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La première histoire naturelle de la Nouvelle-France publiée après 335 ans

Un livre rehaussé de croquis sur la nature sauvage du Canada, les sorciers masqués ou encore le domptage d’ours par les missionnaires aux premiers jours de la colonisation française en Amérique fait son apparition dans les librairies… 335 ans après sa rédaction.

L’ouvrage intitulé “L’histoire naturelle des Indes Occidentales” est composé d’écrits et de croquis dessinés vers 1675 par un jésuite français fort talentueux nommé Louis Nicolas, né en 1634 à Aubenas, en Ardèche.

Les opus étaient jusqu’alors respectivement à la Bibliothèque nationale de France et au musée Gilcrease à Tulsa, en Oklahoma jusqu’à ce qu’un historien de l’art québécois découvre, au terme de 30 ans de recherches, qu’ils avaient été signés de la même plume. Les deux ouvrages ont été réunis et forment un pavé de 550 pages publié pour la première fois par les presses universitaires McGill Queen’s, sous le titre “Codex canadensis et les écrits de Louis Nicolas”.

“Il s’agit vraiment du premier livre sur l’histoire naturelle du Canada, écrit bien avant le voyage du Beagle de Darwin (1831-36) ou de l’expédition Lewis et Clark”, premiers explorateurs à avoir traversé les Etats-Unis de l’Atlantique au Pacifique au début du XIXe siècle, souligne l’historien François-Marc Gagnon de l’université Concordia à Montréal. “Il n’y a rien de comparable”, souligne le chercheur dans un entretien avec l’AFP. Le jésuite était engagé dans un bras de fer avec le Vatican qui refusait de publier son oeuvre, un refus qui le poussa à quitter l’Eglise, selon M. Gagnon.

Fasciné par la faune, Louis Nicolas a passé quinze ans comme missionnaire en Nouvelle-France, vaste colonie française qui s’étendait du Québec à la Louisiane de 1534 à 1763. Mais le religieux était critiqué par ses pairs pour son faible score au jeu de la conversion des autochtones au catholicisme. Le jeune homme préférait arpenter les coins reculés de l’Amérique du Nord pour croquer la faune, la flore, les animaux, le mode de vie des Amérindiens, et brosser un portrait unique du “nouveau monde” au XVIIe siècle dans un inventaire au carrefour de l’art, de la botanique et de l’anthropologie. “Il était excessivement curieux, s’intéressait passionnément à la nature et bourlinguait”, souligne l’historien québécois.

Louis Nicolas avait réussi à dompter un ours noir dans un monastère de Québec, ce qui ulcérait ses collègues jésuites car l’animal effrayait les visiteurs. Il avait aussi dessiné des souris, des orignaux – élan d’Amérique – des plantes, des arbres, des habitations, des chefs algonquins et “des sorciers masqués qui n’étaient jamais représentés à l’époque”. Le jésuite français a corrigé des conceptions erronées de l’époque selon lesquelles, par exemple, les castors travaillaient en équipe pour ériger leur barrage, alors qu’ils le font seul ou en couple, et inventorié 300 variétés de plantes, plus que tous ses contemporains. “Il n’y avait pas de toiles évoquant des paysages à cette période. Soudain, ce gars arrive avec un oeil pour les découvertes scientifiques et un sens de l’humour bien à lui”, remarque M. Gagnon, auteur d’un ouvrage sur les premiers peintres de la Nouvelle-France.

“Malheureusement des jésuites jugeaient impertinentes certaines de ses remarques, en fait pas suffisamment religieuses”, évoque l’historien qui a collaboré avec une dizaine de traducteurs, linguistes, historiens, biologistes, entomologistes pour parvenir à décoder le mystérieux auteur uniquement connu par ses initiales, et établir le lien entre “L’histoire naturelle des Indes Occidentales” et les croquis. Le jésuite défroqué avait l’intention d’ajouter six chapitres sur les Amérindiens, “mais il ne l’a pas fait ou ça s’est perdu car nous n’avons pas les documents”, regrette M. Gagnon.

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