, épaulé par des associations de vétérans américains, finit par retrouver en août dernier la trace de la famille Rose à Santa Fe, Nouveau Mexique.

Une reconnaissance profonde

« On a été très surpris mais aussi incroyablement touchés que des Français se soient donnés autant de peine pour nous retrouver », explique Paul, le neveu du soldat américain. « Je savais que l’amitié franco-américaine existait depuis la guerre d’Indépendance des États-Unis. Mais je n’avais jamais réalisé à quel point ce sentiment était fort, aujourd’hui encore. »

Le 8 octobre dernier, le bracelet a été remis au frère du soldat Paul E. Rose par Nathalie Bonnard, présidente de l’Accueil de Santa Fe, lors d’une cérémonie officielle. La reconnaissance des Rose pour l’acharnement des deux Français est profonde. « Beaucoup de gens sont friands d’objets datant de la Seconde Guerre mondiale. Mais ils ont refusé de vendre le bracelet. Ces deux hommes vivent avec un code de l’honneur », affirme Paul. Sur le ton de l’évidence, André Noury explique simplement : « Quand j’ai trouvé la gourmette, je me suis dit : “c’est un objet personnel, c’est bon à rendre à la famille” ». « Je suis un sentimental », confie quant à lui Christian Dieppedalle, fils de résistant normand qui voue depuis son plus jeune âge une admiration sans bornes aux Alliés qui ont participé à la libération. « Ce travail historique, c’est ma manière de les remercier, explique-t-il. La guerre, les armes, ne m’intéressent pas. Pour moi, ce sont les gens qui comptent. »

« Comme un cercle »

L’histoire, déjà belle, aurait pu s’arrêter là. Mais les liens invisibles qui unissent la famille Rose à la France semblent inscrits dans leur code génétique. Comme un motif récurrent, l’Hexagone se manifeste sans cesse dans leur histoire depuis des siècles. Des ancêtres du XIXe siècle partis de France s’exiler aux États-Unis au grand-père combattant avec des soldats français lors de la Première Guerre mondiale, ce clin d’œil du destin n’échappe pas aux Rose qui n’ont pourtant jamais cherché à entretenir des liens avec la culture française. « C’est comme un cercle », observe Paul, intrigué par ces nombreuses coïncidences. En forme d’hommage, Horace, le frère de l’aviateur décédé en France, se fend même de quelques mots dans la langue de Molière. Des restes toujours vivaces de son séjour en Nouvelle-Calédoni

e lorsqu’il était lui-même soldat pendant la Seconde Guerre mondiale. Il suivait alors des leçons de français improvisées avec un soldat originaire d’Arras. Avec tant d’application qu’une fille de Nouméa avec laquelle il dansait, croyant repérer un accent, lui asséna un jour : « Mais tu es du Nord, toi ! »

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related