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La prison Montluc rend hommage à Jean Moulin et aux enfants d’Izieu

La prison Montluc à Lyon, ancien lieu de tortures et d’exécutions pendant l’occupation allemande, a ouvert samedi ses portes au public pour la première fois lors des Journées du patrimoine, en exposant notamment les cellules du résistant Jean Moulin et des enfants juifs d’Izieu.

“C’est vraiment très émouvant. Il faut se mettre à la place de toutes ces personnes, entassées à cinq ou sept dans des cellules dénudées, et se rendre compte de la réalité de cette époque”, déclare une visiteuse, Paule Botton, 60 ans, en sortant de la prison. “Dans les cours d’histoire, ça semble lointain mais là, j’ai été frappée par les témoignages des rescapés qui sont présents ici. Si mon professeur d’histoire-géo ne m’avait pas parlé de Montluc, je ne serais peut-être pas venue”, avoue Eva Guayrine, une lycéenne accompagnée de sa mère.
Comme elles, plusieurs centaines de visiteurs ont longuement fait la queue samedi matin devant l’entrée de l’ancienne prison militaire, située dans le 3e arrondissement de Lyon et désaffectée depuis février 2009. Elle vient d’être transformée en Mémorial des résistants et des 2.500 juifs internés entre février 1943 et août 1944 avant leur transfert vers Drancy, antichambre des camps de la mort. Venus en petits groupes ou en famille, les visiteurs étaient aussitôt pris en charge par des guides dans le cadre d’un parcours pédagogique exposant 36 cellules de quelques m2, avec la photo de leurs anciens occupants, comme Jean Moulin. “De grands hommes comme lui sont morts pour que nous soyons libres. C’est important de le savoir”, explique en chuchotant un père à son fils de 13 ans dans le cachot de l’ancien préfet, arrêté par la Gestapo le 21 juin 1943 à Caluire près de Lyon. Sont également passés par là les enfants juifs d’Izieu, déportés à Auschwitz par les nazis le 6 avril 1944.
“Il faut qu’on sache que cela a existé et je me réjouis de voir aujourd’hui qu’il n’y a pas que des visiteurs d’une certaine génération”, constate, émue, une sexagénaire, Andrée Romary, devant la photo des 44 victimes âgés de 4 à 17 ans. Accompagnée de son ami, Carole Croze, 26 ans, cherche quant à elle à savoir où son grand-oncle a été précisément enfermé à Montluc.
“Il était résistant et il a fait partie des 120 prisonniers qui ont été fusillés par les Allemands à Saint-Genis-Laval”, dans le Rhône, raconte la jeune femme, dont le visage s’assombrit devant la cellule de Klaus Barbie, le chef de la Gestapo à Lyon. “Je suis content qu’il soit revenu sur le lieu de ses crimes. Il y a quelque part une justice”, lâche Gérard Manoukian, 51 ans, en parlant du criminel nazi, enfermé symboliquement une nuit en 1983, après son extradition de Bolivie, dans l’attente de son procès.
Accompagnés par le procureur général Jean-Olivier Viout, substitut général au procès Barbie, trois rescapés de l’époque dont deux résistantes ont aussi témoigné devant les visiteurs de la “solidarité” d’alors entre prisonniers.

Vidéo : Discours de André Malraux lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon

 

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